© Caroline Marchante / Simon Bianchetti / DR

On a parlé concert spatialisé à 360° avec Odalie, R. Santarelli et Submarine FM

Des­ti­na­tion immer­sion. À l’oc­ca­sion de la soirée “Vogue la Nuit #4 : Au-delà du club” le 16 juil­let, le fes­ti­val Nuits de Fourvière et les SUBS ont réu­ni trois artistes lyon­nais­es de musique élec­tron­ique : Odalie, Romane Santarel­li et Sub­ma­rine FM. C’est un con­cert absol­u­ment excep­tion­nel, inti­t­ulé ‘360° sous les mers’, qui pren­dra place à la Boulan­gerie : le son sera spa­tial­isé à 360°. C’est à dire que l’artiste pour­ra faire voy­ager chaque titre, chaque piste de son morceau, tout autour des spectateurs·trices présent·e·s dans le pub­lic. Une organ­i­sa­tion folle et inédite pour tout le monde ou presque, qui promet sa dose de magie et d’im­mer­sion intense. On a voulu en savoir plus et tout com­pren­dre, alors on a organ­isé une dis­cus­sion à quatre.

Retrouvez la programmation de cette soirée Vogue la Nuit #4 et de tout le festival ici.

Et pour ceux qui n’au­raient jamais enten­du par­ler de spa­tial­i­sa­tion du son, voici une mini-démo en vidéo pour com­pren­dre le sujet assez rapi­de­ment (on vous con­seille vive­ment de met­tre un casque ou des écouteurs) :

 

Pourquoi l’attrait pour la spa­tial­i­sa­tion et la musique à 360 ? C’était quoi le but, l’envie au départ ?
Sub­ma­rine FM : Je crois que c’est vrai­ment parce que c’est l’opposé de mon univers de base, proche de la musique dub et de la cul­ture soundsys­tem. Donc il y a un coté mise en dan­ger. Explor­er un nou­veau ter­rain de jeu, avoir plus d’idées, agrandir la zone d’imagination. Pour moi c’était surtout pour me met­tre en zone d’inconfort et avoir plus de lan­gage. En plus du fait que ce soit TRÈS excitant.

Romane Santarel­li : Aujourd’hui, j’en ai vu un seul con­cert 360 : c’était Jean-Michel Jarre à la Mai­son de la Radio. Je pen­sais que c’était peu acces­si­ble, qu’en tant que com­positrice j’aurais peut être un jour l’opportunité. Dans la tête des gens, y’a un coté très éru­dit où c’est ultra tech­nique. Je préfère me con­cen­tr­er à fond sur ma musique, je crois que je suis un peu allergique aux trucs trop infor­ma­tiques, trop tech­niques. Donc très con­tente que l’opportunité de cette soirée Vogue La Nuit se présente parce que tout devient hyper acces­si­ble. L’idée de Julien Pag­nier ‑ingé’ son sur Lyon et chercheur dans la spa­tial­i­sa­tion du son, qui bosse sur des logi­ciels hybrides- et des Nuits de Fourvière s’inscrit dans la démoc­ra­ti­sa­tion. On n’est pas obligé de plac­er 250 enceintes pour avoir un ren­du de bulle sonore et d’immersion. En tout cas cette expéri­ence m’a mon­tré que c’était pas si com­pliqué, ni pour l’artiste qui se pro­duit ni pour les organ­isa­teurs qui reçoivent. Je pense que le pub­lic va capter assez vite que c’est une expéri­ence à part, que c’est dif­férent d’un con­cert standard.

