Move D : “Paris est maintenant l’une des meilleures villes européennes pour danser”

Le label lon­donien Elec­tric Minds fête ses dix ans cette année et en a prof­ité pour lancer une tournée mon­di­ale, accom­pa­g­né d’artistes et amis proches. Par­mi eux, Move D, aka David Moufang, pro­duc­teur alle­mand avec vingt ans de car­rière et une longue discogra­phie sous le bras. Avec sa house music inspirée pleine de groove et de jazz, il fait par­tie des vétérans du genre en Alle­magne. Il vien­dra clô­tur­er la tournée anniver­saire d’Electric Minds le 4 novem­bre à Con­crete et nous lui avons posé quelques ques­tions pour se met­tre en jambe avant une soirée qui s’annonce mou­ve­men­tée. 

Quel a été ton pre­mier con­tact avec la musique élec­tron­ique ? 

Quand j’avais qua­tre ans, ma mère s’est remar­iée et mon beau‐père avait une super col­lec­tion de dis­ques. C’était un homme bien et il me lais­sait fouiller et écouter ses dis­ques quand il n’était pas là. Il y avait quelques pièces de musique élec­tron­ique comme du Kraftwerk, du Pink Floyd ou du Tan­ger­ine Dream. Grâce à lui, j’ai été exposé très jeune à cette musique qui m’a tout de suite attiré. A cet âge‐là, j’appréciais beau­coup le fait qu’elle soit instru­men­tale car je ne com­pre­nais pas encore les paroles des chan­sons. J’adorais les Bea­t­les mais je ne savais pas quoi ils par­laient (rires).

Tu as mon­té ton label, Source Records, au début des années 90. Pourrais‐tu nous par­ler un peu de cette expéri­ence ?

Nous avons com­mencé en 1990 avec Jonas mais offi­cielle­ment, le label a été lancé en 1992.  A l’origine, nous avions créé Source Records pour pou­voir sor­tir nos pro­pres dis­ques et puis nous avons eu l’occasion de le faire grandir avec d’autres artistes comme Yoni, Deep Space Net­work ou Alex Cor­tex. Il est plus ou moins en hiber­na­tion depuis 2004, nous n’avons rien sor­ti ces dix dernières années car nous avons été pas mal occupés et c’était devenu trop dif­fi­cile de ven­dre des dis­ques à ce moment‐là, mais pourquoi pas repren­dre les choses en main bien­tôt.

J’ai de mon côté com­mencé à pro­duire à peu près au même moment. Je jouais avant dans des groupes et ma pre­mière appari­tion sur un disque, c’était en 1983. J’ai com­mencé à mix­er en 1987 et au début, j’étais plus attiré par la black music ou le funk et puis grâce à un ami, en 1990, j’ai vrai­ment plongé dans la tech­no et la house. J’ai eu beau­coup de chance.

Quel est le pre­mier disque que tu aies acheté ?

Je crois que c’était un album des Beach Boys. Comme j’avais accès à cette grande col­lec­tion, il était dif­fi­cile de trou­ver quelque chose qui n’y était pas déjà.

Et le dernier ?

Je n’achète jamais qu’un seul vinyle, je les prends par paque­ts (rires) mais dans ma dernière sélec­tion je crois qu’il y avait du Mad Rey et du Lawrence Guy.

Out­re ta pro­lifique discogra­phie house, tu as eu pas mal de side‐projects comme Con­joint, un groupe de  jazz ambiant mon­té avec Karl Berg­er, Jamie Hodge et Ghunter Ruit Kraus ou encore tes travaux avec Thomas Meinken. Quelle expéri­ence fut la plus mar­quante ? 

