© Mark Vassallo

L’hommage TRÈS maladroit des Grammy Awards à Virgil Abloh

À l’oc­ca­sion des 64èmes Gram­my Awards à Las Vegas, les organ­isa­teurs ont tenu à faire hon­neur à Vir­gil Abloh, par­mi les per­son­nal­ités décédées au cours de l’an­née. Mais tout ne s’est pas exacte­ment passé comme prévu.

On est passés à pas grand chose d’un joli hom­mage ren­du à une icône. Bon à leur décharge, il est évidem­ment dif­fi­cile de caté­goris­er le tra­vail de Vir­gil Abloh, tant il était multi-casquettes. Avant de nous quit­ter à l’âge de 41 ans, Abloh était directeur artis­tique des col­lec­tions homme de la mai­son Louis Vuit­ton, créa­teur de la mar­que Off-White, il était égale­ment DJ et pro­duc­teur, col­lab­o­ra­teur réguli­er de Kanye West, mais aus­si archi­tecte à ses heures per­dues… Alors quand les Gram­my Awards l’ont sim­ple­ment qual­i­fié de “Hip hop fash­ion design­er” (“Créa­teur de mode hip-hop” dans la langue de Poquelin), on a grincé des dents.

Comme on pou­vait s’y atten­dre, ça a sus­cité de nom­breuses réac­tions. Cer­tains sem­blent scan­dal­isés par ce qual­i­fi­catif : “Vir­gil Abloh était directeur artis­tique de LV, pro­prié­taire d’Off-White, archi­tecte, artiste con­tem­po­rain, etc. Arrêtez d’es­say­er de min­imiser cet homme et son tra­vail. Enf***és d’in­cultes” a‑t-on pu lire dans la foulée sur Twit­ter, mais aus­si beau­coup de “big yikes” (“énorme beurk”) ou encore un joli “un homme noir directeur de Louis Vuit­ton, à la tête de mul­ti­ples shows à la Fash­ion week, créa­teur pour Nike, IKEA et ses pro­pres mar­ques c’est juste un “créa­teur de mode hip hop”??” ponc­tué d’un SUCK MY HIP HOP DICK qu’on évit­era de traduire ici.

 

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D’au­tant que pour cette 64ème céré­monie des Gram­mys, Vir­gil Abloh était tou­jours bien présent. Dans les esprits mais aus­si sur les corps, puisque les mem­bres de BTS por­taient quelques-unes de ses créa­tions les plus récentes. Quelques années plus tôt, Abloh avait déjà été en lice pour rem­porter un Gram­my en 2011, pour récom­penser son tra­vail sur le pack­ag­ing et la pochette de l’al­bum Watch the Throne, du duo for­mé par Jay‑Z et Kanye West. Peut-être qu’au moment de lui ren­dre hom­mage, on aurait pu lire un sim­ple “Vir­gil Abloh, artiste visuel et créa­teur de mode nom­mé aux Grammys”.

Mais alors, pourquoi ce qual­i­fi­catif est gênant, voire irre­spectueux ? Pour les mêmes raisons qui dérangent chez nous lorsqu’on range trop rapi­de­ment des artistes racisés dans la caté­gorie hip-hop ou même “musiques urbaines”, alors-même que leur tra­vail n’est pas en adéqua­tion avec ce genre. La caté­gorie “musique urbaine” a été retirée des Gram­mys en 2020 après le reten­tis­sant dis­cours de remer­ciements pronon­cé par Tyler, The Cre­ator. À l’époque, il par­lait d’une “manière poli­tique­ment cor­recte de tou­jours utilis­er le N‑Word”

Vir­gil Abloh a lit­térale­ment changé la face de la mode et du streetwear. Juste “Hip hop fash­ion design­er”, c’est irre­spectueux et raciste” s’est d’ailleurs insurgée une fan. Ça pique pour les Gram­mys, qui pour­raient se sen­tir oblig­és de rapi­de­ment com­mu­ni­quer sur le sujet.

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