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© Vooruit Gent
4 juillet 2022

LCD Soundsystem à Londres, symbiose religieuse et retrouvailles de vieux amis

par Juliette Soudarin

Il y a les résidences de Céline Dion ou Elvis à Las Vegas. Et puis il y a celle du groupe new-yorkais LCD Soundsystem à Londres. Du 27 juin au 3 juillet, le collectif a donné six concerts d’exception à l’O2 Academy Brixton pour célébrer « leurs 20 ans de groupe de rock ». On y était le 1er juillet, et on vous raconte. 

19 h 30, les pubs du quartier artsy du sud de Londres, Brixton, sont plein à craquer. « Mon pote était au concert hier et ils ont commencé à jouer à 9 h », explique à ses amies une jeune femme à la veste au motif tartan. Bières à la main, la foule commence à se mettre dans l’ambiance du show qu’elle s’apprête à voir : LCD Soundsystem à l’O2 Academy Brixton à Londres. Car personne n’est dans ces bars par hasard. Chacun•e a bataillé, quelques mois plus tôt, pour voir ce groupe mythique – si rare sur scène depuis leur reformation en 2015- , acteur de l’exaltation musicale du début des années 2000 à New-York. D’ailleurs à peine 20h30 sonne, qu’une masse se dessine en direction de la salle de concert. Elle passe devant l’entrée du bâtiment, mais ne s’arrête pas. L’affluence est telle que la queue encercle le bâtiment. Les têtes ahurissent devant l’interminable file d’attente. Pourtant, tout le monde le sait : les six dates du groupe à l’O2 Academy Brixton sont complètes. Et ce n’est pas faute d’avoir ajouté deux dates supplémentaires pour partager avec le plus grand nombre leur vingtième anniversaire. Ce n’est plus Céline en résidence à Las Vegas, mais LCD à l’O2 Academy Brixton.

Roméos discos

Heureusement pour nous, la file avance vite. Mais à peine a-t-on le temps de rentrer dans le large hall de l’O2 Academy, que résonne derrière les portes de la salle la basse groovy de « Us V Them ». La jeune femme à la veste en tartan nous l’avait dit, James Murphy et sa troupe commencent à jouer à 9h… pas d’exception. On s’engouffre alors – avec le reste de la foule, en remuant tête et bras – dans ce hammam romantique qu’est l’O2 Academy Brixton. Hamam, car si le show vient à peine de commencer, la température avoisine déjà les 100 degrés. La salle est pleine à craquer. Et du bar – les brits ne perdent pas le nord – au balcon, à la fosse, le public agite ses membres. Romantique, parce que la scène de l’O2 Academy Brixton a des allures de châteaux italiens. Une grosse boule à facettes – illustration de la pochette du premier album de LCD Soundsystem et symbole choisi pour célébrer leurs vingt ans – surplombe le groupe renvoyant sur la foule les reflets des jeux de lumières. Le collectif devient notre Roméo disco rock de la soirée.

Chacun tente de s’approcher au plus près de la scène, nous de même. Enfin on aperçoit Murphy et son fameux micro à face plate. Démarre alors, « I can change » et le public, enfin à peu près installé, chante en choeur les paroles : « Tell me a line, make it easy for me, open your arms, dance with me until I feel all right… » Puis ça sera au tour de « You wanted a hit » de faire vibrer la salle. Mais le morceau qui allumera vraiment les fans et libérera les corps n’est autre qu’une version nerveuse de « Daft Punk is playing at my house« .  « Han han han ! » ou plutôt « Po po po ! » selon les cris de la foule. Soudain un puits de lumière illumine James Murphy. C’est l’heure du break iconique du titre à la sonnaille. Et son percussionniste de lui répondre, lui aussi éclairé le temps d’un instant. Le public exulte.

Symbiose sacrée

On ne va pas vous mentir, pendant deux heures – oui deux heures – les tubes dance rock s’enchaînent (« Loosing my edge » pimenté par les reprises « Robot Rock » de Daft Punk ou « Don’t go » de Yazoo, « Home » joué dans la pénombre, la foule seulement éclairée par la boule à facettes, « Someone Great« …) Et puis au bout d’1h30 de concert James Murphy lance, en toute simplicité, comme à des vieux potes (on a l’impression de l’être le temps de la soirée):  « On a besoin d’une petite pause pipi, on revient vite pour jouer quelques chansons en plus, ne partez pas où vous manquerez la fin ». Merci, Murphy, nous aussi on a besoin d’uriner, ou plutôt de reprendre nos esprits quelques instants, car après avoir autant transpiré dans cette fournaise, l’envie nous est passée.

Dix minutes et voilà la joyeuse bande de retour. James Murphy en profite pour se confier, dire au public qu’il est génial, que l’énergie est super. Le genre de trucs que les artistes disent tous les soirs mais qui nous fait nous sentir à part. Il ajoute même : « Je n’aime pas les grandes salles, je préfère celles de cette taille. C’est pour cela qu’on joue six dates pour vous ». Et là, on vous avoue qu’on se sent vraiment uniques, aimés par l’artiste adulé. Quoi de mieux alors de reprendre cette seconde partie par une déclaration d’amour ? Les premières notes au piano de « New York, I Love You But You’re Bringing Me Down » résonne, le public s’anime mais James Murphy fait durer l’introduction. Il est d’humeur bavarde. Enfin il chante le premier couplet : « New-York I love you, but you’re bringing me down, like a rat in a cage, pulling minimum wage« . Mais toujours au ralenti comme pour rallonger le moment, ou jouer avec la foule. Et puis le morceau est lancé. Les amoureux•ses s’embrassent, les ami•es s’enlacent, et la foule hurle. Une symbiose presque religieuse. C’est l’expression du lien sacré entre le public, l’artiste et sa création.

Un groupe rassembleur

L’apothéose n’est cependant pas encore atteinte. LCD Soundsytem enchaîne avec le très attendu « Dance Yrself Clean » et termine ce concert incroyable avec « All My Friends » (comme quoi on est vraiment leurs amis depuis vingt ans maintenant). « Oh yeah, c’est le piano ! », lâche un fan. Oh oui, c’est la ligne de piano qui va nous rendre tous et toutes folles, et surtout nous remplir de joie pour le reste de la soirée. L’O2 Academy Brixton vibre, les « oh oh oh », doivent résonner jusqu’à l’extérieur. « Where are your friends tonight? If I could see all my friends tonight ». Et les lumières s’éteignent. Le groupe quitte la scène.

On regarde alors autour de nous avant que la salle ne se vide. Et on se rend compte de la force de la musique de LCD Soundsystem. Elle touche et rassemble autant les fans de la première heure de cinquante ans, qui ont vu évoluer le groupe, que ceux et celles qui pourraient être leurs enfants et qui ont grandi avec leur musique. Tous et toutes ont les yeux qui brillent, tous et toutes ont transpiré et dansé. Pas une seule personne n’est restée statique, pas même au balcon. Tous et toutes ont l’impression d’avoir vécu un moment unique. Un couple s’allonge sur le sol remplis de gobelets vides. Dans leurs regards, on peut lire toute l’allégresse qu’il et elle viennent de vivre. « C’était clairement d’un autre niveau », résume notre amie à la veste au motif tartan. On est bien d’accord avec elle, et on a du mal à croire que le groupe new-yorkais avait déjà joué deux dates à Londres, tant il a été généreux avec nous. Deux heures de concerts passées en dix minutes.

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