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Artwork de l'album
17 septembre 2021

🔊 Meilleur album de l’annĂ©e ? Ce nouveau Pilotwings est aussi drĂŽle que brillant

par Tsugi

On pourrait croire qu’ils veulent battre un record. Sous ses airs potaches, le second album des Lyonnais Pilotwings, Les Charismatiques, sorti le 17 septembre chez BFDM, est celui qui brasse le plus de genres diffĂ©rents et d’apparence Ă©loignĂ©s qu’on ait entendu depuis longtemps. Synthwave, disco, ambient, tropical, dub, balearic, pop 80’s, new age, funk, folk
 On ne sait jamais Ă  quoi s’attendre. Mais quand c’est si bien produit, on ne peut que dire oui. Retour avec le dĂ©sormais trio sur la conception d’un album-concept sur le vin nature, aussi drĂŽle que sĂ©rieusement brillant, hyper rĂ©fĂ©rencĂ© mais assez accessible pour pouvoir titiller les oreilles du grand public.

« Sur le titre « Ça Sulfite !! », on a essayĂ© de faire la caricature la plus insupportable des enfoirĂ©s pĂ©dants du vin naturel. »

Il n’y a qu’une chose que les Pilotwings prennent au sĂ©rieux : la musique. FormĂ© en 2011 par Guillaume Lespinasse et Louis de la Gorce, le duo a cherchĂ© son style quelques annĂ©es. AprĂšs s’ĂȘtre extirpĂ©s de la mouvance tech house, ils tapent dans l’Ɠil du label BFDM (Brothers From Different Mothers, qui compte notamment J-Zbel, Emma DJ ou Simo Cell). Et leur premier album Les Portes du Brionnais en 2016 frappait trĂšs fort, capable de marier breakbeat, house, balearic et dub, dans un esprit loufoque. AprĂšs cinq ans et quelques EPs, voilĂ  le deuxiĂšme effort (toujours difficile, comme dit l’adage), marquĂ© notamment par l’ajout d’un troisiĂšme membre, le guitariste Axel Ropert-Lemercier : « On a bossĂ© ensemble pendant des annĂ©es, il avait dĂ©jĂ  fait un featuring sur l’album prĂ©cĂ©dent » racontent les deux autres. « Ça s’est vraiment fait naturellement. »

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S’il y a une chose qui n’a pas changĂ©, c’est leur humour. Toujours fidĂšles Ă  un esprit franchouillard de terroir, les « urbains d’adoption » ont une thĂ©matique qui court pendant une bonne partie du disque : le vin naturel. « On a imaginĂ© qu’on entrait dans une secte du vin nature » expliquent-ils. Et enchaĂźnent alors sur l’origine du titre du disque : « Les Charismatiques, c’est un mouvement du catholicisme, qui ressemble quand mĂȘme beaucoup Ă  une secte, et qui existait dĂ©jĂ  Ă  cĂŽtĂ© de chez nous quand on Ă©tait gamins. Comme on a un grand dĂ©lire sur le vin nature depuis pas mal de temps, on a croisĂ© les deux idĂ©es. » En rĂ©sulte ce qui a Ă©tĂ© choisi pour premier single, le pseudo-new age et potache « Ça Sulfite » : « On a essayĂ© de faire la caricature la plus insupportable des enfoirĂ©s pĂ©dants du vin naturel. »

La thĂ©matique se poursuit essentiellement Ă  travers les titres des morceaux, comportant presque tous une blague. Mais, comme un certain Philippe Katerine, il ne faut surtout pas voir dans Pilotwings un groupe purement comique. DĂ©jĂ , leur amour de la campagne est sincĂšre. « On vient de lĂ , le terroir, c’est important pour nous, c’est nos origines. On ne va pas parler de quelque chose qu’on ne connaĂźt pas » avouent-ils. « On a essayĂ© d’ĂȘtre le plus franchouillard possible. On l’a fait assez consciemment, mais au dĂ©but ça ne l’était pas tant que ça. » Si on peut y voir une critique du regard en surplomb des citadins sur les rĂ©gions, le groupe se garde bien de toute sur-intellectualisation : « Sinon on va croire qu’on se politise ! »