Odalie : Je tra­vaille beau­coup dans les arts numériques et le théâtre. Et en fait dans les arts numériques, on fait de la spa­tial­i­sa­tion con­stam­ment, les chal­lenges tech­niques sont con­stants. Je fais un work­shop au Plané­tar­i­um de Vaulx-en-Velin depuis 5 ans sur ce sujet en tant que par­tic­i­pante. Je fai­sais aus­si de la spa­tial­i­sa­tion sur Able­ton, et j’anime des con­férences sur le sujet. Parce que c’est un truc que les musi­ciens qui sont sur ce logi­ciel ‑donc plutôt club et pas musique contemporaine- ne con­nais­sent pas bien. La solu­tion à inté­gr­er dans ta solu­tion Able­ton est hyper sim­ple, très acces­si­ble. C’est de la mise en scène de la musique en fait. Dans les musiques actuelles ça n’y est pas encore, mais dans le théâtre et les arts numériques, c’est com­plète­ment classique.

 

Com­ment on vul­garise pour expli­quer à ses proches ?
Romane Santarel­li : Je dis qu’il y a des enceintes mis­es de façon cir­cu­laire, et que… en gros j’explique que j’ai plusieurs pistes, qu’il y a une piste pour le kick, la basse, etc. Et qu’avec ce type de frac­tion­nement du son, tu peux les déplac­er dans l’espace. Tu peux déplac­er les élé­ments mélodiques en lais­sant les élé­ments graves au cen­tre… voilà, je vul­garise un peu comme ça.

Odalie : Moi je fais une analo­gie avec des papil­lons qui tourn­eraient autour de leurs têtes, mais je vais vache­ment moins dans le détail que ça. Mes par­ents sont pas du tout dans la musique haha.

Romane Santarel­li : Ah mais moi non plus, c’est pour ça ils com­pren­nent pas !

Odalie : je vais pas aus­si loin, mais j’explique que je peux faire tourn­er un papil­lon autour de sa tête, comme si t’avais qqch qui te tour­nait vrai­ment autour et qui allait ren­tr­er dans ton espace sonore. Après je dis aus­si que dans la stéréo, vu que t’as deux oreilles tu peux percevoir si les élé­ments sont plutôt à ta gauche ou à ta droite, et qu’en fait là c’est pareil mais avec plus d’enceintes.

Romane Santarel­li : Sinon j’explique aus­si le principe du 5.1 dans les salles de ciné ! T’as des sons qui vien­nent de der­rière etc… Là c’est la même chose mais encore plus défi­ni, encore plus pré­cis, avec plus d’enceintes quoi !

Sub­ma­rine FM : Pour le mul­ti­p­iste, faut leur dire que c’est comme plusieurs papil­lons et des groupes dif­férents. Elle est trop bien cette image !

 

 

Com­ment a débuté le pro­jet de cette soirée Vogue la nuit — 360° sous les mers ?

Romane : Il y a un an, j’ai été con­tac­tée par Julien. Il m’a pro­posé de me for­mer. Je con­nais­sais pas du tout mais j’é­tais hyper ouverte ! Son idée c’était de s’entourer d’artistes et musicien-nes du coin ‑de Lyon- pour avancer main dans la main. Parce qu’il arrivait un peu au bout du côté tech­nique. Et si t’as pas l’artistique avec la tech­nique, il y a un moment où ça coince. L’inverse est tout aus­si vrai. En par­al­lèle Clau­dia et Rose ‑des Nuits de Fourvière- s’intéressaient à ce type de for­mat, de con­cert spa­tial­isé 360. Elles ont pris des infos auprès de moi, et j’ai fait le lien avec Odalie et Sub­ma­rine FM ! Les deux m’ont dit qu’elles étaient grave avancées dans cet univers-là, Sophie [Odalie] donne des con­fs… Au final je suis la plus novice du trio [rires]

Odalie : Ça fait quelques années que je tra­vaille sur la spa­tial­i­sa­tion, parce que j’ai fait une dou­ble spé­cial­i­sa­tion : en électro-acoustique et en MAO [Musique Assistée par Ordi­na­teur]. Et dans l’électro-acoustique, tout ce qui est musique con­tem­po­raine, musique con­crete, on fait de la spa­tial­i­sa­tion depuis longtemps mais plutôt en mode ‘orchestre de haut-parleurs’, ça date des années 1980… On cherche à ren­dre les créa­tions plus immer­sives. Et le but de Julien, qui tra­vaille chez Nov­el­ty, c’é­tait de créer une solu­tion clés en main, tech­nique, qui per­me­tte à plein de fes­ti­vals ou autres, de s’équiper avec une solu­tion ouverte. Et que les artistes puis­sent pren­dre en main facilement.

