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© Iulia Matei | Promotion 2024
10 avril 2024

MEWEM : « Tant qu’il n’y a pas d’égalité, on ne peut pas mélanger »

par Olivia Beaussier

Selon la Fédération Nationale des Labels Indépendants (FELIN), en 2018, année de lancement de MEWEM France, moins de 10 % des labels sont dirigés par des femmes ; en 2023, ce chiffre monte à 22 %. MEWEM (Mentoring Program for Women Entrepreneurs in Music Industry) tente de répondre aux inégalités et enjeux de diversité dans la filière musicale, en mettant en place un programme de mentorat pour femmes et minorités de genre qui entreprennent dans la musique. On est parti à la rencontre de cette association pour qui le mot « sororité » est porté en étendard. 

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© Iulia Matei | Hélène Larrouturou

Dans notre cher et tendre secteur de l’industrie musicale, dominé par une majorité blanche masculine et hétérosexuelle, être une femme semble, dès le départ, être un frein. Il faut attendre 2021 avant que Marie-Anne Robert, ex-mentore de MEWEM, désormais membre de son conseil d’administration, devienne la première femme nommée Présidente de Sony Music France, et par la même occasion devienne la première femme à la tête d’une major en France. Pour sa sixième édition, MEWEM n’a pas changé les règles : douze mentores bénévoles pour douze mentorées.

« Cette non-mixité est choisie mais surtout nécessaire. Les liens et les échanges ne sont pas les mêmes quand on est qu’entre femmes », explique Hélène Larrouturou, ex-mentorée désormais directrice de l’association. Pourtant, cette non-mixité peut interroger. C’est ce que nous raconte Daphné Weil, manageuse de rappeurs, co-Fondatrice d’AllEyezOnIt UNLTD, productrice exécutive de « Rentre Dans Le Cercle » et mentore à MEWEM pour la deuxième année consécutive. Au départ, cette dernière avoue s’être sentie « réfractaire » par peur d’encore plus isoler les femmes. Aujourd’hui, Daphné change de discours et décrit cet espace féminin comme indispensable : « tant qu’il n’y a pas d’égalité, on ne peut pas mélanger ».

Alors MEWEM, comment ça marche ? De septembre à octobre est lancée la phase de candidature. Plus de 200 personnes candidatent, à l’issue de quoi sont proposés entre deux-trois profils à chaque mentore, qui n’en retiennent qu’un au final. Tous les mois, MEWEM organise des workshops sur des thèmes variés : Comment réaliser un projet ? Comment réagir à telle situation ? Comment gérer sa santé mentale… Mais le cœur de ce programme se fait par le mentorat. Mentores et mentorées sont amenées à se voir au moins une fois par mois.

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© Iulia Matei | Marie-Agnès Opoku x Binetou Sylla et Barbara Butch x Louise Pétrouchka

La DJ et organisatrice des soirées La Chatte en Feu, Louise Pétrouchka, ainsi que la cheffe de projet à Warner-Music et co-fondatrice du label Nuance Fétiche, Marie-Agnès Opoku (alias Ama), toute deux mentorées à MEWEM, nous expliquent : « Nos mentores ne sont pas nos professeures, mais plutôt des figures d’exemple » (Ama). Et c’est bien là tout le point de MEWEM. Plus qu’un mentorat, l’association offre de la représentation positive de femmes. « Avant, je n’avais que deux exemples de meufs DJs. Pourtant les femmes il y en a plein, elles sont juste invisibles », raconte Louise.

Cette notion de légitimité semble fondamentale pour les mentorées, mais l’est aussi pour les mentores. Barbara Butch, DJ et productrice activiste, mais également fondatrice du label Muy Lesbienne Records et mentore de Louise Pétrouchka met un point d’honneur à la validation donnée aux jeunes femmes : « Le but est de partager notre savoir et nos connaissances, mais aussi d’être un soutien émotionnel dans un milieu difficile. Il faut redorer l’estime de soi de nos mentorées et les mettre en confiance ». Chez MEWEM, pas de place au syndrome de l’imposteur.

 

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« Le but de la mentore, c’est d’accompagner au mieux notre mentorée et d’être sûre qu’elle ne manque pas une étape importante » nous confie Hylda Gbenou, directrice artistique musique et programmatrice du festival Solidays depuis 2008. « Être en sororité permet une meilleure compréhension de nos problématiques communes. Il y a une vraie cohésion entre femmes et minorités de genre ». Cette relation mentore-mentorée se transforme parfois même en amitié. Souvent après MEWEM, les deux restent en contact. Certaines mentores investissent même dans le projet des mentorées.

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© Iulia Matei | Daphné Weil x Iris Abatan et Sylvia De La Baume x Hydla Gbenou

À la question « Est ce que MEWEM va avoir un impact dans le secteur musical ? » La réponse des interrogées est unanime : oui. Et les résultats sont déjà là. « Maintenant quand j’accède à des postes à responsabilités je me demande, Où Sont les Femmes ? » plaisante Ama, « Je vais les chercher, j’en prends plus ». Les mentalités changent dans le secteur musical, et ça, pas seulement pour les femmes !

La directrice de MEWEM, précise que cette non-mixité n’est pas totale. Des hommes sont inclus dans son CA. « On ne vit pas dans un monde que de femmes, donc on met des hommes dans ce mouvement, par exemple au CA. D’abord on ouvre les portes pour les femmes, puis on fait des hommes nos alliés et enfin on entraîne toute l’industrie dans ce combat d’égalité ». MEWEM a pour mission de faire bouger les mœurs quelque peu archaïques du secteur musical. Barbara Butch conclu l’entretien sur une petite blague : « si l’industrie musicale est un monde de requins, faisons en un monde de ‘requines' ».

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