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Go Girls, un espace de sororité et de liberté de paroles

Lucie Marmiesse est attachée de presse free­lance et Chloé Barabé est musi­ci­enne dans le groupe garage rock We Hate You Please Die. Toutes deux ont mon­té la page Insta­gram Go Girls dédiée aux femmes tra­vail­lant dans la cul­ture. Le con­cept est sim­ple, une pho­to, et puis trois ques­tions : “qui suis-je?”,  “les obsta­cles ren­con­trés?”, “les fac­teurs qui aident?”. Un for­mat court qui per­met de décou­vrir le pro­fil et le par­cours d’in­con­nues et de per­son­nes con­nues, de tous âges et tous hori­zons. Ren­con­tre avec Lucie Marmiesse.

 

Comment est né Go Girls ?

J’ai lancé la plate­forme au mois d’octobre de l’année dernière, donc c’est assez récent. J’ai eu l’idée de lancer cette page Insta­gram parce que j’ai enten­du pas mal de témoignages de divers­es per­son­nes, de potes, de ren­con­tres que je fai­sais. Et j’en ai vrai­ment eu marre. J’avais envie de faire quelque chose à mon échelle. Faire bouger les choses est un grand mot. Mais je voulais créer cet espace de soror­ité, de lib­erté de paroles, de con­fi­ance. J’en ai par­lé à Chloé qui a trou­vé le pro­jet cool et elle s’y est gref­fée. J’ai envie que ce pro­jet engen­dre une petite prise de con­science. Et il y a plein d’initiatives, More Women on Stage, Majeur·e·s… Je pense que c’est avec toutes ces ini­tia­tives qu’on va arriv­er à faire bouger les choses.

 

Pourquoi selon toi il est important de mettre en avant les femmes dans la culture ?

Parce qu’on ne le fait pas assez. Et parce qu’elles doivent redou­bler d’efforts. C’est ce qui ressort des dif­férents témoignages qu’il y a sur la page. Elles doivent en faire dix fois plus que les hommes pour se faire une place et pour se faire entendre.

Go Girls

Lucie Marmiesse et Chloé Barabé © Go Girls

Est-ce qu’il y a des similitudes dans les témoignages que tu récoltes ?

Oui, for­cé­ment. Tra­vailler deux fois plus comme je dis­ais. Des remar­ques sex­istes. Par exem­ple pen­dant les con­certs, lorsque les musi­ci­ennes mon­tent sur scène, on pense que se sont les copines des autres mem­bres du groupe. Et ensuite ça va de la sim­ple remar­que sex­iste jusqu’au har­cèle­ment ou à des agres­sions sex­uelles pen­dant des soirées professionnelles.

 

Et puis dans l’industrie musicale la frontière est poreuse entre l’espace professionnel et personnel.

Oui totale­ment. Même dans le ciné­ma. On a posté le témoignage de Mar­gaux qui a racon­té avoir été agressée lors d’une soirée pro­fes­sion­nelle. J’échangeais avec une styl­iste qui bos­sait dans le ciné­ma. Elle me dis­ait que con­traire­ment à la musique, ils n’ont pas for­cé­ment de soirées. Mais cet espace de tra­vail ne les pro­tège pas for­cé­ment des réflex­ions sex­istes. Il n’y avait cepen­dant pas cette crainte de se retrou­ver seule en soirée, ren­tr­er seule, ou avoir affaire à du GHB.

 

Comment trouves-tu les femmes qui témoignent sur Go Girls?

