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Maintenant, Spotify veut faire payer les maisons de disques

Les ser­vices de stream­ing ont redonné un nou­v­el élan à l’in­dus­trie de la musique. Spo­ti­fy souhaite désor­mais en prof­iter. Et ce, en expéri­men­tant la pub­lic­ité payante pour les maisons de dis­ques aux États-Unis.

Depuis sa créa­tion, Spo­ti­fy pro­pose un mod­èle payant, sans pub­lic­ité pour les util­isa­teurs. En sep­tem­bre 2017, Spo­ti­fy avait testé la mise en ligne de titres et albums des artistes indépen­dants, sans pass­er par des inter­mé­di­aires, avant d’y met­tre un terme l’année dernière. Face aux déficits et aux pres­sions des investis­seurs, l’entreprise souhaite faire évoluer son mod­èle économique en ren­ver­sant ce sys­tème, au grand dam des artistes indépendants.

Les dirigeants de la société sué­doise ont con­clu que les ser­vices de stream­ing avaient besoin des revenus pub­lic­i­taires pour devenir renta­bles. La plu­part des revenus sont en effet redis­tribués à l’industrie musi­cale par le biais des rede­vances. Selon une étude de Music Busi­ness World­wide, les majors Uni­ver­sal, Sony et Warn­er ont gag­né en moyenne env­i­ron un mil­lion d’euros par heure en 2019.

Pour génér­er plus de revenus et mod­i­fi­er ce rap­port de force, Spo­ti­fy a ain­si mis en place un nou­v­el out­il basé sur les noti­fi­ca­tions : Mar­quee. Ben Kloss, vice-président de Spo­ti­fy van­tait au site Bloomberg : “Plus d’un quart des util­isa­teurs de la plate­forme de stream­ing voy­ant une noti­fi­ca­tion Mar­quee va écouter la musique pro­mue. Ce qui en fait l’un des out­ils de mar­ket­ing numérique les plus effi­caces”.

Qu’est-ce que Marquee ?

Dévelop­pé par Spo­ti­fy, Mar­quee fonc­tionne sous la forme de noti­fi­ca­tion “pop up” à l’attention des abon­nés lorsqu’un artiste sort un nou­veau titre ou pro­jet. L’outil rémunère en fonc­tion du nom­bre de clics sur la noti­fi­ca­tion en push. Par l’u­til­i­sa­tion de cette solu­tion dig­i­tale, le géant sué­dois pro­pose aux maisons de dis­ques et artistes qui le souhait­ent de béné­fici­er davan­tage d’interactivité auprès des 124 mil­lions d’abon­nés Spo­ti­fy (en 2019).

Selon Bloomberg, des artistes comme Justin Bieber ou Lil Wayne se sont déjà servis de Mar­quee. Pour le moment, cet out­il est unique­ment disponible sur le marché améri­cain mais l’offre pour­rait prochaine­ment s’é­ten­dre à l’international.

Un système creusant les inégalités entre majors et indés

Depuis son arrivée en 2007, le stream­ing s’est con­stru­it, presque à l’unanimité, comme un mod­èle de redis­tri­b­u­tion des revenus sur le sys­tème du “mar­ket share cen­tric”. Cette méth­ode, au pro­ra­ta, cal­cule la rémunéra­tion d’un artiste pro­por­tion­nelle­ment à sa part de marché glob­ale. Con­crète­ment, cela sig­ni­fie que si un artiste génère 1000 écoutes, un pour­cent­age de ces écoutes va servir à rémunér­er ceux qui en génèrent davantage.

Dans ses effets sec­ondaires, ce principe appa­raît néfaste pour les artistes moins écoutés, qui con­tribuent mal­gré eux à enrichir les plus gros. Met­tre en place de la pub­lic­ité payante ne ferait ain­si que creuser l’écart entre les artistes de majors et de labels indépendants.

Les autres projets de Spotify

Pour ne plus rester défici­taire, le géant basé en Suède a d’autres propo­si­tions pour les labels et artistes. Le ser­vice de stream­ing, fort de sa com­mu­nauté de plus de 127 mil­lions d’abonnés payants, souhait­erait ven­dre des don­nées d’écoute sur leur plate­forme aux labels.

En 2017 déjà, la plate­forme expéri­men­tait le for­mat des chan­sons spon­sorisées. Cette tech­nique, qui impli­quait une par­tic­i­pa­tion finan­cière de la part des labels, plaçait cer­tains titres dans les playlists des util­isa­teurs. Mais cela con­cer­nait unique­ment les util­isa­teurs qui n’avaient pas d’abonnements payants à Spotify.

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