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8 juillet 2024

Hiatus Kaiyote : ‘En live, tout deviendra plus clair’ | INTERVIEW

par Corentin Fraisse

INTERVIEW. Les Australiens Hiatus Kaiyote viennent de publier leur quatrième album, l’audacieux et excitant Love Heart Cheat Code. On en a discuté avec un de ses membres piliers, le claviériste Simon Mavin, le temps d’un visio entre Melbourne et Paris.

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Hiatus Kaiyote – Love Heart Cheat Code (Brainfeeder/Ninja Tune) 

Le onze-titres du furieux quatuor australien se nomme Love Heart Cheat Code et nous embarque dans une soul cosmique. L’album est souvent porté par la chanteuse-guitariste Nai Palm, solide sur ses appuis. Sa voix transpire la soul et s’aventure avec une technique impressionnante, incisive et saisissante. Mais qu’on ne s’y trompe pas : ses compères lui offrent le meilleur terrain de jeu. Le duo basse-batterie (Paul Bender-Perrin Moss) est redoutable, d’autant plus qu’il est saupoudré d’incursions jazz (‘How to meet yourself’) ou électroniques par Simon Mavin aux claviers.

Et puis, un des périls du genre musical est évité : les virtuosités et solos ne sont pas là ‘pour prouver’. C’est technique, tout en étant au service du collectif. Preuve qu’on peut composer du polyrythmique ou tenter des harmonies audacieuses, tout en étant divertissant (coucou Jacob Collier). Un album au comble de la neo soul dans ce qu’elle a de plus jouissif, pleine d’âme et d’envies de liberté.

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Pourquoi Love Heart Cheat Code

Je pense que c’est Nai qui a lancé ce titre et on s’est tous dits « mais oui! » C’est un titre fort, qui je trouve ‘encapsule’ bien l’album. On a tous trouvé que c’était fort, centré. Mais au départ c’était juste une idée en l’air.

 

Et puis, ça peut simplement être une combinaison de mots cools

Exactement ! C’est tout un ensemble de choses qui ont fait que c’est devenu le bon titre. Parfois, ça se passe comme ça : une chose qui apparait spontanément finit par s’imposer*

(Un peu comme le nom du groupe, ndlr)

 

Comment est né l’album ? Dans quelles conditions l’avez-vous créé ?

On l’a enregistré à 100% dans notre studio de Melbourne. Chaque morceau a pris un temps différent pour être composé, assemblé et terminé. Certains ont été réalisés assez rapidement, d’autres ont pris des années. Par exemple, « Everything is Beautiful » est arrivé très tôt. On l’avait record une première fois, quand on était en train d’enregistrer les morceaux de Choose Your Weapon*. On n’avait pas aimé cette prise, on s’est dit qu’on réessaierait sur le disque suivant.  Puis nous avons réessayé, ce n’était toujours pas assez bon. Sur cet album on y est arrivés.

(*il y a dix ans, finalement)

 

Et pour les autres chansons ?

D’autres se sont faites très rapidement : « Make friends » par exemple. L’idée m’est venue aux trois quarts de l’enregistrement, très tard dans le processus. C’est d’ailleurs la dernière chanson à avoir intégré l’album. Je l’ai faite écouter à Nai, en une nuit elle a écrit toutes les paroles et on l’a enregistrée dans la foulée ! La plupart des titres sont directs, comme « How To Meet Yourself » qu’on a enregistré en une seule prise, avec piano-basse-batterie dans la même pièce.

 

Pour « Everything Is Beautiful », vous avez enregistré plusieurs versions, avec des tempos et arrangements différents. Pouvez-vous nous dire comment vous avez créé cette chanson ? J’ai cru comprendre que vous aviez fait appel à une collaboratrice ‘spéciale’ pour son intro (Nikki Yang de la série animée Adventure Time)

Oui, c’est vrai qu’on a fait ça ! (rires) Elle a fini par participer à l’interlude « BMO Is Beautiful ». C’était il y a longtemps maintenant, sans doute des années. L’interlude était génial, nous l’avons tous adorée.

 

Justement dans ces cas-là, comment on décide de choisir une version comme la version définitive et de la mettre dans l’album ? 

Si nous sommes tous les quatre d’accord avec une version, on la garde. Mais c’est clairement la partie la plus difficile.

 

Comment créez-vous des chansons ensemble ? 

En fait pour chaque chanson, le processus est différent. « Everything Is Beautiful » a été entièrement faite par Nai, qui l’a apportée au groupe. Quand elle nous amène une chanson, c’est qu’elle y a beaucoup réfléchi et que la compo est solide. Ça peut être un autre membre du groupe qui amène le meme processus. Mais ça peut aussi être une idée de mélodie, un enregistrement iPhone d’un boeuf entre nous… Et puis on construit autour.

 

À travers les titres de l’album, on décèle des références à d’autres artistes. Entre autres Chostakovitch dans « Dimitri », des paroles des Temptations dans « Telescope », ou « Wild Rabbit » à la toute fin. Quel est l’impact de ces artistes sur la musique de Hiatus Kaiyote ?

Pour Chostakovitch, je ne pense pas que sa musique nous influence pas. En tout cas pas consciemment. C’est surtout l’histoire, le mythe qui a marqué nos esprits.

 

Tu peux expliquer ce que dit le ‘mythe’ ?

Chostakovitch a participé à une guerre (la Seconde Guerre mondiale, ndlr) et selon la légende, il aurait reçu dans la tête des éclats d’obus, qui n’ont pas pu être enlevés. Et apparemment quand il penchait la tête, il pouvait entendre des mélodies atonales. Ça a évidemment inspiré Nai !

