Laurent Garnier en closing sur la scène de l'Astrofloor © David Boschet

Le Manoir de Keroual retrouvait la rave : le retour d’Astropolis en jauge pleine

En cette année de post-restrictions san­i­taires, côté fes­ti­val, un sujet ani­me les esprits : le retour aux jauges pleines. Com­ment ne pas appréci­er ce retour à la fête totale ? Du côté de Brest, du jeu­di 30 soir à lun­di 4 très tôt le matin, Astrop­o­lis a renoué le lien avec son pub­lic sans aucune dif­fi­culté. Après tout, en 27 ans d’existence, les présen­ta­tions ne sont plus à faire, Astrop­o­lis fait par­tie des fes­ti­vals mythiques de la sai­son esti­vale. La superbe pro­gram­ma­tion de cette année en attes­tait d’ailleurs… Retour sur trois jours de festival. 

À Astrop­o­lis, à Brest, il règne une atmo­sphère par­ti­c­ulière. Est-ce dû à cet air marin qu’on peut sen­tir sur les quais ? À la folie bre­tonne ? Ou l’esthétique d’une ville grise recon­stru­ite sur des ruines de l’après-guerre, qui cache en elle une âme pro­fondé­ment chaleureuse ? On ne va pas se fouler… Mais c’est un peu de tous ces ingré­di­ents. C’est cer­tain : cette légère odeur iodée qu’on pou­vait capter jusque dans Le Fourneau y est pour quelque chose. Situé quai de la Douane, ce Cen­tre nation­al des arts de la rue et de l’e­space pub­lic accueil­lait deux lives pré­parés en asso­ci­a­tion avec la mythique salle de spec­ta­cle de Brest, La Carène. Le pre­mier, du duo INSTABILITÉS, mari­ait les paysages sonores de Ben­jamin Le Baron à l’art graphique et pic­tur­al de Tris­tan Ménez dans un con­cert aus­si poé­tique qu’a­gréable à voir. Le sec­ond, porté par la musique de S8JFOU, pas­sait en sec­onde lame pour faire bouger les têtes au son de “op·echo” , un live infusé à la drill n’bass et au style Aphex Twin. Le tout était illus­tré avec brio par Simon Lazarus et ses pein­tures ani­mées. Orig­i­nales, séduisantes voire oniriques, avec ces per­for­mances Astrop­o­lis ne pou­vait avoir meilleure intro­duc­tion avant la soirée du lende­main, tou­jours sur les quais à quelques pas des porte-conteneurs, et tou­jours accom­pa­g­née de cette fraicheur brestoise. D’ailleurs, celle qui en a fait son sobri­quet était présente pour clô­tur­er comme il se doit, le ven­dre­di soir, à La Suite

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S8JFOU au son et Simon Lazarus à l’image

La Fraicheur siégeait dans une “Room 1” chauf­fée à blanc par les pas­sages suc­ces­sifs de Saint Mis­ère, Héc­tor Oaks et Rebekah, et par le son de la hard tech­no. C’est aus­si dans ce club comble qu’on a pu saisir toute l’ef­fer­ves­cence de la ville bre­tonne. La folie col­lec­tive s’empare de quiconque s’aven­ture sur la piste de danse. On rit, s’émer­veille et danse dans un état décom­plexé mêlant état de transe et cool-attitude. Dansez comme vous êtes ! Même slo­gan dans toute ville le same­di après-midi lorsque les parcs, les squares et la ter­rasse du mythique cabaret Vauban se sont ani­més gra­tu­ite­ment dès midi au rythme des DJ-sets en open air de Belar­ia, Matil­da, TATA Monique b2b Capon ou Fla­mar & Olkan pour ne citer qu’eux. Alors que cer­tains débar­quaient fraiche­ment de la Gare à Brest les valis­es ‑dans les mains ou sous les yeux- per­me­t­taient d’es­timer la soirée passée la veille. Si cer­tains pro­longeaient encore un peu la nuit passée, d’autres étaient en pleine forme pour l’apothéose d’As­trop­o­lis au Manoir de Ker­oual… Située sur la com­mune de Guil­ers, sur la route entre Saint-Renan et Brest, l’im­posante bâtisse à la pierre de gran­it typ­ique de la cul­ture bre­tonne est dev­enue le point de rendez-vous iconique d’As­trop­o­lis, depuis 2002. Instal­lé au cœur de cet écrin de ver­dure du bois de Ker­oual, il tranche avec le centre-ville brestois tout vêtu de béton : fini l’ar­chi­tec­ture sovié­tique de l’atyp­ique Hôtel de Ville…