Romane Santarelli stories spatialisation

Sto­ries Insta­gram @romane_santarelli

 

Certain-e‑s artistes ont essayé de démoc­ra­tis­er ça non ? Molécule par exemple ?
Odalie : Oui et c’est un des seuls en France ! Mais en fait sa solu­tion n’est que pour lui, il ne peut pas faire jouer d’autres artistes dessus. Là l’idée, c’est de démoc­ra­tis­er, que ça arrive dans des grands fes­ti­vals et que des artistes comme nous puis­sent pren­dre ce système-là en main hyper rapi­de­ment. C’est ce qui s’est passé dans cette col­lab­o­ra­tion artiste/technique : on est allés chez Nov­el­ty tra­vailler dans leur stu­dio immer­sif, pour pren­dre en main la tech­nique et aus­si pour pro­pos­er des solu­tions sur un angle plus artis­tique. Par exem­ple pour moi, il y a eu la grosse ques­tion de la reverb : je fais de la musique atmo­sphérique donc la reverb est néces­saire et en fait. Dans le logi­ciel de Julien, qui s’ap­pelle Spat Rev­o­lu­tion ‑dévelop­pé par Flux et à la base par l’IR­CAM- il y a des reverb’ très par­ti­c­ulières et notam­ment des reverb’ 3D, alors ça aurait été dom­mage de pas les utilis­er ! Mais j’ai une pédale de reverb, donc pren­dre la déci­sion de l’en­lever ça a été très dur.

 

Com­ment s’est passée la prise en main chez Nov­el­ty, pour tout le monde ?
Romane Santarel­li : Franche­ment, j’ai eu un temps d’acclimatation. J’ai dit à Julien “wow, là il va fal­loir m’en remet­tre une journée”. Je suis un peu synesthète, je m’en suis ren­due compte il y a 3 ans que j’avais une per­cep­tion des sons un poil dif­férente. Je les vois en images, en tex­tures et en couleurs, etc. En tant que créa­trice quand je fais des sons, j’ai des images et je vais dans ce sens-là à fond. Le dis­posi­tif m’a choquée. C’est comme si j’avais vu en noir et blanc jusqu’à main­tenant, et que là j’avais les couleurs. La créa­tiv­ité est exacerbée.

Sub­ma­rine FM : J’avais juste fait une ini­ti­a­tion à la musique spa­tial­isée. Je viens plutôt de la musique en mono, genre soundys­tem : tout dans des cais­sons qui s’empilent, pas trop de trucs écartés, et penser les sons par taille d’enceinte quand je com­pose. Ma pre­mière ini­ti­a­tion était com­plexe, pas facile de s’approprier l’outil. Là quand on m’a re-proposé l’expérience, j’é­tais trop chaude mais scep­tique… Au stu­dio Nov­el­ty avec Julien, c’était telle­ment flu­ide et évi­dent, la façon de repren­dre ses sons pour les respa­tialis­er… Il avait mis en place plein d’outils qui font que tout est clair. C’est bête mais : avec une tablette avec un point, qui représente le son que tu es en train de spa­tialis­er [illus­tra­tion en vidéo plus bas dans l’ar­ti­cle] tu peux le lancer faire le tour des enceintes, des spi­rales, ou juste aller le met­tre à des points pré­cis. Ça devient ludique, ça devient un jeu. On peut encore plus s’amuser à refaire bouger ses sons, les faire voyager.

Au début, l’idée c’était de pren­dre des morceaux déjà exis­tants et de les adapter en son spa­tial­isé. De décider “tel instru­ment je le sors à tel endroit sur telle largeur de spec­tre d’enceinte… Tel instru­ment va faire un chemin cir­cu­laire, ou en pyra­mide, ça fera des ric­o­chets comme ça…” Tes pos­si­bil­ités sont infinies ! Et qui dit nou­v­el out­il, dit nou­velles idées de créa­tion. J’ai appris à faire de la musique en gauche-droite, ça a façon­né ma manière de faire: mais là tu as l’occasion d’être dans une bulle, donc tu crées différemment.

