Crédit photo : Alexandre Jneid

La Douve Blanche, cru 2018 au château d’Egreville

On s’était quittés l’an dernier sur une cita­tion volée à un fes­ti­va­lier : « Ici c’est du bouche à oreille, pour la bouche et les oreilles ». Cette quatrième édition du fes­ti­val de la Dou­ve Blanche, organisée par les cham­pi­ons d’An­i­mal Records et Ani­mal Kitchen, a encore bénéficié du phénomène. Le cadre est tou­jours aus­si mag­ique. On se balade autour du château d’Égreville, con­stru­it au XIIe siècle, aux aspects tantôt Moyen-Age, tantôt Renais­sance suiv­ant d’où on le regarde. On revoit les vieilles pier­res et la végétation qui tente depuis huit-cents ans d’engloutir la bâtisse. La scénographie est de plus en plus travaillée chaque année : des canapés, quelques vieux fau­teuils et des lam­pi­ons mul­ti­col­ores ren­dent l’atmosphère aus­si délurée que voluptueuse. Demeure au XVIè siècle de la duchesse d’Etampes, maîtresse du Roi François 1er, le château est désormais le domaine du génial et excen­trique Doc­teur Rémy Roy, que nous avions déjà ren­con­tré lors de l’édition 2017. Au dehors, un ter­rain immense coupé en deux par une allée de jolis arbres accueille le ter­rain de camp­ing, les toi­lettes (de VRAIES toi­lettes s’il-vous-plaît) et les douch­es. Dans la Dou­ve, on tombe sur les stands de tatouage, les friperies qui vendent boubous et djellabas, t‑shirts floqués du logo du fes­ti­val ou de celui d’An­i­mal Records. Fam­i­li­er.

Il est quinze heures lorsqu’on arrive au camp­ing. La tente est montée, à l’ombre, puis s’effondre. Tant pis, le quart de finale de Coupe du Monde (France-Uruguay) va com­mencer, on y va. On regarde le match de manière un peu hachée à cause des problèmes de con­nex­ion Inter­net. Au coup de sif­flet final, on com­prend que le week-end com­mence sur une vic­toire. Il est dix-huit heures et la troisième mi-temps la plus longue de l’année peut com­mencer. On est, on est, on est en demies !!! On passe enfin aux choses sérieuses. Les plus impa­tients descen­dent au creux de la Dou­ve. On a faim et ça tombe bien. Le Food-court est cette année encore très ben fourni. Burg­er avec frites de patate douce ou bur­ra­ta, huîtres, poulet au sésame… on a presque tout essayé sur le week-end, sans la moin­dre déception. Après avoir rincé notre gosier asséché par le soleil avec une pinte de “Fils de Pomme”, on court dans la Dou­ve écouter le pre­mier con­cert du week-end.

Crédit pho­to : André Thibault (@thibault.andre)

C’est Form qui ouvre le bal à vingt heures précises. Les qua­tre mem­bres du groupe échauffent le petit mil­li­er de fes­ti­va­liers déjà présents, notam­ment grâce à leurs con­gas, employées avec sub­tilité. Entre puis­sance électronique et douceur mélodique, le live du groupe offre un joli prélude au fes­ti­val. Comme l’an passé, la scène du Che­nil sert de tran­si­tion entre les con­certs de la scène du Pont. Ce ven­dre­di soir Girl, puis Us nous font bouger dans une ambiance chaude et humide en atten­dant la tête d’affiche du soir. Légèrement en retard sur la scène prin­ci­pale, Isaac Delu­sion ‑qu’on ne présente plus- livre une presta­tion live très agréable notam­ment avec ses titres “Mid­night Sky” ou “Isabel­la”. On a même eu droit à un inédit ! La voix du chanteur, si recon­naiss­able, est en par­faite adéquation avec l’ambiance esti­vale de la Dou­ve. Dom­mage que ça soit si court. Il est à peine minu­it et un set drôlement plus dansant nous attend au Che­nil avec Ambeyance. De retour à la grande scène, Mid­dle, puis Ran­domer ont bal­ancé de l’électro effi­cace jusqu’à qua­tre heures du matin. On a à peine le temps d’apprécier le début de set de Simo Cell que le ciel com­mence déjà à chang­er de couleur. Il reste encore du monde debout deux heures plus tard. Dans le camp­ing, cer­tains tra­cent les lignes blanch­es pas toutes droites d’un mini-terrain de foot. S’en suit une petite par­tie au lever du soleil pour les plus éveillés. Ayant déjà per­du quar­ante litres d’eau et sachant le peu de som­meil auquel on aurait droit, on a préféré l’option “les dents et au lit”. C’est là qu’on retrou­ve notre tente effondrée. Soupirs.

