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© Paul Viéban
7 juillet 2022

Geek, rappeur, casanier : Luther nouveau prodige de la « géné’ Internet » ?

par Guillaume Monnier

Le nouveau protégé de la maison Sublime, fondée par Disiz alias Disiz La Peste alias Disiz Peter Punk, s’appelle Luther. Adepte d’un rap nerd, à cœur ouvert et à l’esthétique type « bedroom producer », le rappeur de 18 ans a signé, début juin, l’un des projets les plus intéressants des prémisses de l’été. Présentation du prodige à la fois geek et rappeur. 

Luther

© Jeune X

Septembre 2021, quelques notes d’introduction suffisent pour se le dire : l’instrumental est belle, prometteuse… Puis la basse s’ajoute, la voix de Luther apparait sur le spectre du track, elle est accompagnée d’un légère écho, une des marques de fabrique du prodige, ses premières rimes sont incisives, référencées. Le morceau s’appelle « ALAKAZAM », l’univers est posé… Luther nous emmène avec lui dans son monde ou plutôt dans sa chambre. Celle d’un fan de cartes Pokémon, de parties de Fifa, de jeux vidéos vintages, de dessins animés, et membre d’un groupe de potes qu’il ne voit certainement pas aussi souvent qu’il le voudrait, enfermé dans sa chambre à faire du son. Les thèmes qu’abordent Luther sont ceux d’un jeune adulte de son âge mais avec une justesse dans la rime et ce sens de la mélodie qui en font un artiste. Un créatif en marge reclu dans sa chambre pour mieux apprécier et se rendre compte de l’imperfection de l’être humain. Après tout, à quoi bon d’être parfait « on va tous finir enterrés sous terre ».

 

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Son dernier projet se nomme Garçon comme le titre du dernier morceau de ce court mais très solide projet 8-titres. Fidèle à la tradition des morceaux d’outro, il est l’un des morceaux les plus aboutis et le plus introspectif de l’album. D’ailleurs, il méritait bien son clip. Chose faite avec Denzgue à la réalisation d’une vidéo dépeignant l’environnement fétiche de Luther en dessin et en noir et blanc : sa chambre. L’endroit où il fantasme, repense aux filles qui l’entourent, rêve de « jantes en noires-rouges chromées »… Comme un gage de qualité, il est accompagné d’un instrumental de LUCASV, connu comme l’un des principaux architectes du dernier album du père Disiz, le magnifique L’Amour. D’ailleurs, on retrouve aussi le producteur sur le morceau « BLAKE & MORTIMER ». Sur les autres tracks, Luther est solidement entouré d’Amnezzia, producteur du poids lourd Freeze Corleone et du nouveau prince de l’underground Irko,de Pacco Del Rosso, beatmaker pour Damso et de Taemintekken qui a travaillé avec Dinos et Bu$hi. Bref, que des pointures du rap.

En même temps, le rappeur de 18 ans a du talent et une façon de poser ses textes aussi mélodieuse que tranchante. Ce qui est sûrement l’une des clés du succès de cette nouvelle génération de rappeurs, aussi attachée à la mélodie qu’au sens de la rime ainsi qu’à l’univers gravitant autour d’Internet. Comme le résume très bien Luther alias L.U.T.H. dans le track « LE SANG », c’est « la géné’ Internet », celle qui lâche une référence au personnage de jeux vidéos Toriel, celle qui passe sans complexe d’une déclaration d’amour à une punchline sur un vol de deux roues en deux rimes mais aussi celle qui préserve son anonymat… Comme des La Fève, Khali ou H JeuneCrack, Luther avance discrètement, il est même masqué. Peut-être pour préserver son univers des nuisances de la célébrité. Garder à l’ombre des projecteurs son cocon, sa chambre…

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