 

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Après vingt min­utes de navette à par­tir de l’Uni­ver­sité de Bre­tagne Occi­den­tale et plusieurs min­utes de marche dans les bois, on aperçoit enfin le manoir, et la toile rouge et blanche du chapiteau de l’As­trofloor. Une scène dont Lau­rent Gar­nier devien­dra défini­tive­ment le patron au petit matin, à la suite d’un voy­age sonore aus­si mil­limétré que per­cu­tant. Nous rap­pelant une fois de plus qu’un set de Gar­nier est tou­jours une expéri­ence dont on ne ressort jamais indemne. “On n’ou­blie pas, mais dès qu’on le voit en set tu te reprends une claque”, entend-t-on d’un fes­ti­va­lier en chemin pour ren­tr­er… De même, impos­si­ble d’ou­bli­er cer­taines per­for­mances. Celle d’un autre cador français de la musique élec­tron­ique revient plus que les autres : Manu Le Malin a régné en maître de 2 heures à 3 heures sur la scène dédiée à la tech­no hard­core et aux pans les plus under­ground de la tech­no, soignant au pas­sage une répu­ta­tion qui n’est plus à démon­tr­er ‑lui non plus. On retien­dra aus­si la per­for­mance mag­ique d’Octo Octa et Eris Drew sur la scène nichée dans la cour du manoir. En b2b, les deux artistes ont don­né les derniers coups de col­liers dans un set aux morceaux qu’on n’a jamais enten­dus, comme les deux diggeuses savent tou­jours en trouver.

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Eris Drew & Octo Octa en clos­ing sur la scène de La Cour © David Boschet

Des sur­pris­es et de bonnes décou­vertes étaient aus­si de mise sur la plus petite scène du bois, Le Dôme. Dans ce reg­istre, OPÄK fait par­tie de ces artistes qui mériteront qu’on y jette une oreille, tout comme l’une des boss du label bre­ton Ele­men­to Records, Eklose. On gardera égale­ment un joyeux sou­venir du pas­sage du déjan­té Mézigue, jon­gleur sur le fil entre les rythmes breakés de la drum n’bass et le dansant de la house. Finale­ment, la seule ombre au tableau serait cer­taine­ment ce début de live du duo Over­mono, en deçà de ce qu’on attendait d’eux et de leurs pro­duc­tions tein­tées de tout ce que l’e­sprit rave bri­tan­nique offre de mieux. Pour autant, impos­si­ble de ne pas se remé­mor­er avec plaisir les morceaux “So U Kno” ou “Dia­mond Cute”, furieuse­ment bien mixés et accom­pa­g­nés d’une imagerie incroy­able axée autour de leurs deux ani­maux totems : deux dobermanns.

 

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Pour son retour dans sa forme ini­tiale, Astrop­o­lis aura encore une fois déchainé les pas­sions à tra­vers tout Brest, de ses quais à ses parcs, jusqu’au manoir de Ker­oual. Le fes­ti­val s’ap­puie sur sa for­mule typ­ique­ment bre­tonne qui s’est encore une fois révélée gag­nante. La clé de la réus­site ? La folie bre­tonne cer­taine­ment. Comme le résume Lau­rent Gar­nier sur le site du jour­nal local Le Télé­gramme : “La Bre­tagne… c’est la Bre­tagne ! Les Bre­tons sont dingues !” Au vue de ce week-end réus­si, on ne peut que lui don­ner raison.

 

Le meilleur : Ce set de Lau­rent Gar­nier qui remet les pen­d­ules à l’heure, aux allures de voy­age sonore d’une pureté et d’un choix de morceaux qui sort de l’or­di­naire. On en a encore des frissons.

Le pire : On demeure frus­tré par le temps d’at­tente au point repas… Cer­taine­ment un élé­ment que l’équipe d’As­trop­o­lis amélior­era. On n’a pas trop de doute là-dessus !

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