Hangar à dirigeable dans lequel se situait les expositions © Marin Cherruault

Nord Fiction : une première édition furieusement réussie malgré l’orage

Canicule le pre­mier jour, froid glacial et pluie dilu­vi­enne le sec­ond. Cette pre­mière du petit dernier des fes­ti­vals nor­mands, Nord Fic­tion, restera dans les annales. Pour le meilleur mais aus­si pour le plus déce­vant ‑la faute aux intempéries- au grand dam des organ­isa­teurs de l’évène­ment. Eux qui étaient autant (voire plus) déçus que les quelques mil­liers de fes­ti­va­liers à avoir fait le déplace­ment, sur le ter­rain de l’ex-hangar à dirige­ables de la Sec­onde Guerre mon­di­ale d’Écausseville. 

Il est 22 heures le same­di 18 lorsqu’un déluge de pluie et de ton­nerre s’a­bat sur la pais­i­ble com­mune nor­mande d’Écaus­seville. L’épisode orageux dur­era jusqu’à qua­si­ment minu­it, un laps de temps beau­coup trop long pour assur­er la sécu­rité des quelques mil­liers de teufeurs à avoir fait le déplace­ment, les pom­piers lan­cent la procé­dure d’alerte… “Veuillez évac­uer”, peut-on alors enten­dre réson­ner dans les enceintes des deux scènes. Quelle décep­tion. “On vient à peine d’ar­riv­er. On doit déjà repar­tir ?”, peut-on enten­dre d’un ren­nais fraiche­ment débar­qué pour la sec­onde soirée et qui vient à peine de com­man­der sa pre­mière pinte au bar. En deux temps, trois mou­ve­ments et sous une pluie bat­tante, le pub­lic quitte le site et rejoint ses tentes/voitures situées à seule­ment une dizaine de mètres des portes du fes­ti­val dans une ambiance de fin du monde éclairée à la lumière des éclairs. Finale­ment, à 1 heure du matin, c’est offi­ciel : la fête ne repren­dra plus, on ne ver­ra pas sur scène u.r.trax, Maud Gef­fray, COUCOU CHLOÉ, Dr.Rubinstein ou encore LSDXOXO

La décep­tion est immense de tout bord et notam­ment pour Mar­lène Huard, pro­gram­ma­trice et fig­ure forte de l’or­gan­i­sa­tion de l’évène­ment. Mais tout ne fut pas gâché, loin de là. Ça avait pour­tant si bien com­mencé lors d’une pre­mière journée canic­u­laire, le ven­dre­di. Mal­gré tout, cette annu­la­tion pour­rait presque sem­bler anec­do­tique car aucun blessé n’est à déplor­er, le pire aurait pu arriv­er. On ne peut qu’avoir une pen­sée pour le kitesur­feur dis­paru dans la soirée du same­di sur le lit­toral de Villers-sur-Mer en Nor­mandie, vic­time d’une tem­pête d’une rare violence.

 

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Un gros tra­vail scénique a été réal­isé sur les deux scènes du fes­ti­val. Le Ring et la Minard en avaient mis plein les mirettes des intrépi­des fans de musiques élec­tron­iques en plus de l’im­mense hangar à dirige­ables érigés pen­dant la Sec­onde Guerre mon­di­ale. À la fin du pre­mier soir, tous les ingré­di­ents étaient là pour pass­er une sec­onde soirée de folie. La DJ rési­dente du Macadam, 소윤 (Soy­oon) avait bien lancé la soirée avec un séduisant set hybride entre vinyle et dig­i­tal, enchaî­nant les morceaux bien dig­gés et dansants, lors d’un set pile à l’heure de l’apéro. À 23 heures, La Mverte avait ensuite pris le relais sur le Ring. Cette scène cam­ou­flée dans un écrin de piliers métalliques dis­posés en cer­cle et reliés entre eux par de gigan­tesques draps blancs, don­nait l’im­pres­sion d’être dans une salle à ciel ouvert, par­tic­i­pant à l’ar­chi­tec­ture soignée du site du fes­ti­val. Elle qui n’a pas man­qué de faire son petit effet. Tout comme les visuels acides du fes­ti­val, vio­lets et verts, qu’on retrou­vait sur les gob­elets éco-cups estampil­lés de… la mar­que de bière 8.6, auda­cieuse parte­naire de l’évène­ment dont on a plus l’habi­tude de retrou­ver les canettes lors de nos “soirées shlag” qu’en fes­ti­val. Quelle sur­prise ! Toute­fois oubliez la bière à 12°, la 8.6 se dégus­tait dans sa sur­prenante ver­sion IPA ce week-end, et devant Voiron s’il vous plait. Le DJ-producteur bre­ton a retourné le pub­lic de la scène Minard dans un live à la sauce tech­no sai­sis­sante, saupoudrée de morceaux drum n’bass cathar­tiques. Par­fait pour le pub­lic de Nord Fic­tion, qui ne sem­blait atten­dre qu’une per­cée du genre, après s’être pris en pleine face la voix de diva de Mathilde Fer­nan­dez sur la gab­ber et la tech­no de Paul Seul, son binôme d’ascen­dant vierge. La presta­tion live des deux intrépi­des com­pères et arti­sans de la musique élec­tron­ique sur le Ring, en a presque fait oubli­er au pub­lic la bonne per­for­mance de Roi Perez sur l’autre scène, pour­tant à la hau­teur. La Nor­mandie a totale­ment été sous le charme des bangers organiques du duo et hap­pé par la puis­sance de la voix de Mathilde Fer­nan­dez. On aurait presque fait abstrac­tion du site bour­ré d’His­toire sur lequel on se situait…

Set de Voiron sur la scène Minard © Marin Cherruault

À l’in­térieur du hangar se tenaient les expo­si­tions de Decem­ber, Marie Quéau, Cécile di Gio­van­ni et Space Mec, pour toutes les per­son­nes en manque d’art aus­si expéri­men­tal qu’in­timiste et per­son­nel. Il s’agis­sait d’une bien jolie trêve qu’il fal­lait saisir, avant d’en­chain­er pour les quelques per­for­mances qui ont pu se tenir le same­di soir. On retien­dra notam­ment le live de Fasme, dont l’EP Streched World présente un dirige­able en cou­ver­ture (tiens, tiens, tiens) et le DJ-set de Blutch sur la scène Minard juste avant l’ar­rivée du déluge. Deux per­for­mances où la house était à l’hon­neur et où les bassins ont bougé avant de fris­son­ner à l’ar­rivée de l’or­age… En pas­sant de tem­péra­tures canic­u­laires flir­tant avec les 40° à un pénible 20° en l’e­space d’une dizaine d’heures, en plein con­texte glob­al de dérè­gle­ment cli­ma­tique… Les aléas cli­ma­tiques dont Nord Fic­tion a été vic­time posent une nou­velle fois la ques­tion de la sauve­g­arde de l’en­vi­ron­nement, et du change­ment dans nos modes de con­som­ma­tion. Et si ces change­ments bru­taux de tem­péra­tures, pas­sant du ciel bleu aux épisodes d’or­age intens­es en un éclair, étaient amenés à se répéter ? On en a bien peur. En revanche, ce qu’on a déjà très hâte de retrou­ver, c’est Nord Fic­tion pour sa deux­ième édi­tion… Et on lui en souhaite beau­coup ‑beaucoup- d’autres !

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