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Inter[re]view : Egregore Collective, le crew toulousain qui revitalise la bass music française

Avec le deux­ième vol­ume de sa com­pi­la­tion Club Drums, sor­ti mi-novembre, le label toulou­sain Egre­gore Col­lec­tive mon­tre qu’il n’y a pas qu’en Angleterre qu’on sait faire du bon breakbeat.

Webra­dio dev­enue label et orga de fêtes, Egre­gore Col­lec­tive est un petit bout d’Angleterre en Occ­i­tanie, comme un morceau de Brex­it régur­gité. Leur pre­mière sor­tie en juin 2018 était accom­pa­g­née d’un mes­sage sans équiv­oque, in eng­lish évidem­ment : “Unight­ed 001 is here to show how UK club music is felt in Toulouse”. Depuis, ses cinq mem­bres (Kaval, Qant, Stack­trace, Algo_Riddim et Squadra) tra­vail­lent pour faire vivre chaque branche de cette scène, mix­ant dans leurs sor­ties (16 à ce jour) UK funky, dub­step, jun­gle, break­beat, dance­hall…, avec des touch­es de kuduro et d’afro-house. En six titres, ce Club Drums vol.2 bal­aye le spec­tre de la bass et de la musique de soundsys­tem avec une inven­tiv­ité et une inten­sité qui don­nent des envies de danser sur un gros soundsys­tem, là, tout de suite. “L’idée de départ était de mon­ter un pro­jet hybride à la croisée de la cul­ture club anglaise et de la cul­ture soundsys­tem”, con­firme Max­ence Suty, alias Squadra, cofon­da­teur et respon­s­able de la prog de la webradio.

Un con­cept tail­lé sur mesure pour Kaval, un des fers de lance du label, qui s’occupe de la cura­tion de la série Club Drums. Devenu expert dans tous les styles de beats cassés, il rassem­ble sur ce sec­ond vol­ume un cast­ing inter­na­tion­al avec le duo danois Cir­cuit 900, pour un titre entre dub, tech­no et breaks (“Opal”), qui rap­pelle un peu l’EP Roots & Wire du Cana­di­en Dead­beat ; un pro­duc­teur basé entre Lon­dres et Copen­h­ague, High Graid, pour un “Vix­en” en full per­cus­sions ; l’Australien Lithe, qui la joue plus indus et tur­fu sur “Kut­ta”, tan­dis qu’Ovid, de Wash­ing­ton, et Recluse (Aus­tralie) par­tent dans un trip plus mutant et expéri­men­tal. Enfin, le maître d’œuvre Kaval use et abuse de l’agogô (la cloche vedette des car­navals brésiliens) sur “Nerve”, le genre de track à la fois deep et funky qui vous fait quit­ter immé­di­ate­ment le bar pour le dance­floor (souvenez-vous).

On a par­fois l’impression que pour être con­sid­éré en France, il faut d’abord s’a­cheter une légitim­ité outre-Manche.

Egre­gore, qui donne de l’espace aux goûts de cha­cun de ses mem­bres, s’est aus­si intéressé au dub­step avec l’EP Hexa­gon en octo­bre 2019, qui présen­tait “cinq pro­duc­teurs de dub­step français que l’outre-Manche a déjà repérés depuis longtemps : Tin­ky, Our­man, Quasar et le duo Dig­gerz”. Et voilà, mine de rien, une petite pierre déposée dans le jardin de la bass music française. “On a par­fois l’impression que pour être con­sid­éré en France, il faut d’abord s’a­cheter une légitim­ité outre-Manche”, explique Arthur Bodart, alias Qant, le label man­ag­er. “Quasar, qui sort des titres sur des gros labels de dub­step, dis­pose d’une notoriété outre-Manche qu’il n’a pas encore en France. Le pub­lic va se ren­dre compte qu’il y a plein d’artistes de chez nous qui assurent.

Ray­on dub­step, Egre­gore peut aus­si compter sur son graphiste/vidéaste Stack­trace, qui a eu droit à son pre­mier EP solo en juin 2020, Shaman Chal­ice, plutôt dans l’esprit Dig­i­tal Mys­tikz. Preuve que le crew con­naît ses clas­siques jamaï­cains, Stack­trace avait aus­si remixé le “Dread­man Zone” de Kaval sur le 2K Thank You EP paru à l’été 2020, accom­pa­g­né d’une excel­lente incur­sion break­beat de Qant.

Toulouse, capitale de la bass

De la bass music dans tous les sens donc, une scène par­ti­c­ulière­ment appré­ciée à Toulouse, où la tech­no et la house ne domi­nent pas comme ailleurs. “Toulouse a une his­toire par­ti­c­ulière avec la cul­ture soundsys­tem, rap­pelle Max­ence. Dans les années 90, c’é­tait une ville assez réputée pour la jun­gle. Il y avait Lon­dres pour l’Eu­rope du Nord et Toulouse pour l’Europe du Sud, sous l’im­pul­sion de cer­tains anciens comme Le Lutin. Il y a tou­jours eu une cul­ture ancrée autour de la jungle/drum’n’bass, on a aus­si pas mal de soundsys­tems dub dans le Sud-Ouest.”

Toulouse a une his­toire par­ti­c­ulière avec la cul­ture soundsystem.”

Autant de gens qui prof­i­tent des avan­tages géo­graphiques de la région, qui offre de nom­breuses pos­si­bil­ités d’échapper aux autorités. C’est dans cette scène des free par­ties que les mem­bres d’Egregore Col­lec­tive ont gran­di musi­cale­ment, sous l’aile notam­ment du col­lec­tif Folk­lore, meneur de jeu de la fête toulou­saine depuis 2009, et du Ruff Club, dont la base­line est “une expéri­ence alter­na­tive aux clubs”, à tra­vers des raves dans les bois et des entre­pôts ou des soirées dans le lieu alter­natif Hors Jeu. Ce hangar en bor­dure de Toulouse, ate­lier de graphistes la semaine et mini-club le week-end, a été “le point de ren­con­tre de beau­coup de collectifs”.

Egre­gore veut d’ailleurs per­pétuer cette tra­di­tion com­mu­nau­taire avec son dernier pro­jet : dégot­er un local à partager entre les éner­gies fes­tives et cul­turelles de la ville, avec des platines et de quoi dif­fuser sur le Web. En atten­dant, les Toulou­sains, qui tra­vail­lent cha­cun chez soi, pré­par­ent quelques jolies sor­ties pour 2021, un EP solo de drum’n’bass ambi­ent du local Yaxx, un var­i­ous carte blanche au col­lec­tif Few Tips To Heal et un var­i­ous dub tech­no, tout en con­tin­u­ant de fan­tas­mer sur le retour aux platines, sans doute quelque part entre un aprèm à Not­ting Hill et un ven­dre­di soir à Fabric…

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