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Interview : Blutch, de son amour pour la Bretagne aux compil’ skate de SuGaR

De ses débuts dans la musique élec­tron­ique à son éter­nelle attache au fes­ti­val Astrop­o­lis, le rap, les vidéos de skate et… les cabanes dans les bois de son enfance. Blutch nous racon­te son attache à la Bre­tagne, qu’il a illus­trée avec brio dans son dernier album Terre Promise, sor­ti le 28 jan­vi­er dernier. Ren­con­tre avec l’artiste 100% bre­ton à l’oc­ca­sion du fes­ti­val nor­mand Nord Fic­tion

Tu te sou­viens de ta pre­mière approche avec la musique électronique ? 

Je n’ai pas réelle­ment eu de déclic mais mon pre­mier con­tact avec la musique élec­tron­ique demeure l’album de Daft Punk, Dis­cov­ery. Ma mère l’avait acheté à sa sor­tie. Il m’a tou­jours accom­pa­g­né. J’ai réelle­ment com­mencé à m’intéresser à la musique élec­tron­ique à la fin de l’adolescence. Avant j’écoutais du rock et du punk cal­i­fornien. Des sons qui mélangeait rock et skate. Puis j’ai fait mon pre­mier fes­ti­val à Panora­mas, c’é­tait à côté de chez moi ‑j’habitais Mor­laix. Je pense que c’est là que j’ai réelle­ment com­mencé à m’y intéress­er, j’avais 18 ans à l’époque. Dans le même temps, je me met­tais au mix avec un pote. 

T’es aus­si passé par le hip-hop dans ton ouver­ture musi­cale non ? 

Oui, juste après ma phase rock je suis tombé sur le morceau “Full Clip” de Gang Starr. Là j’ai pris le hip-hop en pleine face. À par­tir de cette pre­mière décou­verte je me suis beau­coup intéressé à tout ce milieu, d’abord en pas­sant par le boom bap à l’époque. J’ai com­mencé à me ren­seign­er sur les Nek­feu, 5 majeurs, Fix­pen Sill, etc… À not­er que c’est au même moment que je décou­vre la musique électronique.

En par­lant de Fix­pen Sill, ils vien­nent aus­si de Bre­tagne, vous vous connaissez ? 

Oui car­ré­ment ! Vid­ji et Kéroué (ndlr : duo de Fix­pen Sill) sont de Douarnenez. On s’est même ren­con­trés grâce au fes­ti­val Astrop­o­lis, au moment où je pré­parais mon EP [R]equilibrium (ndlr : sor­ti en 2016). Flo­ri­an, l’un des organ­isa­teurs du fes­ti­val, m’avait demandé si j’aimais bien des rappeurs, de là il a joué les entremet­teurs. Avec Kéroué, on a bien accroché et on a même fait un son ensem­ble, je lui ai com­posé une instru­men­tale sur laque­lle il a posé, c’est comme ça qu’on a créé le morceau “Fais-le” sur mon pro­jet [R]equilibrium. Une belle his­toire de fes­ti­vals en somme. 

Excité à l’idée de mix­er en festival ? 

Oui car­ré­ment. J’aime même d’abord l’am­biance en tant que sim­ple fes­ti­va­lier. Venir en tant que pub­lic, j’adore ça égale­ment. Je suis pas le dernier à faire la fête! Et de la belle musique accom­pa­g­née de décou­vertes, c’est typ­ique­ment ce que j’aime dans un fes­ti­val. Je les vois comme des petits îlots de bon­heur à chaque fois.

Une anec­dote à nous racon­ter en festival ? 

Y en a vrai­ment pas mal ! Surtout à Astrop­o­lis puisque j’y suis beau­coup allé… Un de mes meilleurs moments reste tout de même la clô­ture Astrop­o­lis que j’avais assurée à Beau­ri­vage. D’ailleurs le dernier set du fes­ti­val, c’est tou­jours un moment vrai­ment fort. Tous les copains sont devant la scène et il se dégage une énergie incroy­able du pub­lic. En plus cette année-là, il fai­sait beau et c’était gra­tu­it. For­cé­ment il y avait donc plein de monde et un esprit génial se dégageait du moment.

T’inspires-tu des artistes que tu vois en festival ? 

