Otzeki à Rock en Seine (Crédit Photo : Olivier Hoffschir)

Interview : Otzeki, ces inconnus que les festivals s’arrachent

Otze­ki? C’est qui? D’abord une his­toire de famille. Un duo de pop élec­tron­ique venu d’outre-Manche, for­mé par deux cousins : Mike Sharp au chant et aux gui­tares, Joel Robert aux claviers et aux machines. D’abord influ­encés par le rock et le blues, de Tom Waits à Jimi Hen­drix, ils for­gent aus­si leur cul­ture avec des comédies tour­nant autour de l’univers DJ comme It’s All Gone Pete Tong de Michael Dowse et Human Traf­fic de Justin Ker­ri­g­an, décor­tiquées ensem­ble à l’adolescence pen­dant leurs vacances en famille : ils se décou­vrent une pas­sion com­mune pour la musique élec­tron­ique. Après leurs deux max­is Falling Out (2016) et Sun Is Ris­ing (2017), ils écu­ment les routes et les fes­ti­vals notam­ment en France, à Nuits Sonores, Fnac Live, Print­emps de Bourges ou aux Vieilles Char­rues. En avril dernier ils pub­lient Bina­ry Child­hood, un pre­mier album élé­gant à la croisée de la pop, du rock et de l’électronique élu album du mois dans notre numéro d’avril. A quelques heures de leur con­cert bril­lant et fédéra­teur à Rock en Seine sur la scène de l’Industrie, Tsu­gi a prof­ité d’une inter­view sous le soleil pour en savoir plus sur cet intri­g­ant duo.

A chaque fois qu’on vous demande l’origine du nom Otze­ki, vous don­nez une réponse dif­férente. Qu’est-ce que ça va être aujourd’hui? Ce nom a‐t‐il seule­ment une vraie sig­ni­fi­ca­tion?

Joel : Pas du tout, c’est un nom com­plète­ment inven­té autour duquel on aime créer le mys­tère.

Mike : C’est un nom mys­térieux, comme une fable et on peut y associ­er plein de choses très dif­férentes. Plus qu’une réflex­ion, plus qu’une pro­jec­tion… C’est tout sim­ple­ment Otze­ki.

Com­ment avez‐vous com­mencé à jouer ensem­ble? Quand a réelle­ment ger­mé l’idée de for­mer un groupe?

Joel : On fai­sait déjà de la musique tous les deux régulière­ment, comme on est cousins il venait sou­vent chez moi. Et puis plus tard quand on a eu 20 ans, Mike était dans un groupe qui n’avait plus de bat­teur : donc un jour il m’a pro­posé de venir répéter avec eux chez lui. Je suis arrivé avec mes machines, ma boîte à rythmes et on a com­mencé à faire des boeufs… Ca a démar­ré comme ça.

A cette époque, qu’est-ce qui influ­ençait le plus votre musique?

Joel : On est beau­coup sor­ti dans des clubs tous les deux, on a beau­coup fait la fête entre Lon­dres et Berlin, dans des endroits qui pas­saient surtout de la musique élec­tron­ique donc je pense que ça été une énorme influ­ence pour nous… On a com­mencé à coller des textes sur des com­pos tou­jours élec­tron­iques, puis en rajoutant de la gui­tare ça a apporté une touche nou­velle, une nou­velle dimen­sion.

Mike : Je pense que le groupe est par­ti d’influences majori­taire­ment rock pour se diriger vers une musique de plus en plus élec­tron­ique. C’est typ­ique pour un pre­mier album : cer­taines chan­sons sont si vieilles pour nous qu’on arrête de les jouer en live, pour­tant elles doivent avoir leur place dans le disque. Elles sont le témoin de notre évo­lu­tion.

Juste­ment, en avril vous avez sor­ti Bina­ry Child­hood. C’est votre pre­mier album et il est dif­fi­cile à ranger dans un seul style… Il y a des chan­sons pop avec des sons plus dance­floor, des influ­ences tech­no, des morceaux down­tem­po plus som­bres qui font penser à Dark­side (par exem­ple le titre “Walk On”) : quelle était l’idée prin­ci­pale, la ligne direc­trice de cet album?

Mike : On voulait que l’album reflète notre éclec­tisme. Les goûts musi­caux très dif­férents qu’on a dévelop­pés à l’adolescence, pour finale­ment grandir et en sor­tir. C’est cette idée qui a don­né le titre de l’album Bina­ry Child­hood : tu peux choisir d’être un jour rockeur, un autre jour pro­duc­teur tech­no… Mais en fait tu es tout à la fois.

La plu­part de vos chan­sons sont mélan­col­iques. On le sent dans vos boucles et vos riffs de gui­tares, dans quelques accords soul au piano (“Are You For Real?”) avec une voix claire par‐dessus. Diriez‐vous que vous faites de la musique mélan­col­ique?

Joel : Franche­ment, je ne pense pas ! On peut créer une musique, une ambiance très som­bre et réus­sir à en faire quelque chose d’heureux avec un impact claire­ment posi­tif. “Som­bre” ne veut pas néces­saire­ment dire “mélan­col­ique”.

Mike : Pour moi c’est surtout cathar­tique. Ce n’est pas pour se com­plaire dans la mélan­col­ie, c’est plutôt l’idée de canalis­er une émo­tion dans quelque chose de posi­tif. C’est intéres­sant parce que si on réu­nit un groupe de per­son­nes avec la même forme de mélan­col­ie, c’est en fait un envi­ron­nement très posi­tif. Par exem­ple si tu prends la tech­no, tu trou­veras beau­coup de morceaux très som­bres et hyp­no­tiques mais c’est sou­vent pour en ressor­tir une sen­sa­tion énergique, atmo­sphérique, flam­boy­ante. La tech­no peut être mélan­col­ique mais en l’écoutant, le pub­lic peut avoir un goût de par­adis.

