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© Olga du Saillant
23 janvier 2024

INTERVIEW | Papooz, la résonance en maître-mot

par Olivia Beaussier

Entre le groove et la folk, les Papooz sont les défenseurs d’une certaine idée de la pop à la française. On les avait déja rencontrés en 2019. Mais à l’occasion de leur nouvel album Resonate (sortie 26 janvier), on a voulu retourner poser deux-trois questions à Ulysse et Armand…

En 2019, les deux amis qui forment Papooz sortent leur deuxième album Night Sketches, contenant le désormais célèbre ‘Theatrical State Of Mind‘. Avec ce disque ils perfectionnent leur style frais d’une pop groovy et décomplexée. Ils sont de retour trois ans plus tard, avec l’excellent None Of This Matters Now. On retrouve cette influence rétro du pop rock des années 1960-70. Le 26 janvier ils sortent leur quatrième album Resonate. Dans ce projet, les sonorités, les thèmes et les influencent s’entrechoquent. Comment le titre l’indique, la résonnance en est le maître-mot.

Avec Papooz, on a parlé du challenge de réaliser un album en 19 jours, de leur voyage à New York, et de leurs influences. Mais on a surtout, beaucoup, beaucoup parlé de résonance.

Papooz

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Il s’est passé deux ans depuis votre album None Of This Matters Now. Qu’est ce qui a changé dans  la réalisation de Resonate ?

Armand : On a toujours eu un mode opératoire distinct pour chacun de nos albums. On les a tous enregistrés live, mais sur celui-là on a enregistré pleins de musiciens différents. On a fait un peu de Lego sur Pro Tools, ça nous a permis de rester mobile entre Paris et New York.

Ulysse : On a rencontré le songwriter, Jessie Harris (ndr : il a travaillé avec Nora Jones, Melody Garlot…)  à un de nos concerts à New York. Puis on a composé un premier morceau avec lui et on s’est dit « putain c’est super, viens on en fait un autre« . On a commencé à se voir tous les jours, et on s’est mis cette règle de faire un morceau par jour pendant 19 jours.

A : Au début on se voyait à Paris, mais lui vit à New York, donc on l’a rejoint là-bas. On se donnait rendez-vous après le déjeuner, sans savoir ce qu’on allait faire… Puis chaque jour on composait un nouveau morceau. On ne partait pas dîner sans avoir fini.

 

Pourquoi avoir choisi ce mode opératoire ? 

U : La musique est un art intuitif, instinctif. Et naturellement quand tu le sur intellectualises, tu peux perdre en émotion.

A : Et puis on avait un truc de fierté, mais bien placée ! On avait peur de faillir à la règle, parce qu’au bout de dix fois ça peut mal se passer. C’était limite un peu sportif.

 

Comme vous l’avez dit, vous avez collaboré avec le songwriter Jessie Harris, et le producteur Patrick Wimberly (ndr : il a travaillé avec Caroline Polacheck, Lil Yachty…). Qu’est ce qu’ils vous ont apporté sur ce projet ?

A : On a changé notre mode d’écriture. Normalement on écrit ensemble mais aussi assez séparés ; là, on n’a rien écrit séparément.

U : Ce que Jessie nous a vraiment apporté, c’est le professionnalisme. Parfois dans l’écriture, tu peux rester bloquer plusieurs semaines sur un mot. Vu qu’on avait cette deadline, on avait peu de temps. Il nous a aidés à finir les textes sur le moment présent.

A : On avait déjà rencontré Patrick, on était admiratif de son travail. On a réussi à le choper au bon moment et on a mixé un mois après.

U : Il est arrivé dans un dernier tour et a ajouté des petites pointes de rock. C’était génial, une plus-value énorme.

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Dans cet album, vous appuyez le concept de la ‘Résonance’. C’est quoi cette idée ?

A : Physiquement, la résonance c’est la prolongation d’un son sur une surface proche. On retrouve toute cette métaphore autour du fait qu’on aurait besoin de quelque chose ou de quelqu’un pour trouver sa fréquence propre. Que ce soit dans les relation amoureuses ou amicales. Ça fait un peu hippie dit comme ça, mais ça a été théorisé par un philosophe allemand, Hartmut Rosa. Selon lui, la résonance c’est le remède à l’accélération du monde. C’est calmer le jeu pour prêter plus d’attention à ce qui nous entoure.

U : Armand avait noté le titre, on aimait beaucoup le mot, donc on a écrit un morceau (« Resonate ») en partant de ça. Puis après on s’est dit que toute la thématique de l’album allait tourner autour de la résonance.

Et du coup musicalement, comment on arrive à cet effet de résonance ?

A : Quand on faisait les arrangements, on poussait la résonance du synthé à fond. Ça fait osciller la note sur elle-même, et de là ça créait un son. Ce rapport physique/philosophie/musique, c’est exactement ce qu’on voulait pour l’album.

 

On a un peu envie de faire un rapprochement entre « Résonner » / « Raisonner »…

A : Oui, c’est la même racine*, et d’ailleurs c’est à peu près la même idée. Quand on raisonne, on fait un travail : on sélectionne une information avant de parler… C’est comme la résonance ; on s’arrête une seconde, on réfléchit.

*ndr : on a vérifié, et non ce n’est pas la même racine, mais on comprend l’idée !

 

La thématique de l’album c’est cette corrélation entre rester seul, et ce besoin d’être entouré. Mais bizarrement, il se finit par « No One Else », une déclaration d’amour. Pourquoi avoir choisi cette conclusion ? 

A : C’est une chanson d’amour totale, très folk, avec des images un peu…

U : Très Léonard Cohen !

A : Le truc qui est drôle, c’est qu’en anglais « There’s no one else », ça peut être le mensonge de quelqu’un qui trompe sa femme. Moi je le vois comme un duel. Ça clôture par un mensonge un peu plus cool, et je trouve que ça allait bien.

D’une façon plus générale, quelles étaient vos inspirations pour cet album ?

U : On avait une règle : pas plus d’une ou deux ballades sur l’album. Et on a essayé de s’y tenir, vu qu’on a énormément de morceaux lents. On reste très 70s et on fait de la pop… donc on peut mélanger beaucoup de styles. Et c’est en composant qu’on se rendait compte des influences qui arrivaient, pas avant.

A : Pendant l’album, j’écoutais beaucoup The Specials. On peut entendre un peu cette influence dans « Minor Miracles » ou « You Make It Right ». J’écoutais aussi Christine McVie, que j’adore, la deuxième compositrice de Fleetwood Mac. Et d’ailleurs, il y a deux-trois morceaux qui sonnent un peu Fleetwood Mac, par exemple « As The World Turns » etc.

 

Vous avez dit que vous adoriez performer : vous avez hâte de la Cigale ?

U : Comment on pourrait dire le contraire ? On adore le live, on est trop content. Surtout on voyage avec nos potes, c’est un peu la récré.

 

Cette semaine on fête les neuf ans de votre premier EP Papooz. Vous retrouvez-vous encore dans le Papooz d’il y a neuf ans ?

A : On est fiers du parcours.

U : Ce qu’on aime, nous, c’est ne pas faire la même chose. Il ne faut pas oublier de s’amuser, sinon ça devient vraiment chiant !

Papooz

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