Ça doit m’orienter vers d’autres façons de tra­vailler, cer­taine­ment. Dans ce genre d’évènements tu vois beau­coup de choses en peu de temps, donc tu peux pren­dre des claques qui vont te pouss­er à chang­er ou au moins à ajuster ta façon de voir la musique. Je peux décou­vrir des artistes qui ont une façon de mix­er que je n’ai pas, dès lors je vais m’in­téress­er. Puis en général, je suis quelqu’un de très curieux.

Pour rebondir sur cette notion d’in­spi­ra­tion et en même temps revenir sur ton dernier album, Terre Promise, com­ment as-tu été amené à apporter des rythmes drum n’bass à tes instrumentales ? 

C’est venu il y a qua­tre ou cinq ans… J’avais d’ailleurs cer­taine­ment déjà com­mencé à met­tre mon nez là dedans, en fes­ti­val et en soirée (rires). Mais je pense que mon attache au hip-hop a joué dans mon attrait pour le genre. Il se base sur des ryth­miques hip-hop posées sur un tem­po à ten­dance house, ce qui donne ces mélodies plus rapi­des qui me cor­re­spon­dent. Finale­ment, c’était pile poil ce qu’il me fal­lait je crois : entre hip-hop et musiques électroniques. 

Dans Terre Promise en plus de ces rythmes breakés, on remar­que aus­si tout de suite ce thème très fort qui est la Bre­tagne. Tu vis tou­jours dans la région ?

Je vis à Rennes. Et même si je bouge pas mal, les dates que je fais sont prin­ci­pale­ment dans le coin. Il y a beau­coup de fes­ti­vals ou de soirées dans l’Ouest, ça me con­vient ! La Bre­tagne n’est jamais ennuyante. Il y a tou­jours de très belles choses à décou­vrir comme des petits patelins, des paysages, des côtes, des falais­es. C’est mag­nifique. Puis venant de Mor­laix, là-bas il y a de quoi faire ! Je crois que j’ai un peu une fas­ci­na­tion pour ma région. Même si je par­le pas le bre­ton et que je ne suis pas incol­lable sur la cul­ture bre­tonne, j’ai un lien très fort avec ce ter­ri­toire. Dès que j’entends de la musique de Bre­tagne dans les rues, ça me par­le toujours.

 

Je crois que j’ai un peu une fas­ci­na­tion pour ma région. Même si je par­le pas le bre­ton et que je ne suis pas incol­lable sur la cul­ture bre­tonne, j’ai un lien très fort avec ce territoire.

 

Mor­laix a une iden­tité bre­tonne très mar­quée en plus : le pied non ? 

Le Fin­istère est con­sid­éré par les puristes comme la vraie Bre­tagne. (rires) Mais j’aime Mor­laix. Il y a aus­si un accent, une façon de par­ler qui est pro­pre aux Mor­laisiens. Il fait aus­si moins beau qu’à Rennes et je trou­ve que c’est lié dans le car­ac­tère, il y a quelque chose de très franc que j’adore. 

En Bre­tagne, quels lieux as-tu fréquen­té pour décou­vrir les musiques électroniques ? 

Je sors beau­coup sur Rennes. Je vais sou­vent à l’Ubu, à l’Antipode qui a été toute refaite et qui pos­sède une chou­ette pro­gram­ma­tion, l’acoustique de la salle est juste trop bien main­tenant ! Je vais aus­si à L’E­lab­o­ra­toire de temps en temps où les artistes pro­posent un genre de musique que je n’écoute pas tou­jours mais qui existe bien et qui per­met de décou­vrir d’autres façon de faire, de pro­duire. Il est pos­si­ble de sor­tir partout à Rennes. C’est ça qui est plaisant. Depuis peu, il y a aus­si de plus en plus d’open airs. Il faut suiv­re les asso­ci­a­tions plus que les lieux. 

Tu enreg­istres tes morceaux où ? 

Je tra­vaille de chez moi en général, mais aus­si beau­coup en bougeant. J’ai un petit stu­dio à domi­cile avec des petites enceintes, des con­troleurs, rien de bien tech­nique puisque je ne pro­duis pas sur des machines. Je tra­vaille tous mes sons depuis Able­ton. Après, dernière­ment je voy­ageais beau­coup. J’adore pren­dre le train, je m’y sens bien pour com­pos­er. J’essaie de créer un peu partout, c’est l’avantage de boss­er unique­ment sur Able­ton : tu peux faire du son dans n’importe quel con­texte, tu as juste besoin de ton ordi­na­teur. Que ce soit à la gare, en atten­dant un rendez-vous… Tout est prétexte.

