Le 17 et le 18 dos à dos ©Gérard-Zarz Minkov

Live Report : Ce jour où Leto et Guy de Bezbar se sont affrontés

Ce 5 octo­bre 2022 , les deux emblèmes du rap parisien Guy de Bezbar et Leto se sont affron­tés lors d’un tout nou­v­el événe­ment : le Red­bull Sound­clash. Pen­dant plus de deux heures, ils nous ont offert une dou­ble per­for­mance, basée sur un con­cept sim­ple mais effi­cace. : deux rappeurs, deux scènes, un show. Les deux cracks du rap français ont prof­ité de cette occa­sion pour annon­cer la sor­tie d’un album com­mun et une date à l’Olympia. Que deman­der de plus ?

Une longue file d’attente se presse encore con­tre les murs du Cen­tqua­tre tan­dis que l’évènement tant atten­du se rap­proche à grands pas. On s’empresse de récupér­er nos bracelets presse face à un staff débor­dé par le monde qui s’ag­glu­tine devant l’en­trée du bâti­ment (et c’est bon signe). On n’a même pas fait 100 m à l’in­térieur qu’on croise Di-Meh et Kanoë, venus assis­ter à ce duel imman­quable. Pour cause : ce soir, au-delà des deux hommes, ce sont deux quartiers de Paris qui s’af­fron­teront dans la nef du Cen­tqua­tre. Le rappeur Leto représen­tera le 17ème arrondisse­ment (Porte de Saint-Ouen) tan­dis que Guy portera haut et fort les couleurs du 18ème (Bar­bès). Dès notre arrivée dans les lieux, les gens se diri­gent d’emblée dans leurs camps respec­tifs, à savoir la scène rouge pour Guy ou la scène bleue pour Leto. Les deux scènes, placées aux extrémités de la salle, se font face. Au cen­tre, une petite estrade trône. C’est là qu’on retrou­ve la DJ de la soirée et que le maître de céré­monie se tien­dra. Et qui de mieux, pour tenir les rênes de cette ren­con­tre, que l’inimitable Baloo, per­son­nage atyp­ique con­nu des réseaux et fin con­nais­seur de la sphère rap de ces dernières années. 

 

Dj Emi et Baloo, maitre de cérémonie officiel

Dj Emi et Baloo, maitre de céré­monie offi­ciel © Bap­tiste Fauchille

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Baloo, à l’aise en toute cir­con­stances, com­mence à chauf­fer la salle, comme si il avait fait ça toute sa vie. Soudain, un décompte appa­raît sur les écrans respec­tifs des deux scènes. Le pre­mier rappeur à débouler sur scène n’est autre que le Coco Jojo, le surnom de Guy, qui est bien évidem­ment accueil­li comme il se doit par un pub­lic en transe. Représen­ter Bar­bès, ce n’est pas rien. Redou­ble­ment d’ac­cla­ma­tion lorsque Leto, aus­si appelé Mozart Cap­i­taine Jack­son, débar­que sur la scène opposée. Les deux artistes inter­prè­tent à tour de rôle trois de leurs sons pour la pre­mière manche. Un bon moyen de tester la tem­péra­ture du pub­lic et d’in­au­gur­er l’applaudimètre.

Alors que la salle com­mence à douce­ment se chauf­fer, Baloo annonce l’heure du round two. Les deux rappeurs vont devoir inter­préter un son de leur réper­toire en util­isant le sam­ple du hit ultime d’Aya Naka­mu­ra, “Pook­ie”. Les pre­mières notes chaloupées du morceau réson­nent, faisant danser tout le monde illi­co presto, tan­dis que Baloo hurle “C’est l’heure de pren­dre les numéros les gars”. Grand classique.

 

 

Pour la troisième manche, les deux artistes par­tent en takeover et doivent échang­er leurs prods. On assiste en direct à la reprise de “Paris c’est mag­ique” sur une instru du Guy, et ça passe franche­ment bien. C’est d’ailleurs à ce moment là que se for­ment les pre­miers pogos de la soirée. Pour sa qua­trième manche, Baloo défie les deux rappeurs de kick­er sur des prods totale­ment opposées à ce qu’ils ont l’habi­tude de faire. On décou­vre une ver­sion revis­itée du freestyle “Guan­tanamo” de Leto tan­dis que Guy fait sauter toute la foule sur une reprise hyper dansante de “Full Black”. L’at­ten­tion se redirige ensuite vers la scène bleue pour une ver­sion brésili­enne de “Rihan­na”. Un com­bo qui marche for­cé­ment bien.

 

Leto (à gauche) et Guy de Bezbar en pleine confrontation

Leto (à gauche) et Guy de Bezbar en pleine con­fronta­tion © Bap­tiste Fauchille

 

Vient l’heure du round five. Un de nos préférés. Pour cette par­tie de la soirée, les rappeurs ont eu carte blanche. La foule réag­it au quart de tour lorsque Baloo annonce la venue d’in­vités. On a même pas le temps de dire ouf que SDM (pépite du 92i repérée par Boo­ba) débar­que sur la scène rouge de Guy de Bezbar. Leto, lui, nous offre une reprise explo­sive de “Mac­a­roni” en duo avec Da Uzi. À l’is­sue de cette manche les deux artistes, qui ne veu­lent pas en rester là, sont invités par Baloo à se rejoin­dre sur la petite scène placée au cen­tre. Pour inter­préter leurs sons com­muns (“La Calle 4”, “1 à 10”, “Trop Frais”…) Comme une clô­ture en apothéose au milieu du ring, qui se sol­de d’une annonce d’al­bum com­mun et d’une date à l’Olympia. Euphorie dans la salle, accla­ma­tions, le pochette de l’al­bum (réal­isée par le seul, l’u­nique Fifou) s’af­fiche sur les écrans géants. En somme, une ren­con­tre annon­cée comme un clash qui n’é­tait en fait qu’un pré­texte pour nous per­me­t­tre d’ap­préci­er l’alchimie des deux sur scène, tout en met­tant en lumière leur com­plé­men­tar­ité. On n’a rien con­tre, bien au contraire.

 

 

Au final, voilà ce qu’on retient de ce Sound­clash : d’un côté, une pépite du quarti­er de la Goutte d’Or qui, après avoir recon­quis le pub­lic avec son banger “Bebe­to” en 2020, s’é­tait retrou­vé propul­sé sur le devant de la scène avec un pre­mier album abouti, Coco Jojo. De l’autre coté, un dia­mant brut bien instal­lé issu du duo Pso Thug qui au fil des années avait mis tout le monde d’ac­cord, grâce à une tech­nique infail­li­ble et des place­ments par­faits. On a pu con­stater grâce à cette expéri­ence qu’une incroy­able syn­ergie se dégageait de ce duo. Unis comme jamais, ils sont décidé­ment de ceux qui ont Paris dans la peau et qui parvi­en­nent à le faire ressen­tir dans leurs textes, leurs mélodies, leurs atti­tudes. On a hâte de décou­vrir ce pro­jet com­mun Jusqu’aux étoiles qui sor­ti­ra le 11 novem­bre prochain et surtout, de retourn­er l’Olympia avec eux le 2 févri­er 2023.

 

Meilleur Moment : L’an­nonce de l’al­bum, bien évidem­ment. Pour le coup, per­son­ne ne l’avait vue venir.

Pire Moment : Quand on est repar­ti du cen­tqua­tre sans avoir croisé Bebeto.

Le live inté­grale en replay juste ici et le pre­mier extrait de leur futur album juste là.

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