On est réveillés dans notre morceau de toile par le “Passe­ment de jambes” de Doc Gynéco qui résonne dans le camp­ing. Cer­tains n’ont même pas dor­mi. La file d’attente pour les douch­es est si longue qu’on reporte notre toi­lette à… plus tard. De toutes façons, il fal­lait repar­tir devant la grande scène écouter Ter­ri­to­ry, groupe de rock qu’on ne con­nais­sait pas du tout mais qui nous a très vite remis dans le coup. Ce soleil com­mence à nous cogn­er. Heureuse­ment, la Dou­ve est rem­plie de petits recoins ombragés où pas mal de fes­ti­va­liers sont venus rat­trap­er quelques heures de som­meil. Vient le moment très atten­du du live de LAAKE. Seul sur scène avec son clavier, un ordi­na­teur et quelques machines, le pianiste parisien envoie des kicks pro­fonds. Rapi­de­ment, son équipement prend un coup de soleil et la per­for­mance est inter­rompue quelques instants, avant de repren­dre sous les encour­age­ments du pub­lic. Il ter­mine sur “Melan­cho­lia”, un titre aux ten­dances gab­ber qui envoie tout le monde au tapis. Grandiose.

Crédit pho­to : André Thibault (@thibault.andre)

FAIRE, groupe de punk new-wave ultra-coloré nous fait plaisir en début de soirée. Eux, ils envoient. Telle­ment qu’ils man­quent à plusieurs repris­es de cass­er des morceaux de scène. Au Che­nil, S8FOU et les per­les de Miel de Mon­tagne offi­cient avant l’arrivée de Ouai Stéphane. Apparem­ment calme, ce dernier livre un set peu académique mais excel­lent de spontanéité. Il sam­ple sa voix et nous monte un track à base de « ouais ». Il nous est claire­ment apparu comme la pépite de cette deuxième journée. On a aus­si beau­coup aimé PMCP et leur sax­o­phon­iste. Avant d’aller écouter le chou­ette duo Macadam Croc­o­dile, petite sur­prise dans la Dou­ve. Le groupe Fast­lanes, quatuor franco-américain de hip-hop (deux pro­duc­teurs français, deux MCs des projects de New-York) fait se lever des cen­taines de bras au son de son EP Just Land­ed.

Le Norvégien Diskobeis­tet nous a ensuite pro­posé un set ori­enté vers le dis­co et la funk. Quand Bamao Yendé prend le relai, il est deux heures du matin. L’ambiance a un peu de mal à décoller mais la soirée reste très réussie. Une pause s’impose sur les rem­parts du château éclairés à la lumière noire.

Retour au Che­nil où le duo min­i­mal­iste de Maze prépare l’arrivée de Dj P.Moore, ancien du Rex de la grande époque. Là, il est plus de cinq heures du matin. On sent la fin du set venir et on com­mence à faire le chemin du retour vers la tente quand on entend les premières notes de Domi­no, track mythique de Oxia qui nous fait rebondir et fon­cer pour une dernière salve. Fin du set, per­son­ne ne veut dormir. La soirée con­tin­ue une nou­velle fois dans le camp­ing.

Plus tard dans la matinée, on est retourné voir le Doc­teur. Chemise ouverte, cha­peau de paille, pen­den­tif représentant une énorme grenouille en bois autour du cou, il nous invite à nous asseoir sur un canapé situé sous un saule. Sat­is­fait de la fête, émerveillé par les tenues arborées par les fes­ti­va­liers du cru 2018, il est déjà impa­tient de recevoir encore plus de monde l’an prochain. Et pourquoi pas repouss­er le seuil des deux-milles con­vives.

Meilleur moment : On croy­ait aller se couch­er une première fois avant que Dj P.Moore ne bal­ance ce gros Blue Mon­day de New Order (6h45).

Pire moment : Aller se couch­er dans ce sar­cophage en toile qu’on appelle tente. Mais c’était de notre faute.

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