Vous aimez inclure des sons organiques dans vos chan­sons. Par exem­ple dans “Sun Is Ris­ing”, on entend un bruit lourd, comme un marteau qui se fra­casse con­tre un mur. Pourquoi cet attrait pour les sons organiques dans vos com­po­si­tions? 

Joel : J’adore le mélange des sons dig­i­taux et organiques. Depuis tou­jours j’ai été attiré par les tex­tures brutes et réelles qui s’imbriquent dans la musique élec­tron­ique.

Mike : Je crois qu’on pense sou­vent en ter­mes de déco­ra­tion et d’architecture du son. C’est intéres­sant de plac­er une con­struc­tion arti­fi­cielle, ou au moins quelque chose de très soigné qui ne colle pas for­cé­ment avec le reste, qui n’a rien à faire là… Comme un acci­dent et ça sem­ble irréel. C’est comme si tu te bal­adais seul dans une forêt et que tu tombais sur un énorme miroir par­faite­ment rond, flot­tant au‐dessus du sol ou pen­du aux arbres : ce serait un moment incroy­able. C’est une idée qu’on aime trans­pos­er dans nos com­pos : pren­dre un envi­ron­nement et y gref­fer des sons qui sem­blent à l’opposé com­plet, mais qui finale­ment col­lent bien. 

Vous avez pro­duit un remix de “Dead­crush” d’Alt-J (dans une com­pi­la­tion de 8 titres) : com­ment avez‐vous pris part au pro­jet et com­ment avez‐vous com­posé ce remix?

Joel : Notre man­ag­er a réus­si à nous inclure au pro­jet et on a tout de suite été embal­lés ! C’est surtout Mike qui a fait le remix. C’était l’année dernière en France pour deux semaines pen­dant l’été, on jouait aux Vieilles Char­rues alors Mike a com­posé ça dans une petite mai­son en Bre­tagne.

Mike : J’ai com­posé dans le train, le casque sur les oreilles… Et aus­si dans cette petite mai­son bre­tonne. Pour moi c’était un chal­lenge per­son­nel : je voulais cas­er plein d’idées dans une chan­son assez courte. Le morceau s’appelle “Dead­crush”, ça m’a inspiré cette idée de com­press­er énor­mé­ment de pen­sées, d’accidents et de sou­venirs dans une tem­po­ral­ité très réduite. 

Pour vous, c’est quoi le con­cert par­fait? 

Joel : Un de mes meilleurs sou­venirs de con­certs c’était à Nuits Sonores à Lyon. Il y avait une telle exci­ta­tion dans le pub­lic, ça a for­cé­ment ressur­gi sur nous sur scène. Quand il y a ce genre de con­nex­ion avec le pub­lic, tu embar­ques les gens en voy­age et tu ressens toute cette émo­tion, l’engouement général… Et c’est absol­u­ment génial.

Mike : J’ai adoré Pete the Mon­key (Haute‐Normandie), c’était incroy­able ! De manière générale, cet été a été com­plète­ment dingue. Je ne peux lit­térale­ment pas met­tre de mots sur ce qu’on a vécu, per­son­nelle­ment ça m’a retourné le cerveau. Quand tu te retrou­ves dans cette posi­tion où t’as telle­ment voy­agé, ren­con­tré énor­mé­ment de gens, tu ne sais pas par où com­mencer.

Quand Mike se glisse dans la foule de Rock en Seine (Crédit Pho­to : Olivi­er Hoff­schir)

Quand vous êtes en tournée, trouvez‐vous tou­jours le temps et l’inspiration pour écrire et com­pos­er? 

Joel : Récem­ment on a ren­con­tré un groupe qui nous a par­lé du logi­ciel VCV Rack, un mod­u­la­teur de syn­thé­tiseurs. Et ça m’a ren­du addict ! J’ai beau­coup appris à syn­thé­tis­er, à con­stru­ire mes morceaux dif­férem­ment, seule­ment sur mon ordi­na­teur portable.

Mike : Quand on est sur la route, on ne peut pas chanter parce qu’on voy­age surtout en train. Cela fait au moins six mois que je n’ai pas écrit de chan­son, c’est très étrange. Mais en ter­mes de com­po­si­tion et de pro­duc­tion, quand on est dans l’avion et qu’on voit par la fenêtre une vue mag­nifique et extra‐large, c’est un très bon moment pour écrire. Parce que tu peux t’imprégner du moment et de l’environnement. Ca débouche sou­vent sur des titres très ambi­ent, comme des musiques de films. Voy­ager en train, c’est par­fait pour écrire de la musique élec­tron­ique, parce que tu ressens plein de petites choses qui passent très rapi­de­ment. Et la musique imite fatale­ment ce que tu ressens. Etre en tournée, c’est la meilleure occa­sion de com­pos­er avec son envi­ron­nement.

Quels sont vos prochains pro­jets? 

Joel : On va déjà écouter beau­coup de musique, pour garder l’excitation et con­tin­uer à trou­ver l’inspiration.

Mike : On ne peut pas vous dire ce que c’est mais on va vrai­ment pren­dre une direc­tion sen­si­ble­ment dif­férente. Mais je pense que pour le moment, on va être être épuisés en ren­trant chez nous !

Crédit Pho­to : Andy Will­sh­er

Retrou­vez Otze­ki en con­cert au fes­ti­val Déto­na­tion de Besan­con le 29 sep­tem­bre, à La Lib­erté A Rennes en com­pag­nie de Her le 5 octo­bre et à la Maro­quiner­ie le 5 décem­bre.

(Vis­ité 972 fois)