Crédit photo : Etienne Saint-Denis

Marie Davidson : redescente en flammes

Moitié d’Essaie Pas, la Cana­di­enne Marie David­son jette un regard perçant et sar­cas­tique sur l’univers de la nuit. Son qua­trième album Work­ing Class Woman fera danser, mais la tête ailleurs.

Adieu au dance­floor, allez danser, crier, crev­er sans moi. Adieu au dance­floor, je n’ai pas envie de finir mes jours comme ça.” La mélan­col­ique chan­son “Adieu au dance­floor” qui don­nait son titre à son troisième album sor­ti il y a deux ans reflète bien l’état d’esprit de Marie David­son. À peine la trentaine, déjà un peu une sur­vivante, la Cana­di­enne a eu au moins deux vies, dont une de clubbeuse sauvage sor­tant jusqu’à plus soif. “Pen­dant ma ving­taine, j’ai passé tous les week-ends à me défon­cer, à avoir des com­porte­ments autode­struc­teurs. Arrivée à un cer­tain point, je me suis dit que ça suff­i­sait. Bon, en même temps, je me retrou­ve sou­vent à per­former dans un con­texte où les gens font la fête…” En solo ou au sein d’Essaie Pas, l’excellent duo syn­thé­tique mené avec son mari Pierre Guer­ineau et signé sur DFA, Marie n’est pas là pour pro­pos­er des hymnes à danser béate­ment. “Non, rigole-t-elle, mon mes­sage n’est pas : “Hey, on fait la fête, on s’amuse, on oublie tout, on danse main dans la main jusqu’à demain matin quand on doit tous ren­tr­er chez nous et que l’on a envie de se tir­er une balle.” Je trou­ve ça extrême­ment faux et mal­hon­nête. J’aime la com­mu­nion, après mes lives, ça m’arrive sou­vent de rester pour écouter le DJ. Tu me ver­ras encore danser, mais pas avec la même inno­cence. J’aime la musique, j’aime les gens, mais je ne fais pas vrai­ment con­fi­ance au groupe. Je trou­ve que les gens sont à leur meilleur quand ils savent pren­dre leur part d’individualité, hon­orent la per­son­ne qu’ils sont plutôt que de vouloir tou­jours se con­former aux ten­dances, au goût du jour et aux mou­ve­ments.” Cela explique peut-être l’éclectisme boulim­ique de cette mélo­mane absol­u­ment pas née dans la tech­no.

Méta-critique

À 19 ans, Marie choisit de tourn­er le dos à l’université pour se con­sacr­er à la musique. “Après être sor­tie dans des clubs hip-hop ou dance­hall, j’ai con­nu la scène rock expéri­men­tale de Mon­tréal. Puis j’ai eu un groupe ambi­ent, un peu flirté avec le rock psy­chédélique. Ce qui m’a fait tomber en amour avec la musique élec­tron­ique, ce sont des clas­siques comme Kraftwerk, l’album Exoti­ka de Chris and Cosey puis la tech­no de Detroit, Cybotron, Mod­el 500, Jeff Mills, Robert Hood. En par­al­lèle, j’étais fan de dis­co – les pro­duc­tions de Moroder ou de Mike Mareen – et d’italo-disco. Puis j’ai tra­vail­lé avec David Kris­t­ian pour notre pro­jet DKMD. Il a été un peu mon men­tor, m’a ini­tiée aux séquenceurs. J’ai com­pris que le matériel hard­ware était idéal pour moi, je n’utilise pas d’ordinateurs, je préfère touch­er les machines. Il y a eu beau­coup d’essais avant que je ne trou­ve mon chemin.”

… La suite dans Tsu­gi 116, disponible en kiosque ou à la com­mande ici.

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