Depuis quelques mois il y en a qui vien­nent nous écrire directe­ment sur Insta­gram. Et puis sinon c’est vrai­ment le bouche-à-oreille. En fait j’ai com­mencé Go Girls, juste avant le MaMA Fes­ti­val à Paris, où je pre­nais des pho­tos — je suis pho­tographe en par­al­lèle de mes activ­ités d’at­tachée de presse. J’ai pu pren­dre des con­tacts. Dès que je ren­con­trais quelqu’un il me dis­ait que mon pro­jet pou­vait intéress­er l’une de leurs con­nais­sances. Et encore aujourd’hui les per­son­nes que je ren­con­tre me met­tent en con­tact avec d’autres per­son­nes. Tra­vail­lant dans la musique j’ai pu recueil­lir beau­coup de témoignages de per­son­nes qui évolu­ent égale­ment dans le milieu. Mais il y a aus­si des pho­tographes, des écrivaines, des femmes qui bossent dans le théâtre, le ciné­ma. Parce que Go Girls par­le des femmes dans la cul­ture et pas seule­ment que dans la musique. En ce moment je cherche des per­son­nes qui tra­vail­lent dans la tech­nique pour vrai­ment avoir cette var­iété de profils.

 

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Et ensuite comment ça se passe ? Comment procèdes-tu ?

Générale­ment je con­tacte ces femmes sur Insta­gram. Je leur demande si elles souhait­ent témoign­er. Puis on fixe un rendez-vous, on se ren­con­tre. On boit générale­ment un café. On prend la pho­to et je leur demande de m’envoyer leur témoignage. Par­fois elles le font avant.  Chloé, elle s’est occupé du logo. Elle met en page les témoignages pour Instagram.

 

Est-ce que c’est dur pour ces femmes de témoigner ? Est-ce que certaines ont refusé ?

Il y en a pour qui c’est com­pliqué. Il y en a pour qui ça prend des mois pour m’envoyer leur témoignage. Déjà par­ler de soi est un exer­ci­ce com­pliqué, mais se livr­er est quelque chose d’en­core plus com­plexe. Par exem­ple, il y a une per­son­ne qui m’a envoyé son témoignage et elle m’a dit qu’elle n’était pas prête à le poster directe­ment, qu’elle avait besoin de revenir dessus. J’ai aus­si ren­con­tré des per­son­nes qui m’ont dit que ça leur avait fait du bien d’écrire ce témoignage, qu’elles n’avaient pas for­cé­ment pris le temps de revenir sur ce qui s’était passé aupar­a­vant, et que écrire les soulageait un peu.

 

Est-ce compliqué à gérer de recevoir cette parole ?

Vers novembre-décembre, je rece­vais tout un tas de témoignages. Et c’était dur au début. Je suis quelqu’un d’assez sen­si­ble et j’ai eu du mal à met­tre un fil­tre pro­tecteur. Je pense que j’ai pris du recul et il le faut.  Si tu es une éponge, tu ne t’en sors pas. Après, Go Girls c’est quand même posi­tif, je veux que ça le soit. C’est pour cela qu’il y a la ques­tion sur les fac­teurs qui aident à sur­mon­ter les obsta­cles. Je ne voulais pas que ça soit un truc fer­mé. Je voulais une ouver­ture, que la généra­tion future puisse s’en inspir­er. Que ça leur donne des exem­ples. Je viens d’avoir 35 ans et pour ma généra­tion, on n’avait pas ce genre de plate­forme à l’ado­les­cence. Même des femmes sur scène, au lycée, c’était rare. J’ai eu des retours qui m’ont dit que c’était inspi­rant de lire tous ces témoignages. Et puis mine de rien, ça apprend à con­naître des gens, des struc­tures, à élargir un réseau.

 

Il y a quelques semaines il y a eu une soirée Go Girls, est-ce que vous comptez en organiser d’autres ?

C’était un truc informel entre les femmes qui ont témoigné, pour qu’elles se ren­con­trent toutes. J’ai en tête de faire une soirée un peu plus pré­parée avec une con­férence, des con­certs, une expo­si­tion pho­to. Mais ça demande plus de pré­pa­ra­tion. On refera d’autres soirées informelles pour que les per­son­nes puis­sent par­ler entre elles. Et puis le 18 sep­tem­bre on va par­ticiper à la journée du Mat­ri­moine à Evreux. Il va y avoir des tables ron­des, des conférences.

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