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©Léa Esmaili
16 mai 2024

Herman, producteur hyperactif, ‘pas normal pas bizarre’ | INTERVIEW

par Olivia Beaussier

Le 3 avril 2024, le compte Instagram de data rap @rapminerz mettait en avant un compositeur sur-productif dans le rap français actuel : Herman. Naviguant dans le « rap game » comme un poisson dans l’eau, le nom d’Herman revient souvent dans les crédits de nos sons préférés. On a voulu rencontrer celui qui ne laisse pas passer un seul album de new wave sans y mettre son grain de sel.

Herman (Arthur dans le civil) a choisi un nom de scène aux consonances allemandes : car avant de se mettre complètement dans le rap, il en pinçait pour la techno berlinoise. Désormais implanté sur la scène rap depuis quelques années, il opte pour l’appellation issue du jargon hip-hop américanisé, « beatmaker ». Bien qu’étant un petit génie des machines et du sample, Herman manipule les instruments et rend ses prod reconnaissables sans même avoir besoin de tag.

Après avoir collaboré pour divers artistes du rap français (BabySolo33, Leo SVR, Isha, Chanje…) fin mars, Herman offrait une mixtape de huit titres, Pas normal, pas bizarre. @rapminerz n’avait pas menti : le beatmaker est bel et bien un ‘hyperactif’. Entretien.

 

Comment as-tu commencé à composer ?

J’appartenais à un groupe de musique de rock depuis le collège, et on touchait un peu au rap. À l’époque, certaines prods ont marqué ma génération : celles de Sniper, Booba, 50 Cent… Naturellement, j’ai commencé à m’intéresser au beatmaking.

 

Tu joues de beaucoup d’instruments. C’est quelque chose que tu inclues dans ta musique ?

Je joue de la batterie, de la guitare, du piano et de la basse. Mon rêve serait de jouer de tous les instruments possibles. J’aimerais même me mettre à la clarinette ! Et oui, j’aime les inclure dans mes compositions. J’essaie de faire vivre des petites impros dans le fond, ramener de la vie avec des instruments.

 

Herman

©Léa Esmaili

Comment trouves-tu ton inspiration pour composer ?

Pendant un temps, j’ai eu la fâcheuse habitude de faire dix prods dans la journée. Et ce n’était pas forcément les meilleures. Après la mixtape, je me suis demandé comment renouveler l’inspiration. J’ai lu le livre de Rick Rubin Créativité – Un art de vivre, qui parle de comment régénérer son inspiration. Alors j’ai décidé de prendre plus mon temps. J’écoute beaucoup de musique et je ressens, plus que j’analyse. Si je ne le sens pas, j’arrête tout de suite, je passe à autre chose. Sans trop forcer, surtout !

 

En plus des instruments, avec quels supports matériels travailles-tu ?

J’ai toujours été uniquement sur Logic Pro, et Ableton pour le live. Mais récemment, j’ai trouvé le moyen de coupler Logic Pro avec FL Studio. Donc je m’occupe des rythmiques sur FL Studio ; la partie musicale se passe sur Logic.

 

Comment t’es-tu rapproché du milieu du rap ?

Après avoir quitté mon groupe de lycée, j’ai commencé à faire ma musique de mon côté et j’ai rencontré Leo Thomelet qui est devenu mon manager. J’ai rejoint son label 386LAB. Grâce à ça, j’ai rencontré Chanje avec qui j’ai beaucoup collaboré. Et puis la machine était lancée.

 

Pour une collaboration, c’est toi qui démarche les artistes ou ce sont eux qui viennent vers toi ?

C’est un mélange. Quand j’ai sorti une prod sur l’album Bitume Caviar (Vol.1) d’Isha et Limsa (« Inna di Club » et « CR600« , ndr) beaucoup de gens sont venus me voir pour collaborer. Mais pour la mixtape, je voulais vraiment faire un projet en famille ! Par exemple avec Celestino, Aketo (de Sniper, ndr) ou OSO avec qui je collabore beaucoup. J’ai aussi cherché les petites pépites. Donc c’est moi qui ai démarché.