C’est drôle que tu men­tionnes Con­joint, je suis tombé récem­ment sur une vidéo d’un live de 2000 qui m’a rap­pelé plein de sou­venirs. Ce pro­jet était spé­cial car aujourd’hui, un des musi­ciens, Karl Berg­er, a 81 ans. C’est un célèbre musi­cien de free jazz. Il vient lui aus­si d’Heidelberg, il a été décou­vert dans les années 60. Je me sou­viens, je l’ai ren­con­tré après l’un de ses con­certs dans ma ville, mon père ama­teur de jazz m’avait con­seil­lé d’y aller et je n’ai pas été déçu. A cette époque il m’avait gen­ti­ment dit de gag­n­er en expéri­ence et de le recon­tac­ter par la suite. Peut être deux ans plus tard, je reçois un appel, c’était lui et il me dis­ait qu’il est à Brook­lyn et que quelqu’un pas­sait un de mes dis­ques. Il s’est sou­venu de moi grâce à ça et on s’est revus juste après. Le pre­mier album de Con­joint est sor­ti en 1997, le sec­ond en 2004 et j’aimerais vrai­ment pou­voir en refaire un, avant qu’il ne soit trop tard.

Tu vis à Hei­del­berg, que penses‐tu de la scène élec­tron­ique alle­mande ? 

Il est évi­dent que l’Allemagne a joué un rôle pré­dom­i­nant dans les pre­miers jours de la tech­no. Mais je crois qu’aujourd’hui, cette scène est dev­enue très con­ser­v­a­tive, on voit finale­ment tou­jours les mêmes artistes depuis dix ans. Ce sont des gens qui ont mon âge (rires) alors c’est encore plus dif­fi­cile pour les nou­veaux. Comme MCDE, ils doivent tout ten­ter plutôt à Paris ou à Lon­dres qui accueil­lent à bras ouverts la moder­nité et la jeunesse. La nou­velle scène house n’aurait pas eu sa chance en Alle­magne et ce n’est pas une bonne chose.

Tu viens sou­vent à Paris ? 

A vrai dire, ma famille vient de Toulouse ! Oui, j’y viens sou­vent, mais surtout dans les années 90 où je me bal­adais partout en France. Je suis beau­coup la scène house française qui a tou­jours su se renou­vel­er. J’ai de très bons sou­venirs de Paris il y a vingt ans. Et puis, dans les années 2000, les choses n’allaient pas très bien pour la musique élec­tron­ique mais heureuse­ment pour nous tous, cela n’a pas empêché la cap­i­tale de rede­venir floris­sante. Je dois dire que Paris est une ville mag­nifique mais tout de même un peu agres­sive, il y a une cer­taine pres­sion sociale, plus de démon­stra­tions. En tout cas depuis 2010, on peut admir­er l’effervescence autour de la nuit à Paris et du coup, de la musique. Main­tenant, c’est l’une des meilleures villes européennes pour danser. Le Rex, le Bato­far, Con­crete, le Djoon… C’est vrai­ment super.

Quels nou­veaux artistes house t’ont mar­qué récem­ment ? 

Le jeune label qui m’a le plus mar­qué, c’est D.KO Records. Mais pour le reste, il y a vrai­ment des super vibes, la France est au top.

Cette année, tu par­ticipes à une tournée mon­di­ale organ­isée par le label Elec­tric Minds pour fêter ses dix ans. Quelle est ton his­toire avec le label ? 

Dolan, qui a créé le label, est un très bon et très vieil ami. C’est aus­si l’un de mes pro­mo­teurs préférés. On s’est ren­con­tré il y a longtemps, je dirais dix ans env­i­ron, comme le label pra­tique­ment. Main­tenant, il organ­ise de grands événe­ments avec des mil­liers de per­son­nes mais à l’époque, il fai­sait des soirées dans des gre­niers (rires). Par le biais de notre ami­tié, c’était assez naturel pour lui de me deman­der un morceau pour le label. Jusqu’ici, j’ai pu sor­tir deux EPs et un troisième est en route, pour les dix ans du label. 

Tu joueras le 4 novem­bre à Con­crete à Paris pour clô­tur­er l’anniversaire, tu es con­tent ? 

Oui, je suis ravi de cette date ! J’ai déjà joué à Con­crete mais je n’ai pas encore eu l’occasion de tester le Wood­floor. Ce que je préfère là bas, c’est mix­er la journée plutôt que le soir, c’est vrai­ment une ambiance par­ti­c­ulière je trou­ve, et très appré­cia­ble. 

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