©Daniel Swan

🔊 Inter[re]view : Après la club music ? Il y a le prodige Koreless et ce 1er album passionnant

Après des dĂ©buts très promet­teurs, le jeune Kore­less a voulu frap­per un grand coup pour son pre­mier album. Il lui aura donc fal­lu six ans de ten­ta­tives, d’échecs, d’expĂ©rimentations, pour finale­ment aboutir Ă  un coup de maĂ®tre : ce Agor, Ă  la fois ambi­ent, elec­tron­i­ca, dub­step, clas­sique, et bien d’autres choses. Mais avant tout passionnant.

On peut vite se per­dre dans les mĂ©an­dres de la com­po­si­tion. Kore­less, lui, y a passĂ© six ans. Et ça valait le coup. Le jeune Lewis Roberts grandit au Pays de Galles, loin de la musique Ă©lec­tron­ique. Il y a bien cet oncle lon­donien excen­trique, qui lui fait dĂ©cou­vrir les titres phares d’Ibiza, mais c’est en dĂ©mé­nageant en Écosse Ă  18 ans qu’il s’immerge dans ces musiques. « Cette musique Ă©pique, apoc­a­lyp­tique mais aus­si mĂ©lan­col­ique, Ă©tait hors de pro­pos dans la cam­pagne gal­loise Â» explique-t-il. Il dĂ©cou­vre alors la dub­step, les clubs, et tout un univers. Très vite, il sort ses pre­miers titres en tant que Kore­less, et devient le jeune prodi­ge du post-club. Après une poignĂ©e d’EP et sin­gles remar­quĂ©s, il se lance en 2015 dans son pre­mier album. Pour l’achever seule­ment aujourd’hui.

“Je me suis mis la pres­sion, l’album devait être bon, et pour moi, cela voulait dire pass­er beau­coup de temps dessus.”

Car Kore­less voulait faire les choses bien. Trop, peut-ĂŞtre. « Je me suis mis la pres­sion, l’album devait ĂŞtre bon, et pour moi, cela voulait dire pass­er beau­coup de temps dessus Â». Le tra­vail Ă©tait mĂ©tic­uleux, menant cer­tains titres Ă  con­naĂ®tre des cen­taines de ver­sions dif­fĂ©rentes. « J’avais le sen­ti­ment qu’il fal­lait tout essay­er. En fait, l’album a Ă©tĂ© fait en deux phas­es. Une pre­mière très com­pul­sive, très longue, oĂą j’essayais tout, con­trĂ´lais tout. Puis j’ai passĂ© une semaine Ă  mix­er ça Ă  New York avec un ami. Les morceaux n’étaient pas vrai­ment ter­minĂ©s, mais avaient besoin que quelqu’un dise qu’ils Ă©taient finis. Mal­grĂ© tout, il en man­quait encore pour finir l’album, et la sec­onde moitiĂ© du disque a Ă©tĂ© faite bien plus rapi­de­ment. Je me suis beau­coup dĂ©ten­du Â». Pour­tant, mal­grĂ© quelques frus­tra­tions durant la pre­mière phase, « la crĂ©a­tion Ă©tait tou­jours très joyeuse Â».

En résulte un album tirail­lé, à la fois pré­cis et libre. Le disque impres­sionne surtout par la quan­tité d’influences brassées, pous­sant jusqu’aux musiques électro-acoustiques d’un Pierre Hen­ry ou la musique tra­di­tion­nelle japon­aise, « qui ressem­blent à la dub­step, au fond, dans leur manière d’utiliser l’espace ». C’est juste­ment cette den­sité sonore qui vient plac­er ce disque dans l’héritage d’une musique de club, tout en allant bien au-delà. Mais il en retient surtout cet équili­bre émo­tion­nel par­ti­c­uli­er ; cette ligne « entre l’euphorie, une inno­cence juvénile, et l’angoisse », sur laque­lle Kore­less joue les funam­bules. Tout le disque est fait de con­trastes, styl­is­tiques et émo­tion­nels, donc, mais aus­si dans les struc­tures, les sonorités. « Je finis tou­jours par tra­vailler avec des oppo­si­tions très fortes », nous faisant bas­culer sans cesse dans des univers nou­veaux, foisonnants.

“J’avais le sen­ti­ment qu’il fal­lait tout essayer.”

Une autre oppo­si­tion struc­turante du disque est celle entre humain et syn­thé­tique, incar­nĂ©e par cette voix fĂ©mi­nine dans plusieurs titres, pure­ment arti­fi­cielle. Le musi­cien aime ces « voix crĂ©Ă©es en lab­o­ra­toire, liss­es, sans per­son­nal­itĂ© Â», en assumant leur cĂ´tĂ© irrĂ©al­iste. Cela n’empĂŞche pas l’émotion, en par­ti­c­uli­er une pro­fonde mĂ©lan­col­ie. Plus large­ment, l’artiste Ă©vite le plus pos­si­ble l’emploi des sons de bat­terie, l’amenant Ă  trou­ver des moyens tou­jours ingĂ©nieux pour amen­er de la den­sitĂ© Ă  ses morceaux, tout en restant très aĂ©rien, Ă  la fron­tière de l’ambient. Ă€ force de bal­ancer, Kore­less a trou­vĂ© un Ă©quili­bre rare, tou­jours en mou­ve­ment, Ă  la lim­ite de l’explosion. Avec un con­trĂ´le parfait.

©Daniel Swan

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