Interview : on a parlé avec Dino Lenny de “Fire”, son nouvel EP

Il nous avait man­qué. Après un mix exclusif fin mai pour Tsu­gi, Dino Lenny est de retour pour dis­cuter de Fire, son tout nou­v­el EP. En vingt ans de car­rière, le pro­duc­teur ital­ien s’est con­stru­it un hon­or­able cat­a­logue, nav­iguant dans les méan­dres de la musique élec­tron­ique, zigza­guant entre les méri­di­ens tech­noïdes et les par­al­lèles house. Égale­ment con­nu pour ses qual­ités de remixeur, ayant retra­vail­lé des tracks de Inxs, Under­world ou encore Mis­sy Elliot et Tim­ba­land, Dino Lenny offi­cie sur de mul­ti­ples labels, que ce soit avec Ellum — illus­tre écurie tech­no —  ou encore Fine Human Records, dont il est la fig­ure de proue. Ven­dre­di 5 juil­let, il revient avec trois titres inédits : deux morceaux som­bres, fréné­tiques et métalliques, à l’im­age d’une pochette japon­isante en noir et blanc et d’in­ti­t­ulés rad­i­caux — “Fire” et “Dis Kon­nect” -, ain­si qu’un remix signé par un col­lègue de Fine Human, Black Mami. À l’oc­ca­sion de cette sor­tie, nous en avons prof­ité pour pos­er quelques ques­tions au DJ-producteur.

La chan­son “Dis Kon­nect” sem­ble évo­quer une lutte intense entre la tech­nolo­gie et la vie biologique, avec notam­ment ce vocal : “Do not leave him con­trol you”. Est-ce une réelle mise en garde, ou sim­ple­ment l’u­til­i­sa­tion d’élé­ments musi­caux intéres­sants ?

Cela n’a pas été choisi au hasard ; je pense que nous per­dons par­fois notre per­cep­tion de la réal­ité. Nous sommes devenus esclaves des machines, au lieu de garder le con­trôle sur notre tech­nolo­gie. Celle-ci est géniale, mais j’ai bien peur qu’elle ne prenne le dessus et n’agisse sur nos cerveaux pour tou­jours. Nous pen­sons gér­er la sit­u­a­tion, mais il devient de plus en plus dif­fi­cile de s’en pass­er. Cela devient un prob­lème pour beau­coup de gens.

Dans “Fire”, on t’en­tend chanter dis­tincte­ment, avec peu d’ef­fets ; ce n’est pas quelque chose de nou­veau dans ta musique, mais est-ce impor­tant pour toi de dévelop­per cette facette vocale ? Prévois-tu à l’avenir de don­ner plus d’im­por­tance à la voix, aux mélodies, aux paroles ?

J’es­saie tou­jours d’a­jouter une forte empreinte humaine et organique à mes morceaux. Je veux que les gens com­pren­nent que, der­rière les dis­ques et les titres, il se cache un être humain impar­fait mais pas­sion­né. Tri­t­ur­er des bou­tons et tourn­er des potards c’est super, mais j’adore les musi­ciens qui jouent et les chanteurs qui chantent. Il m’ar­rive de tomber amoureux des erreurs, des mal­adress­es ; je pense qu’il y a trop de per­fec­tion ennuyeuse, j’ai besoin d’é­mo­tions. Bien enten­du, quand un morceau est bon, qu’il soit organique ou com­plète­ment élec­tron­ique, il est juste bon ; pas de ques­tion à se pos­er.

Ton titre “Feels Like A Prayer” a été util­isé par Madon­na lors de sa tournée en 2008. Com­ment est-ce arrivé ?

C’é­tait un titre élec­tron­ique de 2007 inti­t­ulé “Feels Like Home”, il est passé dans le top 40 au Royaume-Uni. Je l’ai écrit avec mon vieil ami Craig Dimech. Madon­na l’a enten­du, a demandé les pistes et a fait un mash-up de mon a cap­pel­la avec sa chan­son “Like a Prayer”. Cela s’est plutôt bien passé.

Tu as aus­si remixé Mis­sy Eliott et Tim­ba­land, fig­ures majeures du hip-hop, dépas­sant large­ment ta tra­di­tion­nelle sphère élec­tron­ique. Mais tu ne t’es pas encore con­sacré à la pro­duc­tion der­rière des artistes plus pop. Est-ce quelque chose qui t’in­téresserait ?

Aucune idée. Je ne sais pas ce que je vais faire dans le futur. Je pense avoir trou­vé un bon équili­bre récem­ment. Je change assez sou­vent de for­mule et de façon de tra­vailler, sinon je m’en­nuie. Ma pri­or­ité est de me diver­tir. Chaque matin, quand je me lève, je ne sais pas ce que je vais faire en stu­dio. Je veux juste faire en sorte que mes dis­ques puis­sent encore avoir un intérêt, 20 ans après leur sor­tie.

La pochette de l’EP fait claire­ment référence à l’esthé­tique japon­aise et aux man­gas. Pourquoi ce choix ? 

J’aime le Japon et la cul­ture japon­aise… en dehors de la chas­se à la baleine, bien sûr. L’il­lus­tra­teur est un artiste très tal­entueux de ma ville natale en Ital­ie, Mat­teo Piroc­co. Il s’oc­cupe des visuels de Fine Human Records et j’en suis très heureux.

Quelle est la prochaine étape pour vous ? Vous voulez vous con­cen­tr­er sur votre car­rière de pro­duc­teur, de DJ, de chanteur ou de directeur de label ?
Je veux tout faire en même temps ! Je ne suis pas intéressé par les charts, je veux juste créer des choses dont je suis fier. C’est tou­jours un défi et cela peut être frus­trant, mais per­son­ne n’a dit que c’é­tait facile.

L’EP Fire, sor­ti sur Fine Human Records, est disponible sur Beat­port

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