 

… Et alors, tu préfères inviter ou être invité ?

Ça dépend. Il y a une plus grosse attente quand on t’invite, donc je me mets plus de pression. Alors que quand je démarche, c’est plus léger.

 

Si tu avais une collab de rêve, ce serait avec qui ?

Kanye West (rires). Même si l’humain a l’air très compliqué, l’artiste m’a vraiment marqué.

 

Pourquoi avoir eu envie de faire une mixtape en tant que beatmaker

En septembre, j’avais l’impression de tourner en rond. Ça faisait longtemps que je voulais faire une mixtape de beatmaker et j’ai rencontré de nouveaux artistes qui m’ont donné beaucoup d’inspiration. Je me suis dit « ça y est, c’est parti« . J’ai mis toute mon énergie créatrice dans la mixtape, ça m’a occupé toute l’année.

 

L’année dernière tu as sorti un single où tu chantes, Bulle part.1. C’est quelque chose que tu comptes refaire ?

Bulle part.1 était un test. J’ai pris beaucoup de plaisir à le faire, mais je n’ai jamais aimé mettre des mots sur ce que je ressens. Je me suis fait aider pour écrire les paroles. J’ai d’autres morceaux où je chante, qui sont prêts. Je les sortirai peut-être un jour.

Et donc les paroles présentes dans tes collaborations… Tu n’y touches jamais ? 

J’ai toujours écouté de la musique sans vraiment avoir ce rapport avec les paroles. Quand on est au studio, je donne des conseils sur les toplines, les placements rythmiques etc. mais les paroles… Je les laisse aux artistes.

 

Tu travailles en majorité avec la nouvelle génération de rappeurs et rappeuses. Qu’est-ce qui t’attire chez elle ?

Tout ce qui me touche dans la musique, ce sont souvent des ambiances tristes ou nostalgiques. Dans cette nouvelle vague de rappeurs- rappeuses, il y a une soupape de tristesse qui me parle. On le retrouve beaucoup dans l’EP.

 

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Quelle est ta marque signature ?

Dans le beatmaking, beaucoup de gens utilisent des tags. Je l’ai fait au début, mais j’oubliais de le mettre. J’ai pris ça comme un signe : mon tag ça devait être ma musique, pas un tampon.

J’aime les sonorités torturées comme dans la musique de Pink Floyd ou de Radiohead. Je travaille aussi ce côté mystérieux de la musique, qu’on peut retrouver dans le jazz. Je n’hésite pas à mettre des dissonances jazzy, des sons tendus au synthé… Ça me parle.

Herman

©Léa Esmaili


C’est quoi la recette pour une prod’ type signée Herman ?

Une jolie mélodie, de la texture et surtout une bonne rythmique. Tu ne pourras jamais avoir tort avec des gros subs (rires).

 

Tu utilises beaucoup de samples. Où trouves-tu ton inspiration ?

Dans mon téléphone, j’ai une liste énorme d’idée de potentiels samples entendus dans des morceaux. J’utilise aussi beaucoup le générateur de samples samplette.io, qui te trouve le style que tu veux, dans le pays que tu veux et ça te propose plein d’idées.

 

Récemment, ton travail a été mis en lumière par le compte Instagram @rapminerz. Qu’est-ce que ça t’a fait ?

J’étais content et fier. Ça fait longtemps qu’ils me soutiennent. Quand on est dans ce milieu, on a souvent la tête dans le guidon, on n’est jamais vraiment satisfait. Ce genre de retour, ça fait prendre confiance en soi et ça montre que le travail paie. Même si ça ne m’a jamais dérangé d’être derrière les artistes en tant que producteur, ça fait du bien de recevoir un peu de lumière.

 

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