Capture d'écran du clip "Baton Rouge"

Le rappeur Freeze Corleone dans le viseur de la justice après les propos “racistes” de son dernier album

Enquête ouverte pour « provo­ca­tion à la haine raciale », titres sup­primés des plate­formes, con­trat rompu avec Uni­ver­sal, le rappeur français Freeze Cor­leone est en plein dans la tour­mente, dix jours après la sor­tie de son dernier album La Men­ace Fan­tôme.

Moins de deux semaines après la sor­tie de LMF – son dernier album aux 26 500 ventes en dix jours – celui qui se con­sid­ère dans le rap français comme l’équiv­a­lent d’un méchant de comics Freeze Cor­leone, est à nou­veau sous les feux des pro­jecteurs, mais cette fois pas pour les bonnes raisons. Le par­quet de Paris a ouvert une enquête jeu­di 17 sep­tem­bre pour « provo­ca­tion à la haine raciale » et « injure à car­ac­tère raciste », con­tenus dans les textes de cer­tains des titres de LMF. Les punch­lines en ques­tion ? « Gros comme des ban­quiers suiss­es. Tout pour la famille, pour que mes enfants vivent comme des ren­tiers juifs » ; « Kil­lu à vie, fuck un Roth­schild, fuck un Rock­e­feller. Moi j’arrive déter­miné comme Adolf dans les années 30 » – Kil­lu pour Kil­lu­mi­nati, allu­sion aux Illu­mi­nati et à leur plan de nou­v­el ordre mon­di­al – ; « Negro dans l’ombre on com­plote comme les Bilder­berg ».

Si, dans un tweet, le min­istre de l’In­térieur Gérald Dar­manin a qual­i­fié ces pro­pos d’ “inqual­i­fi­ables” et a appelé au boy­cott de ces “immondices”, ce n’est en revanche pas l’avis de cer­tains inter­nautes, qui, eux, regret­tent la prise de posi­tion de Deez­er con­cer­nant la sup­pres­sion des titres du jeune rappeur de Seine-Saint-Denis. En effet, same­di dernier, le man­ageur de l’artiste Shone avait annon­cé sur Twit­ter que l’in­té­gral­ité de sa discogra­phie pour­rait être retirée des plate­formes d’é­coute en ligne dès le lun­di 21 sep­tem­bre, soit aujour­d’hui. Deez­er (et son Comité d’Ethique) se sont déjà activés, tout comme YouTube et Sky­rock, avec la sup­pres­sion de cer­tains morceaux majeurs comme « Rap catéchisme » et l’ou­ver­ture de l’al­bum « Freeze Raël », con­for­mé­ment à la poli­tique rel­a­tive aux con­tenus inci­tant à la haine, ain­si qu’à la pres­sion de la Licra (Ligue inter­na­tionale con­tre le racisme et l’an­tisémitisme) et des min­istres, lit-on ci et là.

Enfin, Uni­ver­sal a aus­si rompu son con­trat de dis­tri­b­u­tion avec Freeze Cor­leone (l’artiste était resté déten­teur des droits de ses mas­ters), pré­cisant dans un com­mu­niqué que « la sor­tie de l’album a révélé et ampli­fié des pro­pos racistes inac­cept­a­bles. Uni­ver­sal Music France défend les valeurs de tolérance et de respect et a donc décidé de met­tre un terme à toute col­lab­o­ra­tion avec l’artiste ». La major l’avait-elle bien écouté avant sa sor­tie ? La ques­tion demeure, pen­dant que, selon le man­ag­er de l’artiste Shone, la déci­sion de couper les ponts ne proviendrait pas de la divi­sion française d’U­ni­ver­sal, mais “de plus haut”. À cette action, le rappeur, lui, y sem­ble insen­si­ble, qui écrivait dans un tweet se sen­tir “enfin libre” :

Ce n’est pas la pre­mière fois que les rappeurs créent la polémique avec cer­tains de leurs pro­pos. Déjà NTM en 1996 éco­pait en pre­mière instance de trois mois de prison avec sur­sis et d’une amende de 50 000 francs en appel, après que Joey Starr ait hurlé sur scène “nique la police !” ou encore “nos enne­mis, c’est les hommes en bleu”. La chan­son “Sale pute” sur l’al­bum d’Orel­san en 2007 égale­ment avait été qual­i­fiée d’“appel à la haine et à l’incitation au meurtre” par Valérie Létard, la secré­taire d’Etat à la sol­i­dar­ité – le rappeur se jus­ti­fi­ant par l’art en l’ayant écrite au sec­ond degré, son texte met­tant en scène un homme “trans­for­mé en mon­stre”.

L’af­faire reste donc à suiv­re et l’im­pact sur les fans de rap encore incer­tain. Le monde du rap est actuelle­ment dans l’œil du cyclone, près de deux semaines après les accu­sa­tions de vio­lences sex­uelles visant Moha La Squale et Roméo Elvis.

 

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