Interpassion”, le nouveau morceau “géo-pop-litique” de Yelle

Par­ler de poli­tique en musique : l’ex­er­ci­ce n’est jamais, ô grand jamais, sim­ple. Plusieurs écoles s’af­fron­tent. Les amoureux de chan­sons à texte d’abord, de Léo Fer­ré, de Brassens, de Jean Fer­rat, quitte à s’empêtrer dans les hom­mages, les références, sans jamais réus­sir à tutoy­er les “maîtres”. A l’op­posé, le poli­tique à la Dis­ney : tout le monde il est beau, tout le monde il est gen­til, et ça donne “We Are The World”. Et puis il y a les absur­des, les doux rêveurs, les rigolos-gentils. Yelle et Grand Marnier, qui à eux deux, au chant et à la pro­duc­tion, for­ment le groupe Yelle — on a ten­dance à par­fois l’ou­bli­er — font par­tie de ceux-là. Adeptes des jeux de mots et des dou­bles sens, le tan­dem aban­donne le temps d’un morceau la lec­ture entre les lignes pour s’adon­ner à un nou­veau jeu : la géo-pop-litique. Ou com­ment abor­der un thème qui fait par­ler à toutes les machines à café du monde en ce moment — le vivre ensem­ble, Trump, le mul­ti­cul­tur­al­isme men­acé, etc — sans tomber dans la leçon de con­duite ou dans la récupéra­tion de com­bats impor­tants à des fins com­mer­ciales (coucou Pep­si !). Non, “Inter­pas­sion” est juste une ritour­nelle amu­sante, fraîche, sur une pro­duc­tion ultra-dansante et qui sem­ble tout sim­ple­ment dire “aimez-vous les uns les autres, bisous”. Enjoué, on est alors allé pos­er quelques ques­tions à Yelle et Grand Marnier.

Qu’avez-vous voulu faire avec ce clip d’ ”Inter­pas­sion”, très sim­ple et graphique ? 

Grand Marnier : Ce n’est pas un clip dans le sens tra­di­tion­nel du terme, il n’est pas nar­ratif. On voulait sim­ple­ment des images pour accom­pa­g­n­er les paroles, filmées à la ver­ti­cale – les gens pour­ront le regarder sur leur télé­phone sans avoir à le tourn­er. On voulait surtout quelque chose qui colle au morceau en terme de fraîcheur, de ryth­mique, avec les paroles qui s’af­fichent très sim­ple­ment. Cette année, on essaye d’adopter une nou­velle démarche : on fait un morceau, on le sort. Il y a un mois, on ne savait pas qu’on allait sor­tir un nou­veau titre.

Yelle : On a voulu garder ça sim­ple, en tour­nant dans le gym­nase à côté de chez nous.

Grand Marnier : On aurait pu sor­tir un clip Benet­ton, avec plein de fig­u­rants… Mais ce n’est pas le but, ça aurait été trop long, et cliché. Pour “Ici & Main­tenant” aus­si, on a voulu alléger le process : des potes nous ont dit qu’ils étaient par­tants pour faire une vidéo à Los Ange­les, on a pris nos bil­lets d’avion et on a sor­ti le clip peu après !

Du coup, “Ici & Main­tenant” et “Inter­pas­sion” ne sont pas les deux pre­miers sin­gles d’un nou­v­el album ? 

Grand Marnier : Cette année, on va sor­tir des morceaux, comme ça. On pensera à un album plutôt l’an­née prochaine. On a déjà sor­ti trois dis­ques, en enchaî­nant ensuite avec des tournées partout dans le monde… Un album, une tournée, un album, une tournée : ce n’est pas que cette cadence soit déplaisante, mais on avait envie de chang­er.

Yelle : On ne voulait pas tomber dans une rou­tine, un sché­ma, retrou­ver tou­jours les mêmes scènes… Bien qu’on adore ça, on souhaitait se met­tre un peu plus en dan­ger.

Grand Marnier : C’est ce qu’on exprime aus­si dans le morceau “Ici & Main­tenant” : vivre le moment présent, sans se pro­jeter en avant ou en arrière. Le fait d’avoir notre pro­pre label, Recre­ation Cen­ter, nous per­met ça. Dès le deux­ième album de Yelle, j’ai trou­vé le for­mat un peu lourd, et long.

Yelle : Oui, c’est long ! Ton album est déjà ter­miné mais il faut encore atten­dre, car le label veut mod­i­fi­er des trucs, il faut qu’il soit mixé, faire des choix entre des morceaux… Tan­dis que là, c’est hyper exci­tant.

Et puis tu dois te sen­tir un peu plus en phase avec les paroles que tu chantes, en tout cas beau­coup plus qu’avec un morceau qui sort deux ans après avoir été écrit… 

Yelle : Oui bien sûr ! Alors évidem­ment, quand on écrit quelque chose, on ne change pas com­plète­ment d’avis sur la ques­tion en deux ans, mais en effet, le fait de le sor­tir vite rend le pro­pos plus frais. “Inter­pas­sion”, c’est vrai­ment ce qu’on peut ressen­tir en ce moment.

Grand Marnier : On voulait sor­tir ce morceau avant les élec­tions. Yelle n’a jamais été un groupe engagé poli­tique­ment, du moins pas de manière explicite, mais on peut aus­si exprimer nos idées de manière ludique, comme un morceau d’Alain Sou­chon qu’on aime beau­coup, “Vous êtes lents”, qui par­le d’Eu­rope, ou “Zoolook” de Jean-Michel Jarre – ça dit quelque chose, sans don­ner des leçons, tout en sug­ges­tion. En l’oc­cur­rence, “Inter­pas­sion” est beau­coup plus direct. Quand Julie chante “J’aime les gens / Je trou­ve ça bien / Quand on s’fait tous des câlins”, c’est exacte­ment ce qu’on veut exprimer en ce moment, à l’heure où tu as un Trump au pou­voir et des élec­tions français­es hyper lour­des.

Yelle : Ça peut sem­bler naïf et ne pas avoir de poids, mais on trou­ve qu’il n’y a jamais trop de mes­sages de paix et d’amour.

Grand Marnier : Et autant d’habi­tude il y a des dou­bles lec­tures dans les textes de Yelle, autant celui-ci est assez direct. C’est aus­si pour ça qu’on a mis les paroles en gros dans la vidéo, pour que ce soit très clair, un peu comme si on fai­sait de la poli­tique.

Vous citez Mafal­da dans les paroles, pourquoi ?

Grand Marnier : Mafal­da est une héroïne de BD de l’Ar­gentin Quino, une petite fille pas­sion­née de géopoli­tique. Elle a tou­jours des com­men­taires sur sa sit­u­a­tion de citoyenne du monde, et ça rejoint ce qu’on voulait faire sur “Inter­pas­sion”, en inven­tant ce mot, peut-être un peu tiré par les cheveux, de “géo-pop-litique” : exprimer des idées géopoli­tiques, qui est un terme lourd, de façon ludique – on trou­ve que tous les thèmes lourds ne sont pas oblig­a­toire­ment à abor­der de manière dra­ma­tique.

A quand le prochain morceau ?

Grand Marnier : On n’a pas par­ti­c­ulière­ment prévu de plan­ning, tou­jours dans cette idée d’être spon­tané. Mais vu notre cadence de pro­duc­tion on peut se dire qu’il y aura sûre­ment quelque chose cet été, même si ce n’est pas encore vrai­ment établi !

 

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