@David Garbi Lopez

Inter[re]view : Avec ce (trop) bon maxi, Regina Leather n’est pas ce qu’elle prétend être

Regi­na Leather. Fraîche­ment débar­qué sur Voam – le label du duo Karenn (Blawan et Pari­ah) – un mys­térieux nom qu’on n’avait jamais vu nulle part. Pour­tant, à l’é­coute du maxi Por­traits Of A Col­lec­tive Hal­lu­ci­na­tion, impos­si­ble que cela soit l’œu­vre d’un débu­tant, trop mature et por­teur de cette folie sub­ver­sive que l’on obtient lorsqu’on se cache der­rière un alias et qu’alors tout est per­mis. On décou­vri­ra que der­rière Regi­na Leather se cache en réal­ité l’Italien Pao­lo Di Nola, plus con­nu en tant que Cos­mic Met­al Moth­er, l’un des vis­ages de la nuit ital­i­enne et berli­noise. On lui a demandé de nous racon­ter ce disque.

Regina Leather

©David Gar­bi Lopez

Son nom ne vous dit peut-être rien, pour­tant Pao­lo Di Nola n’est pas un nou­veau né dans la scène élec­tron­ique, au con­traire, il joue dans la cour des grands. En 1987, il fonde le club Devo­tion à Rome et importe ain­si la house améri­caine dans la cap­i­tale ital­i­enne. Il lance ensuite son label PANACUSTICA puis démé­nage à Berlin pour devenir l’un des vis­ages de la nuit berli­noise, notam­ment en tant que rési­dent des soirées But­tons, qui se tien­nent chaque mois dans l’un des meilleurs clubs de la ville, l’About Blank (ou pour être plus exact, le « :// about blank »).

Sous le nom de Cos­mic Met­al Moth­er, le DJ touchait au dis­co, à la dance music voire à l’indie dance, comme on peut l’en­ten­dre dans l’EP Ital­ian Cow­boy qu’il sor­tait en 2012. Avec l’EP Por­traits Of A Col­lec­tive Hal­lu­ci­na­tion et sa tech­no à réso­nance indus­trielle, on le recon­nait dif­fi­cile­ment, ce qui n’est pas éton­nant car Regi­na Leather ne sem­ble pas très attaché au passé :  « Je ne vois pas l’utilité d’accumuler du matériel du passé, puisque les choses déga­gent une réelle énergie qu’au moment M où elles sont créées. » D’où la logique de chang­er de style, et de nom : « Le nom Regi­na résonne mieux avec ce que je fais main­tenant, et je pense qu’un prénom féminin célèbre l’un des nom­breux gen­res qui s’expriment en moi ».

Le nom Regi­na résonne mieux avec ce que je fais main­tenant, et je pense qu’un prénom féminin célèbre l’un des nom­breux gen­res qui s’expriment en moi”

Avec cette nou­velle pat­te tech­no, il tape dans l’œil de Blawan et Pari­ah alias Karenn, sou­verains de la tech­no indus bri­tan­nique au début des années 2010, désor­mais à la tête du label Voam. « Blawan et Pari­ah m’ont con­tac­té après avoir enten­du quelqu’un jouer le titre « Comu­ni­cazione Uno ». Ils m’ont demandé si j’avais autre chose en stock, je leur ai envoyé des tracks et ils ont sélec­tion­né ce qui com­pose l’EP. Je suiv­ais déjà les sor­ties de Voam avant qu’ils me con­tactent, j’ai tou­jours trou­vé qu’ils avaient une approche de la tech­no plus qu’unique, et très proche de mon univers. »

Regina Leather VOAM

Art­work par Sean Bell

Des expéri­ences, des codes musi­caux que l’on casse, c’est ce qu’on peut con­stater à l’é­coute des qua­tre tracks de Por­traits Of A Col­lec­tive Hal­lu­ci­na­tion. Peut-être serait-ce le résul­tat de son voy­age au Japon, source d’in­spi­ra­tion pour l’artiste qui a été « immergé dans un envi­ron­nement très futur­iste ».

Lorsqu’on demande à Regi­na Leather de nous décrire sa créa­tion, il nous répond qu’il s’ag­it sim­ple­ment et unique­ment de tech­no, et sem­ble peu con­va­in­cu de l’é­ti­quette indus­trielle qu’on souhaite lui coller : « Les gens don­neront toutes sortes d’étiquettes à cet EP afin de le caté­goris­er et d’en faire ain­si un pro­duit vend­able, mais en réal­ité, c’est sim­ple­ment une autre expres­sion de la tech­no. Je n’appartiens d’ailleurs à aucune scène en par­ti­c­uli­er, je pra­tique dans mon coin, je suis un loup soli­taire et un mar­gin­al con­va­in­cu. »

Je n’appartiens à aucune scène en par­ti­c­uli­er, je pra­tique dans mon coin, je suis un loup soli­taire et un mar­gin­al con­va­in­cu.”

Por­traits Of A Col­lec­tive Hal­lu­ci­na­tion se veut por­teur d’un mes­sage trans­gres­sif, dénonçant l’aliénation de l’humain dans notre société indus­tri­al­isée : « Le nom de l’EP est une métaphore qui décrit la manière sur­réelle dont nous vivons sur cette planète. Le réchauf­fe­ment cli­ma­tique est désor­mais con­sid­éré comme nor­mal, j’ai l’impression que nous vivons dans une réal­ité altérée. Mais la pandémie nous force à regarder de plus près notre com­porte­ment, à adopter des modes de vie alter­nat­ifs et à non seule­ment accepter mais aus­si engen­dr­er le change­ment. L’histoire der­rière les tracks, c’est envis­ager une planète où il fait bon vivre pour tout le monde, à tra­vers un monde imag­i­naire idéal et sans machines, et une société dif­férente, davan­tage basée sur l’interaction humaine et l’empathie. » De sages paroles dignes du loup soli­taire qui roule sa bosse dans l’électro depuis plus de 20 ans.

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