 

Vous avez pen­sé un nou­veau live exprès pour ce soir-là, ou adap­té des choses que vous aviez déjà en stock pour la spa­tial­i­sa­tion 360 ?
Odalie : C’é­tait à cha­cune de décider, mais c’é­tait impor­tant de ne pas repar­tir de 0. On taffe toutes beau­coup et Julien nous avait dit de ne pas réin­ven­ter tous nos sets. Si tes morceaux marchent en stéréo, il y a des chances qu’ils marchent aus­si en son spa­tial­isé. Mon spec­ta­cle de base est en son spa­tial­isé, avec des enceintes dans le pub­lic et des sons que je fai­sais déjà bouger. Et finale­ment pour le live des Nuits de Fourvière, je suis repar­tie sur les mêmes trucs. Par exem­ple il y a des règles : les bass­es, tu ne les fais pas bouger. Ou moins. De manière générale, notre cerveau entend mieux les aigus au niveau de la spa­tial­i­sa­tion. Donc si tu spa­tialis­es des impacts aigus, tu vas beau­coup mieux les enten­dre, c’est psycho-acoustique. Sur mon set, si tu prends les morceaux en stéréo, puis là en son spa­tial­isé, tu ne les recon­nais pas en fait.

Romane Santarel­li : Ah ouais ?!

Odalie : Ben ouais vrai­ment ! Il y avait telle­ment d’effets de stéréo, et j’avais peu d’éléments parce que ma musique est très espacée… donc tout d’un coup, des espaces se créent à des endroits inat­ten­dus, parce que le son est spa­tial­isé et ça recrée des rythmes dif­férents. Avecc Pao­lo, le vio­lon­cel­liste qui tra­vaille avec moi, on s’est ren­dus compte en écoutant que cer­tains morceaux n’ont rien à voir. Même lui s’est mis à jouer des trucs différemment.

Sub­ma­rine FM : Moi je suis pas encore allée assez loin je pense, pour décou­vrir de nou­veaux espaces comme ça mais… Comme toi, je prends mon live comme il est pour l’instant et j’avance petit à petit. Je respa­tialise chaque élé­ment en essayant de me rap­pel­er quelle inten­tion j’avais quand j’ai com­posé. En me posant la ques­tion “com­ment j’aurais fait si j’avais eu cette instal’ au moment de la composition ?”

Romane Santarel­li : J’ai réadap­té le live j’ai mon­té pour ma tournée. Au début c’était frus­trant, parce que c’est un set assez club, com­pact, tail­lé pour les fes­ti­vals. Et en fait je me suis hyper amusée à essay­er de trou­ver des work­flows dif­férents avec les pistes déjà exis­tantes. Toutes les mélodies qu’évidem­ment je con­nais par cœur, tous les breaks de ryth­mique que tu peux ponctuer dans l’espace, pile à la sec­onde près… Je crois que ça s’intègre bien maintenant.

 

On se place au moment du con­cert : c’est quoi la manière de procéder ?
Romane Santarel­li : Il y aura un dis­posi­tif pour le pub­lic, et un pour l’artiste : sur scène on aura nos retours dis­posés en cer­cle, et des visuels.
Sur scène cha­cune a ses instrus, et puis on a ce con­trôleur designé par Julien, avec la tablette : on y voit un point qui sym­bol­ise l’artiste, et plusieurs points qui sym­bol­isent les élé­ments sonores qu’on peut déplac­er dans l’espace. Comme dis­ait Sophie, le kick et la basse c’est sou­vent con­sid­éré comme un tapis pour avoir un repère. Pour avoir la notion de l’espace, et après venir spa­tialis­er les élé­ments aigus.

