© DR

Mort de Mira Calix, artiste expérimentale et fascinante du label Warp

Ce 28 mars, on appre­nait le décès à seule­ment 52 ans de la musi­ci­enne Mira Cal­ix. Artiste his­torique du label Warp, la Sud-africaine pro­dui­sait une musique auda­cieuse, tis­sant des liens entre élec­tron­ique, clas­sique et field record­ing.

C’est une pio­nnière qui s’en va. Mira Cal­ix, de son vrai nom Chan­tal Pas­sa­monte, avait défriché des ter­res incon­nues de la musique élec­tron­ique. Expéri­men­tant avec le col­lage sonore, le field record­ing ou les hybri­da­tions avec la musique clas­sique, elle avait mul­ti­plié les col­lab­o­ra­tions bien au-delà du seul champ élec­tron­ique. De ce fait, elle incar­nait par­faite­ment la démarche du label Warp, dont elle était la pre­mière sig­na­ture fémi­nine. C’est ce même label qui a annon­cé son décès ce 28 mars, sans en révéler la cause. Pour eux, elle était « non seule­ment une artiste et com­positrice très douée, mais aus­si une belle per­son­ne, atten­tion­née, qui a mar­qué la vie de tous ceux qui ont eu l’honneur de tra­vailler avec elle ».

 

Voir cette pub­li­ca­tion sur Instagram

 

Une pub­li­ca­tion partagée par Warp Records (@warprecords)

À lire également
30 ans de Warp : la sélection de Stephen Christian, directeur artistique du label

Née en Afrique du Sud en 1969 (ou 1970, selon les sources), elle était arrivée en Angleterre en 1991 pour se con­sacr­er à la musique. Très vite, elle est embauchée par le label de Sheffield en tant qu’attachée de presse, avant d’y pub­li­er sa pro­pre musique. Son pre­mier album, One On One, en 2000, témoigne déjà de sa réflex­ion sur la phys­i­cal­ité du son. Elle envis­ageait sa musique comme de la sculp­ture, ce qui induit un tra­vail sur une matière pre­mière, d’où qu’elle vienne. Sa démarche tran­scende ain­si les fron­tières de l’IDM ou de l’ambient pour bâtir un style à part, à la fron­tière de l’électronique pop­u­laire et de la musique élec­tron­ique. Aus­si con­ceptuel soit-il, son tra­vail cher­chait tou­jours à être acces­si­ble, se bas­ant sur une démarche ludique, qua­si enfantine.

Après un troisième album en 2007, le très bucol­ique Eyes Set Against The Sun, Cal­ix avait mul­ti­plié les col­lab­o­ra­tions et travaux de com­mande. Que ce soit pour l’aventureux ensem­ble Bang On A Can, ou l’institution de la Roy­al Shake­speare Com­pa­ny, l’amenant à créer une musique orig­i­nale pour plusieurs pièces de Shake­speare, elle était partout. On a égale­ment pu la voir aux côtés de Radio­head, God­speed You! Black Emper­or, ou Autechre (elle était d’ailleurs mar­iée à Sean Booth, moitié du duo). L’artiste est égale­ment con­nue pour ses nom­breuses instal­la­tions sonores, comme Noth­ing Is Set In Stone, com­mandé par la mairie de Lon­dres en 2012 dans le cadre des Jeux Olympiques. Elle con­sis­tait en une grande sculp­ture faite de pier­res, lais­sant enten­dre une musique mêlant field record­ing et chœurs enreg­istrés en Afrique du Sud. En novem­bre 2021, elle pub­li­ait son six­ième et ultime album, Absent Ori­gin, le pre­mier qui soit un pur tra­vail en stu­dio depuis 2007. Elle s’y adon­nait à un tra­vail de col­lage sonore expéri­men­tal, se bas­ant notam­ment sur des voix féminines venues du monde entier. Qui sait où elle se serait aven­turée à l’avenir ?

(Vis­ité 5 024 fois)