Une ©️Festival Les Escales 2022 _ Christophe

Les globe-trotters des Escales de Saint-Nazaire fêtaient leurs 30 ans, on y était

Fêtant ses 30 ans cette année, le fes­ti­val des Escales de Saint-Nazaire a embar­qué la ville indus­trielle vers de nou­velles con­trées, de l’Australie au Japon en pas­sant par la Hon­grie ou la Grèce. Une édi­tion mag­nifique, faite de voy­ages, de plaisir et de sourires.


Faire une dernière escale après une dense tournée des fes­ti­vals qui a bal­adé Tsu­gi, et surtout les infati­ga­bles équipes de Tsu­gi Radio, sur les routes de France et de Navarre : voilà ce qui nous attendait le dernier week-end de juil­let. Et quelle halte ! Quoi de mieux comme ultime étape qu’une mas­sive fête d’anniversaire, celle des Escales de Saint-Nazaire ? Depuis trente ans, le port bre­ton (oui, his­torique­ment Saint-Naz’ est en Bre­tagne, désolée les Fin­istériens) accueille en son indus­triel sein ce fes­ti­val placé sous le signe du voy­age, avec une pro­gram­ma­tion maligne com­bi­nant gross­es têtes d’affiche et décou­vertes inter­na­tionales. De quoi attir­er un large pub­lic (plus de 40000 tick­ets ven­dus), famil­ial, bon enfant et motivé, attiré par les inévita­bles Clara Luciani, Oboy, Vladimir Cauchemar, Hatik, Deluxe ou Kungs, tout en plaçant au line-up des trou­vailles recom­mandées par un réseau de fes­ti­vals étrangers. Une nou­veauté chez les Escales : tra­di­tion­nelle­ment, le fes­ti­val s’attachait à une seule ville, comme une sorte de jume­lage musi­cal qui, à par­tir de cette année, se fait glob­al, embar­quant son public-aventurier aux qua­tre coins de la planète avec l’aide du MEG Mon­tréal, du fes­ti­val ougandais Nyege Nyege ou du Chilien Desier­to Sonaro. Vous vous en doutez, c’est plutôt cette prog’ globe-trotter qui a tapé dans l’oeil de la rédac’.

Festival Les Escales

Wood­kid ©️Fes­ti­val Les Escales 2022, Philippe Descouts

Mais ne soyons pas snob. Impos­si­ble de boud­er son plaisir devant Morchee­ba, sa langueur domini­cale, le sourire indé­fectible de sa chanteuse et les tubes de Big Calm, qui fêtait ses 25 ans cette année (que d’anniversaires!). Ou devant la scéno­gra­phie impres­sion­nante de Wood­kid, admirée depuis le haut de la grande roue instal­lée à côté de la scène, au couch­er du soleil. Ou encore avec Suzane, ses textes à crier le poing levé et ses coups de pied acro­ba­tiques dans le patri­ar­cat. Ou enfin avec La Femme, rejoint le temps d’un morceau par son anci­enne chanteuse Clara Luciani, ouver­ture par­faite du week-end, “sur la plage, dans le sable”… ou plutôt sur le béton, aux pieds de bateaux aus­si grands que des immeubles. En effet, que ceux qui cherchent une ambiance bucol­ique ne met­tent jamais une tong à Saint-Nazaire. Ici le paysage est en aci­er, les arbres sont minus­cules à côté des éoli­ennes atten­dant d’être amenées en mer, et le VIP, la salle de con­cert située juste en face de l’île accueil­lant le fes­ti­val, est nichée dans un épais bunker. Mais les Escales arrivent à sub­limer ce décor supra-indus’, à coups notam­ment de pro­jec­tions sur les bâti­ments, et de par son place­ment, sur une île donc : tra­vers­er le pont qui mène aux con­certs, c’est déjà le début du voyage.

