© Manu Fauque

💿 Lomepal revient et joue double je(u) dans son nouvel album ‘Mauvais ordre’

Avec Lomepal, on n’arrĂȘte jamais d’ĂȘtre des “MĂŽmes”. Mau­vais ordre est un grand ter­rain de je(u). Il a recours Ă  la fic­tion, y glisse secrĂšte­ment des moments d’in­tro­spec­tion et s’a­muse avec des instru­ments acous­tiques. On a jouĂ© le jeu et c’é­tait jouissif. 

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La fiction au profit de l’introspection

© Manu Fauque

On l’avait tou­jours con­nu dans l’épanchement de soi, mais cet album signe une rup­ture. Lorsqu’on le ren­con­tre, il va jusqu’à par­ler de “rejet” avec ses anciens dis­ques. Il quitte les sen­ti­ments pour faire place Ă  la fic­tion. Évidem­ment que des bribes de son “vrai moi” sont incor­porĂ©s Ă  ses morceaux. Mais quel est le vrai, quel est le faux ?  Pour une fois c’est Lomepal qui tient les rennes, “on n’a pas les mĂȘmes rĂšgles pour­tant c’est le mĂȘme jeu” s’inverse.

“Skit it”, le dix­iĂšme morceau nous donne quelques clefs de ce proces­sus crĂ©atif. Sorte d’in­ter­lude par­lĂ©, la crĂ©a­tion de son per­son­nage est mis Ă  nu. “Il  est fier et tout et en mĂȘme temps il est trĂšs seul”, “il y a une seule meuf qui revient mais on ne sait pas si c’est son ex ou si c’est son idĂ©al”. C’est cette “femme par­faite“qui appa­raĂźt en gros plan sur la pochette pen­dant que Lomepal se fait tout petit. Mais comme l’indiquent sub­tile­ment les pix­els de sa pho­to, ce n’est qu’une chimĂšre. Et ce per­son­nage a plusieurs facettes : l’un cherche Ă  ren­con­tr­er une fille, l’autre tombe amoureux, un troisiĂšme se fait larguer. Triple jeu.

 

 

La puissance de l’acoustique

“Envie de planter quelques tomates et de faire du son sans ordi” nous annonçait, d’en­trĂ©e de jeu, l’artiste dans “Tee”. Dans Mau­vais ordre, le tour­nant est engagĂ©. Fini l’au­to­tune. On dĂ©cou­vre une voix plus pure : “Il y a moins d’effets sur les voix, il est plus assumĂ© et incar­nĂ© dans le chant par rap­port aux autres” nous con­fie le chanteur. Mais le rappeur n’a pas dis­paru pour autant. DĂ©jĂ  dans “Auburn” il affir­mait son nou­veau style, un dĂ©li­cieux mĂ©lange entre cou­plets de rap qui aboutis­sent Ă  un refrain trĂšs rock, soutenu par des paroles en anglais (la langue du rock par excel­lence) “This is the way”.

Le rythme soutenu de “50” et le par­ler rapi­de renouent avec le Lomepal des dĂ©buts, un rap tein­tĂ© d’ironie. Mais le morceau se finit par un solo de piano, sans aucun arti­fice. C’est ça aus­si, Mau­vais ordre. Une place prĂ©pondĂ©rante aux instru­ments dont l’ir­ré­sistible cav­al­cade pianis­tique de “Decrescen­do” est l’ex­em­ple le plus par­lant. La puis­sance de l’a­cous­tique qu’il avait dĂ©jĂ  expĂ©ri­men­tĂ© ‑et sublimĂ©- dans 3 jours Ă  Motor­bass est poussĂ©e Ă  son parox­ysme. Et mĂȘme si dans la vie, Lomepal n’a “pas de leader, pas de maĂźtre” les rĂ©fĂ©rences musi­cales ne man­quent pas. Il nous a con­fiĂ© qu’il â€œĂ©tait retombĂ© dans une phase Bea­t­les” lorsqu’il fai­sait ce disque. Ce qui est con­fir­mĂ© par son clin d’Ɠil Ă  “Straw­ber­ry Fields For­ev­er” dans “Pour de faux”. Dans “Decrescen­do”, on dĂ©cou­vre un Lomepal insoupçon­nĂ© : le bad boy fait une rĂ©fĂ©rence directe Ă  Nico­let­ta, icĂŽne de la chan­son française des annĂ©es 1960, en citant directe­ment le clas­sique “Il est mort le soleil”.

 

Le piano et la guitare, les alliés de la mélancolie

OĂč sont les nuits calmes, les tours de bĂ©cane ? Pas de panique. Certes Lomepal lĂąche l’intimitĂ©, mais il n’abandonne jamais sa sen­si­bil­itĂ©. DĂšs le pre­mier titre “Mau­vais ordre”, un bour­don­nement sourd nous plonge dans une noirceur qui met la puce Ă  l’oreille. Il est pris Ă  son pro­pre jeu car la fic­tion peut ĂȘtre le lieu d’an­goiss­es qui, elles, sont vĂ©ri­ta­bles. Lomepal devient mal­grĂ© lui le porte-parole d’une gĂ©nĂ©ra­tion en proie aux doutes. Et pour cela, l’a­cous­tique est son meilleur alliĂ©. Vous pen­siez vrai­ment que vous alliez vous en sor­tir sans quelques larmes ? On par­le de Lomepal tout de mĂȘme, prince de la mĂ©lan­col­ie. La vraie, celle qui prend aux tripes et qui fait â€œĂ©chang­er des heures de som­meil con­tre des rĂ©ponses”. Le morceau de clέture, “Pour de faux” est para­doxale­ment le plus vrai. Loin de l’égo trip de MajestĂ©, il se rĂ©vĂšle ĂȘtre un vĂ©ri­ta­ble ode aux gens qui doutent. C’est-Ă -dire tout le monde ? DĂšs les pre­miĂšres notes de “Mal­adie mod­erne”, on est pro­jetĂ© dans un Malaise. Mais on est loin de celui qui han­tait Flip : son envie inlass­able de faire la cour aux femmes. Cinq ans plus tard, ce qui taraude Lomepal est plus exis­ten­tiel. On l’avait dĂ©jĂ  pressen­ti dans son “Tee”, tube qui porte l’al­bum. Au milieu du suc­cĂšs et des pro­jecteurs “le ciel est triste que du gris dans la ville”. Il se lasse de son Ă©poque, des rĂ©seaux soci­aux qu’il a d’ailleurs qua­si­ment quit­ter. MĂȘme la  “la ville LumiĂšre se repose sur ses lau­ri­ers”, au point que Lomepal a quit­tĂ© la cap­i­tale pour entamer une sĂ©rie de con­certs trĂšs intimistes dans les thĂ©Ăątres antiques de France. Mais il vient d’an­non­cer son retour Ă  Paris pour trois con­certs en mars Ă  l’Ac­cor Are­na ain­si qu’une longue liste de ZĂ©niths français.

 

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Alors s’il-te-plaüt Antoine, con­tin­ue à faire con­fi­ance à tes doutes. Fais dur­er le jeu autant que le plaisir. Et con­tin­ue à nous livr­er des albums comme celui-ci.

 

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