Odalie : On a nos set-ups de base. Par exem­ple Sub­ma­rine FM ou moi, on fait du syn­thé mod­u­laire quand même, ce qui était un peu un enjeu ! Parce que quand t’es au syn­thé, t’as pas le temps de faire autre chose. T’es à fond sur ton instru­ment et c’est nor­mal. Donc là; quand on rajoute la tablette tac­tile, y’a des moments qu’on doit automa­tis­er parce qu’on joue du syn­thé en fait.

Romane Santarel­li : T’es oblig­ée de faire des choix, c’est sûr ! Sinon c’est clair que ça fait beau­coup de boulot.

Odalie : Sinon t’as deux mains en même temps, tu bouges ton syn­thé et ta tablette en même temps, tu vrilles un peu [rires] ! Ça peut être impres­sio­n­ant à la Jean-Michel Jarre mais bon… un peu dan­gereux. C’est vrai que la ques­tion des retours est hyper impor­tante ! C’est sou­vent le souci quand tu fais des con­certs spa­tial­isés et que t’es sur scène. T’entends pas ce qui se passe dans la salle. Moi sur mon spec­ta­cle, vu que j’ai pas de retours spa­tial­isés, je vais dans la salle au moment des bal­ances pour véri­fi­er que les sons sont bons. Mais une fois que c’est par­ti, j’ai plus de con­trôle. À part mon ingé’ son qui peut rat­trap­er, mais j’entends pas ce qui est en train de pass­er sur les enceintes dans la salle. Là c’est un gros enjeu, si on s’entend pas on fait des trucs à l’aveugle…

Sub­ma­rine FM : Moi j’ai tout automa­tisé à l’avance, comme tu dis­ais. Je pense que je vais rien re-spatialiser des sons en direct, parce que j’ai déjà trop de trucs à faire sur scène.

Romane Santarel­li : Ah tu vois c’est mar­rant, parce que j’ai pen­sé l’inverse. J’ai voulu automa­tis­er plutôt les trucs joués, musi­caux basiques, exprès pour pou­voir me lâch­er sur la tablette. C’est plus d’aventure.

 

Et pour celles qui ont des instru­ments non-électroniques sur scène, il n’y a pas de peur de per­dre le contrôle ?
Odalie : Vio­lon­celle, syn­thé mod­u­laire… Quand tu en fais, t’es au courant que ça peut com­plète­ment par­tir en cac­ahuète ! Dans l’absolu le syn­thé mod­u­laire est déjà un instru­ment incon­trôlable. Au niveau du vio­lon­celle, Pablo ne fait que jouer et il n’a les retours qu’en stéréo. Je serai la seule à avoir les retours en spa­tial­i­sa­tion. Va fal­loir que je joue à la cheffe d’orchestre.
De toute façon c’est l’intérêt du live : se dire que des choses bizarres arrivent, mais en fait c’est ça qui te met sur le fil. Dans la musique, quand je sens les musi­ciens sur le fil, c’est des moments que je trou­ve en tant que pub­lic, extra­or­di­naires. Du coup ça peut être hyper beau, ou hyper raté, on ver­ra [rires]

Romane Santarel­li : Si jamais il y a une faute de frappe faite au niveau spa­tial­i­sa­tion, Julien a quand meme une recopie d’écran en régie. Si à un moment ton doigt rippe et que t’envoies le lead super loin par exem­ple, que t’es dans ton truc musi­cal et que tu fais pas for­cé­ment gaffe à l’outil de la tablette, Julien a de quoi rec­ti­fi­er le tir. Ce qui est plutôt cool pour nous, sur scène ça nous enlève une petite pression.