 

Festival Les Escales

Mari­na Sat­ti ©️Fes­ti­val Les Escales 2022 _ Christophe

Voy­age qui nous emmèn­era d’abord jusqu’à Mel­bourne avec le fes­ti­val NYE On The Hill, amar­ré aux cordes de Steph Strings. L’Australienne ose la for­mule la plus dépouil­lée qui soit : sur scène, il y a elle, sa gui­tare, sa voix, et c’est tout. On en entend qui baille d’avance dans le fond. Mais non, avec de faux airs de son com­pa­tri­ote John But­ler, Steph se fait con­teuse d’histoire, et maîtrise sa six-cordes folk ou blues comme s’il s’agissait de la chose la plus sim­ple au monde. On remonte un poil au nord avec les Japon­ais de Minyo Cru­saders. Enfin au nord… Ce groupe de dix musi­ciens redonne vie aux textes tra­di­tion­nels du style nip­pon min’yo, en l’accolant aux rythmes tout à fait brésiliens de la cumbia. Improb­a­ble et tout à fait à l’image glob­al­ista des Escales, ce que ne reniera pas la Grecque Mari­na Sat­ti, qui mélange les influ­ences tra­di­tion­nelles de son pays et du Moyen-Orient à un show choré­graphié, très pop-star en devenir. Quant aux Bohemi­an Bet­yars, ils badi­geon­nent une bonne couche punk pleine de grumeaux et de rayures sur leur folk hon­groise et tzi­gane – une recom­man­da­tion du Sziget qui aura créé quelques pogos sous la voûte en bois de la scène de l’Estuaire. Avant de ter­min­er à New-York avec les sélec­tions impec­ca­bles du DJ Eli Esco­bar et de danser dans le Club 360, son ambiance de jun­gle et son DJ-Booth placé au milieu des fêtards.  À not­er aus­si bien gros dans son livre de sou­venirs : le con­cert de l’étonnant Wu-Lu, qui a réus­si à la fois à vider la piste et à enchanter les quelques courageux qui ont bien voulu rester. Comme si le début assez inac­ces­si­ble de ce con­cert hip-hop-jazz-punk hybride ser­vait à repér­er les plus acharnés, pour leur offrir ensuite, enfin, un mag­nifique moment de transe.

 

Mais parce que nous sommes peut-être plus chau­vins qu’on ne le pen­sait, c’est une Française qui nous a retourné le coeur lors de cet anniver­saire. Des néons col­orés mon­tés sur des bras robo­t­iques (une des plus jolies scéno­gra­phies de l’été, signée par le col­lec­tif Scale), des cloches tubu­laires, de la bat­terie, du marim­ba, et des syn­thés et machines bien sûr, pour une musique élec­tron­ique fine et racée, appelant à la danse autant qu’à l’évasion… Mer­ci, Lucie Antunes, vrai­ment (Lucie que l’on retrou­vera à Caen le 24 sep­tem­bre dans le cadre des 15 ans de Tsu­gi). Et mer­ci à la plus belle des escales, ce fes­ti­val qui ne fait pas ses trente ans, ou plutôt qui en a la matu­rité – une organ­i­sa­tion au poil, pas de files d’attente, de la bonne bouffe, de la bière pas chère, un pub­lic adorable, un line-up généreux et décalé – sans jamais sen­tir la naph­taline. Sans oubli­er non plus son envi­ron­nement, cet océan omniprésent, cette indus­trie source d’emplois mais impac­tante, capa­ble de pro­duire des éoli­ennes comme des bateaux de croisière de luxe : sur le site pou­vait se crois­er des mil­i­tants de Sea Shep­herd et de SOS Méditer­ranée, tan­dis qu’était pro­jeté en après-midi Big­ger Than Us, sept por­traits de jeunes prêts à chang­er le monde.

Lucie Antunes ©️Fes­ti­val Les Escales 2022, Philip­pine Lescure

Comme dirait Denis Péan du groupe Lo’Jo, invité dans le cadre de la créa­tion de 20Syl autour d’artistes de Loire-Atlantique venus souf­fler les bou­gies du fes­ti­val, un patch­work local fleu­rant bon les années Hocus Pocus : “Les Escales… Toutes les chan­sons sont des escales. Tout­es les chan­sons sont des ports où l’on attache nos pertes, nos peines et nos regrets”. Après ce dernier week-end de la sai­son, on a envie de rajouter : nos plaisirs, nos dans­es et nos amours.

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