 

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Quand tu as com­posé ton album Terre Promise, tu t’imaginais les lieux ? 

Blutch

© Evan Lunven

Oui beau­coup. J’avais cer­taines images qui me venaient en y pen­sant, je l’ai aus­si com­posé aux qua­tre coins de la Bre­tagne. J’ai eu la chance d’être accom­pa­g­né par trois salles de spec­ta­cles qui m’ont offert des rési­dences. Une à Vannes, une à Lori­ent et une à Brest, j’ai aus­si un peu com­posé à Rennes à l’Antipode. C’est d’ailleurs de cette itinérance que le nom m’est venu, de ces voy­ages au qua­tre coins de la Bre­tagne. Mon amour pour cette région fait que finale­ment en faisant les sons, des images me venaient naturelle­ment. Quand tu fais du son c’est médi­tatif, tu ne réfléchis pas vrai­ment, tu as seule­ment des images qui passent dans ta tête. Je pense sou­vent à des paysages que j’aime bien et à des moments de jeunesse. 

Tu trou­ves que ton album est lié à ton enfance ? 

Bien sûr, j’ai pas mal de sons dans l’album qui sont des références directes à des sou­venirs d’enfance. À ce moment où la vie était insou­ciante et naïve, la belle vie. (rires) J’aime bien me pro­jeter dans cette zone de con­fort où tout était chou­ette, ou du moins plus sim­ple je trouve. 

Quels étaient tes passe-temps quand tu étais enfant ? 

Je fai­sais plein de choses ! J’avais des super potes quand j’étais petit. Avec mes voisins on allait tous les jours dans les bois faire des cabanes, s’inventer des his­toires. On a con­stru­it des dizaines de cabanes. On se cas­sait la gueule, on fai­sait les c***, bref on fai­sait les enfants. Puis après on s’est lancé dans le skate et on est devenu de plus en plus adultes. Finale­ment je ne fai­sais que des activ­ités qui lais­sent des croûtes… D’ailleurs ma mère n’était pas très con­tente de faire la lessive après. (rires)

Tu fais tou­jours du skate ? 

Oui, mais je n’ai pas un bon niveau, je n’en fais pas assez régulière­ment… Mais j’aime trop ça.

En général skate et musique sont liés…

C’est vrai qu’il y a beau­coup de sons notam­ment dans les vidéos de skate. Ça a beau­coup nour­ri ma curiosité musi­cale. Ma mère m’avait acheté le SuG­aR mag­a­zine, à l’époque il inclu­ait un DVD avec des ses­sions de skate avec des gros morceaux de hip-hop, de rock ou même d’électro. Ça a bien ouvert mon esprit, ça m’a ouvert à la musique en par­tie. Mer­ci maman d’ailleurs ! (rires) Tous les gens qui font du skate savent… 

 

Ma mère m’avait acheté le SuG­aR mag­a­zine, à l’époque il inclu­ait un DVD avec des ses­sions de skate avec des gros morceaux de hip-hop, de rock ou même d’électro… Mer­ci maman d’ailleurs !

 

T’écoutes quoi maintenant ? 

J’écoute de tout, pas mal de musiques élec­tron­iques, pas mal de jazz et de hip-hop. Je traîne sur les réseaux soci­aux pour voir ce qui sort. J’essaie tou­jours de trou­ver de la musique qui me par­le. Elle peut pren­dre beau­coup de formes dif­férentes. Je suis tou­jours le rap bien sûr, ça me par­le toujours. 

Qu’est ce que tu as aimé alors récem­ment en rap ? 

J’ai beau­coup aimé le dernier album de Di-Meh, le dernier Lomepal “Tee”… Il y a aus­si un des derniers freestyle de A2H que j’ai beau­coup aimé quand les pro­jets sont plus aboutis ça peut me par­ler. Aujourd’hui le rap s’ouvre, c’est super chou­ette, les artistes peu­vent faire ce qu’ils veu­lent sans avoir les codes d’avant. C’est ce qui fait aus­si la force de la musique. 

 

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