« C’est vrai qu’on se prend assez peu au sĂ©rieux, mais le seul sujet qu’on considĂšre vraiment, c’est la qualitĂ© du rendu. Pour nous, l’essentiel, c’est que le morceau soit bon. »

Parce que Pilotwings n’est pas un groupe de discours : ce sont avant tout de purs amoureux de musique. « On ne met pas toujours des blagues, malgrĂ© l’étiquette qu’on a pu nous coller. C’est vrai qu’on se prend assez peu au sĂ©rieux, mais le seul sujet qu’on considĂšre vraiment, c’est la qualitĂ© du rendu. Pour nous, l’essentiel, c’est que le morceau soit bon. » Et effectivement, lorsqu’on lance un titre comme « Mazirat sous pschit », on ne s’attend pas Ă  un titre aussi riche, Ă  la fois synthwave, disco et mĂȘme folk. Et tout le disque est un remarquable travail de prĂ©cision, tant dans la construction des titres que la qualitĂ© de la production. « On voulait vraiment que ça sonne comme sorti d’un studio professionnel », affirment-ils. Et c’est rĂ©ussi. « C’est vraiment un album qui s’écoute. On l’a majoritairement Ă©crit l’étĂ© dernier, sans aucune perspective de live, donc on l’a pensĂ© comme un produit de studio avant tout. »

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Surtout, l’arrivĂ©e du guitariste permet d’approfondir la palette sonore du groupe. Sa guitare Ă  12 cordes apporte des touches de folk concrĂ©tisant l’aspect terroir du projet. « On sait mieux enregistrer de vrais instruments, les voix, les guitares, les percus », prĂ©cisent-ils. « On essaye de mettre le plus d’instruments possibles, et le plus de percussions diffĂ©rentes, pour qu’on ne puisse plus situer leur origine. On a donc mĂȘlĂ© des darboukas maghrebines, un didgeridoo australien… » et bien d’autres choses. « Notre rĂ©fĂ©rence, pour ça, a toujours Ă©tĂ© Yello [duo Ă©lectronique suisse]. On a ce mĂȘme principe de travail de textures sonores qui mĂ©lange beaucoup de styles. »

« On veut juste aller oĂč on a envie d’aller, sans se poser de questions de genre musical, ou de vente, ou quoi que ce soit. »

Et, en effet, la quantitĂ© de styles brassĂ©s est impressionnante, et justifie la longueur de certains titres. Symbolique de cette ambition, « Viens Jouer », de presque huit minutes, dĂ©marre avec une inquiĂ©tante ambiance tropicale pour glisser vers la folk psychĂ©. Et si ces deux styles vous laissent de marbre, on enchaĂźne directement sur « Pas d’As, Badass », en collaboration avec le trio funk-punk lyonnais Lapassenkoff ; pour ensuite explorer le hip-hop aux cĂŽtĂ©s de Hajj, compagnon de label et « voisin de studio ». Et la liste ne s’arrĂȘte jamais. « Ces influences ne font que s’ajouter aux autres. On aime toujours autant les groupes disco, synthpop ou zouk qui nous ont influencĂ©s sur le premier album. On a mĂȘme refait de la house durant nos sessions, mais on trouvait que ça correspondait moins au style de l’album. »

Tout fait de ce disque l’un des plus fous de cette rentrĂ©e. Et pourtant, malgrĂ© sa richesse parfois surabondante, il conserve de bout en bout une grande fraĂźcheur. Car le groupe ne cherche pas la complexitĂ© Ă  tout prix : « On veut juste aller oĂč on a envie d’aller, sans se poser de questions de genre musical, ou de vente, ou de quoi que ce soit. » C’est en combinant cette forme de naĂŻvetĂ©, de curiositĂ© dans l’écriture, d’humour et de folie, avec une exigence de production que le groupe parvient Ă  signer ce qui ressemble Ă  l’un des meilleurs albums de l’annĂ©e.

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