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Neopop Festival : la capitale de la techno se cache au Portugal

Un petit coin de par­adis. Située à une heure de route au Nord de Por­to, la petite ville de Viana Do Caste­lo a tout de la sta­tion bal­néaire idéale. De sa plage aux ruelles du cen­tre his­torique, la cité est dev­enue une des­ti­na­tion aus­si bien prisée par les sur­feurs que les touristes venus en famille. C’est donc ce pais­i­ble écrin qui accueille depuis plus d’une dizaine d’années le Neopop Fes­ti­val, devenu l’un des rendez-vous majeurs des musiques élec­tron­iques au Por­tu­gal. Du mer­cre­di 8 au same­di 11 août, l’événement était de retour avec un mot d’ordre affiché sur pan­neau géant dès l’entrée de la ville : « Cap­i­tal of Tech­no ». Et une fois sur place, on ne peut que con­stater à quel point Viana Do Caste­lo et le Neopop ne font qu’un.

Cela peut s’expliquer par la sit­u­a­tion géo­graphique du fes­ti­val, en plein cœur de la ville et dans un cadre priv­ilégié. Là où cer­tains fes­ti­vals jouent la carte de l’industriel et d’autres optent pour une touche plus rétro, le Neopop offre le meilleur des deux. En bord de mer, l’événement prend place entre les ruines du château San­ti­a­go da Bar­ra et les grues du port. Une sit­u­a­tion par­faite­ment résumée par l’Anti Stage, une des deux scènes du fes­ti­val, qui vient se loger entre les murs du fort et une rangée de con­tain­ers. Cette oppo­si­tion entre ancien et nou­veau résonne aus­si avec l’ensemble de la cité por­tu­gaise partagée entre son pat­ri­moine (à l’image du sanc­tu­aire de San­ta Luzia qui sur­plombe l’ensemble de la ville) et des con­struc­tions con­tem­po­raines (dont une bib­lio­thèque conçue par l’ar­chi­tecte Siza Vieira) qui lui valent désor­mais le surnom de la « Mecque de l’architecture ».

© Mar­ta Santos

Si le Neopop et Viana do Caste­lo sem­blent si liés c’est aus­si parce que le fes­ti­val dépasse de ses murs et s’invite dans toute la ville à tra­vers une série d’événe­ments par­al­lèles. Red Bull Music nous don­nait par exem­ple rendez-vous au théâtre munic­i­pal Sá de Miran­da. Oppo­si­tion des épo­ques encore dans ce pres­tigieux théâtre à l’italienne plus habitué aux opéras mais qui a accueil­li le temps de deux soirées des artistes de musiques élec­tron­iques. Aux cotés de Clark venu présen­ter son live Death Live, on y retien­dra surtout la presta­tion de GPU Pan­ic. Passé par la Red Bull Music Acad­e­my, l’artiste por­tu­gais est venu offrir une per­for­mance cap­ti­vante et expéri­men­tale basée sur le tra­vail des tex­tures, aus­si bien élec­tron­iques que celles de sa pro­pre voix. Con­traste tou­jours, après avoir trit­uré ses machines GPU Pan­ic se met der­rière le piano et com­mence alors à jours pen­dant quelques min­utes. Et au moment où l‘on s’attend à ce qu’il nous ren­voie une salve de beats, il finit tout sim­ple­ment sur ces notes de douceur. Au cœur du vieux théâtre, le temps sem­blait alors totale­ment suspendu.

© Hugo Silva

Evidem­ment si le Neopop pré­tend au titre de cap­i­tale de la tech­no c’est aus­si parce que le fes­ti­val peut se tar­guer d’un line-up des plus con­séquents. De Nina Krav­iz à Ricar­do Vil­lalo­bos en pas­sant par Ben Klock, Josh Wink ou DJ Nobu, c’est la crème de la scène inter­na­tionale qui s’était don­née rendez-vous au Por­tu­gal. De quoi prof­iter d’un b2b entre Paula Tem­ple et Rebekah qui n’aura pas fait dans la den­telle ou encore d’un Jeff Mills tou­jours aus­si magis­tral der­rière les platines. Aux côtés de ces mastodontes, le fes­ti­val était aus­si l’occasion de met­tre en avant de nom­breux artistes émer­gents ou moins médi­atisés. Ain­si le jeu­di pen­dant que Solo­mun livrait sur la Neo Stage un set certes des plus effi­caces mais man­quant peut-être un peu de relief ou de fan­taisie, sur l’Anti Stage Dex­ter nous livrait une presta­tion par­ti­c­ulière­ment plaisante. Mal­heureuse­ment la foule cap­tivée par le DJ star (et nou­veau per­son­nage de GTA) était des plus épars­es devant le rési­dent du club de Lis­bonne LuxFrágil. Du côté de l’Anti Stage on retien­dra aus­si les pas­sages le jeu­di de Doppleref­fekt, le ven­dre­di d’An­na Hale­ta, pio­nnière de la scène élec­tron­ique israéli­enne, et le same­di de Lewis Fautzi fig­ure d’une scène tech­no por­tu­gaise par­ti­c­ulière­ment dynamique et très bien représen­tée au Neopop.

© Rui Soares

Au milieu de cette pro­gram­ma­tion où la tech­no était reine, le fes­ti­val offrait aus­si quelques moments de res­pi­ra­tion. C’est ain­si qu’on a retrou­vé en tête d’affiche du pre­mier jour du Neopop St Ger­main accom­pa­g­né de ses musi­ciens. Le live du Français basé sur le jeu de ses instru­men­tistes et aux influ­ences très jazz avait de quoi déton­ner au milieu de cette arma­da de DJs. Pour­tant c’est juste­ment ce décalage qui a ren­du cette par­en­thèse organique encore plus agréable. Le pub­lic a d’ailleurs été au rendez-vous (mal­gré la pluie qui s’est abattue au cours de la soirée) et très réac­t­if aux tubes du pio­nnier de la house française. La France était par­ti­c­ulière­ment bien représen­tée au Neopop que ce soit par ses artistes (Ivan Smag­ghe, Apol­lo­nia, Vois­ki, etc.) mais surtout par son pub­lic fran­coph­o­ne présent en nom­bre au Por­tu­gal. De quoi se sen­tir un peu plus comme à la mai­son dans un fes­ti­val qui mar­que aus­si par son ambiance famil­iale. Car oui, encore une fois à l’image de sa ville, le Neopop a su rester un événe­ment à taille humaine. Si le line-up a de quoi impres­sion­ner par sa richesse, le fes­ti­val est loin des gross­es machiner­ies que l’on peut con­naitre ailleurs. Seule­ment deux scènes, un site facile­ment par­cou­ru à pied, des prix abor­d­ables et surtout une qual­ité d’accueil et un état d’esprit posi­tif comme seul le Por­tu­gal peut en offrir. Défini­tive­ment, le Neopop n’a pas volé son titre de cap­i­tale de la techno.

Meilleur moment : Jeff Mills. A l’heure où cer­tains DJs se font de plus en plus bour­rins, il nous a rap­pelé que la tech­no est aus­si une affaire de sen­sa­tions, pour ne pas dire de spiritualité.

Pire moment : En allant au Por­tu­gal en plein mois d’août on avait tout prévu, sauf de pass­er la pre­mière soirée du fes­ti­val sous la pluie…

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