Pour « White Rabbit », dans notre studio on avait une table de mixage de la marque britannique Alice. Et il y avait un petit lapin blanc dessiné dans le coin supérieur (comme ici, par exemple) : Nai l’a vu et s’est mise à chanter « White Rabbit ». C’était parti pour une reprise de Jefferson Airplane. C’est certain que la musique des autres nous influence, parce qu’on est quatre musiciens très ouverts et on écoute tous beaucoup de choses différentes.

 

Dans une interview donnée l’an dernier, vous disiez « Nous essayons de construire des écosystèmes, que le public peut explorer dans nos albums ». Toujours d’accord avec ça ? Et cet album est-il un parfait produit de cette philosophie ?

Oui, je toujours d’accord ! Je ne sais pas si je dirais que c’en est un exemple parfait, en tout cas c’est vrai. C’est ainsi que nous écrivons et créons notre musique. Nous sommes très ‘micro’ sur chaque chanson, on essaie d’en tirer le maximum de détails. C’est comme ça qu’on crée des ‘écosystèmes’.

Et je pense que ça s’entend sur le disque. Les chansons nous font faire des voyages à chaque fois différents.

 

Au fil de l’album, vous amenez des collaborations, Taylor Chip Crawford, Tom Martin, Nikodimos et Mario Caldato. Pourquoi eux, comment vous en êtes arrivés à travailler ensemble ?

Déjà, parce qu’on avait besoin spécifiquement de ces instruments-là pour nos chansons. À part Mario (Caldato), ce sont tous des musiciens basés à Melbourne. Et on se connaissait déjà. La seule qu’on ne connaissait pas était la harpiste, parce qu’on n’en connaissait aucun-e ! On avait posté un sur Facebook « qui connait un bon harpiste à Melbourne? » et Melina a été citée plusieurs fois dans les commentaires. Et elle est venue jouer avec nous. Elle est incroyable ! Une fantastique harpiste.

Pour Tom Martin… Je joue dans un autre groupe avec Tom. (The Putbacks ? ndlr) Donc oui, nous avons entendu ce style de guitare sur ‘Make Friends’. On s’est dit : « Oh, Tom ferait ça très bien. » C’est un magnifique guitariste.

Et puis Taylor (Crawford) est un très vieil ami à nous, il a grandi avec Perrin. En plus d’être un musicien extraordinaire, il fabrique ses propres instruments ! Il joue du frello, un violoncelle à frettes.

C’était agréable d’avoir un groupe de musiciens de Melbourne, qu’on connaissait et qu’on adorait ! Nikodimos est un grand flûtiste. Il est arrivé et a tout écrasé. C’était magnifique. J’avais déjà fait toutes les parties sur une flûte Mellotron, mais on a voulu une flûte live en plus.

hiatus

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Comment s’est déroulée la collaboration Mario Caldato – Hiatus Kaiyote ? 

C’était fantastique. On l’a invité pour le mixage final. C’était d’ailleurs la première fois que nous travaillions avec quelqu’un d’extérieur pour le mixage. On a fait comme on fait toujours, c’est à dire emmener les chansons vers un endroit où on en est tous satisfaits.

Et nous avons fait ce que nous faisons toujours : on a amené les chansons vers un point dont nous étions satisfaits. Mario a fait preuve d’une grande compréhension, on est parfois très critiques envers nous-même en tant qu’artistes, parce qu’on veut quelque chose de très précis. Je ne suis pas sûr qu’il ait beaucoup apprécié (rires) mais c’était génial. Fantastique de travailler avec lui.

 

La fin de l’album est plus expérimentale, je dirais. Par exemple, « Cinnamon Temple » avec un riff plus lourd, des lignes mélodiques plus complexes. D’où vient cette chanson ? Pouvez-vous expliquer le titre ?

Nous jouons « Cinnamon Temple » en concert depuis des années. C’est une vieille chanson pour nous. Il a juste fallu un certain temps pour lui trouver une place sur le disque.

Je pense que ça vient de cet incroyable riff, que Bender a inventé. On a tous sauté dessus, et on a créé le morceau. Au départ c’était instrumental et puis au bout d’un moment, Nai en a eu marre de nous regarder et a écrit des paroles. C’est devenu ça, et c’est génial. J’aime quand nos chansons évoluent lentement vers ce qu’elles sont. Au bout d’un certain temps, on ne se souvient plus comment elles étaient au début.

 

Et maintenant, l’album est terminé. Comment voyez-vous l’œuvre finale ?

J’ai tendance à ne pas vouloir écouter le disque pendant un certain temps, alors j’ai pris un peu de recul sur les titres. Mais j’adore l’album dans son ensemble. Il est plus court que nos autres disques, ce que je trouve cool : par exemple, je trouve Choose Your Weapon trop long, trop dense. Quand on commencera à jouer Love Heart Cheat Code en live, tout deviendra plus clair : c’est là qu’on aura « l’oeuvre finale ».

 

Justement, vous repartez en tournée d’été en Amérique du Nord. Comment on se sent ?

Ma compagne vient d’avoir un bébé, qui a trois mois. Donc ça va être difficile et il va beaucoup me manquer, c’est la première fois que je vais m’absenter depuis qu’il est né… Mais je me sens très bien. On a répété tout notre nouveau répertoire, on est impatients de reprendre la route et de pouvoir le jouer !

 

Pour ne rien rater, mieux vaut suivre Hiatus Kaiyote

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