 

Au début il doit y avoir une sen­sa­tion déroutante, vous avez déjà vécu ce type de con­cert en tant que public ?
Odalie : J’en ai fait un paquet, et tu te prends vite au jeu. Dans un sens ça peut ressem­bler à de la magie. Parce qu’on n’a jamais été dans un espace où les sons vien­nent vers nous. Il y a aus­si une notion de hau­teur que tu peux avoir dans le logi­ciel, et de pro­fondeur. Donc tu peux vrai­ment met­tre les gens au fond de la mer… Faut soit accepter que c’est de la magie, soit tu com­mences à chercher tech­nique­ment ce qui est en train de pass­er. Moi qui fais de la musique très men­tale, le live 360 va davan­tage aider les gens à être dans mon univers, que dans une stéréo nor­male. Je vais avoir plus de pos­si­bil­ités de les emmen­er là où je veux, parce que l’immersion va les met­tre dans leurs têtes. L’opportunité qu’on a là, c’est aus­si d’aller vers ça, c’est génial !

 

Ce dis­posi­tif –spa­tial­i­sa­tion immersive‑, c’est aus­si une manière de vouloir recen­tr­er la per­for­mance autour du son, et de se défaire du coté visuel qui peut être par­a­sitaire sur cer­tains sets ?

Romane Santarel­li : J‑M Jarre nous l’avait dit avant de com­mencer son live. On était assis, il nous a con­seil­lé de fer­mer les yeux, il était à dix mètres de nous et savait qu’il se passerait pas grand-chose visuelle­ment. Naturelle­ment j’ai fer­mé les yeux, j’avais envie de me priv­er d’un sens pour me focalis­er sur le son. D’avoir encore plus l’impression d’avoir une image men­tale du son. Moi lim­ite je pense que le 16 juil­let, il faudrait que ce soit dans le noir. Qu’on ne nous voie même pas.

Odalie : Je te rejoins sur les con­certs dans le noir. Avoir un univers visuel fort, ça fait par­tie du jeu quand tu développes un pro­jet en musique élec­tron­ique et c’est une propo­si­tion qu’on fait toutes. Ici on est ramenées au son, à l’immersion sonore, à se couper de cer­tains sens… Être immo­bile aus­si ! Si tu bouges dans tous les sens, si tu dans­es, tu ne te laiss­es pas com­plète­ment pren­dre par le truc. Là le pub­lic pour­ra danser, évidem­ment c’est debout, et c’est bien de laiss­er la liberté.

Sub­ma­rine FM : Moi j’ai jamais fait de con­cert spa­tial­isé où on peut danser ! Je me demande un peu ce que ça donne comme énergie.

 

Quel sen­ti­ment à l’approche de la date ? Appréhen­sion, hate, excitation ?
Sub­ma­rine FM : J’ai l’impression d’avoir la chance de pou­voir faire un con­cert qui va être dans des con­di­tions par­faites, sur des bonnes enceintes… Je vais pou­voir mon­tr­er mes morceaux mais avec plus de couleurs, plus d’épices. J’espère qu’il y aura plein de gens, des gens que j’aime, pour pou­voir mon­tr­er ça. C’est vrai­ment de l’excitation !
Odalie : Pareil je suis trop excitée ! C’est vrai­ment unique, on n’a telle­ment jamais l’occasion de faire un truc comme ça… Si tu dois venir à un con­cert, c’est celui-là. Il n’y a pas d’autre propo­si­tion comme ça en ce moment. D’avoir la pos­si­bil­ité de faire un truc comme ça avec les Nuits de Fourvière, je pen­sais pas que ça allait arriv­er tout de suite ! Même pas sûre que des grands grands artistes aient ce genre de proposition.

Romane : Grave ! En plus on est des locaux donc c’est la fierté. Ça fait des mois que j’essaie d’expliquer à mes par­ents, potes, col­lègues, à chaque fois que je ren­tre des séances spa­tial­isées, j’en par­le pen­dant des heures et j’ai l’impression de par­ler chi­nois. Faut juste le vivre une fois, et je pense qu’après t’as com­pris haha. De toute façon il faut s’at­ten­dre à ce qu’il y en ait de plus en plus donc… Con­tente et fière de con­tribuer à ce début de chemin, même si on n’est pas les pre­mières et qu’on sera pas les dernières. C’est cool, très cool !

 

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Alors on n’a qu’une hâte, c’est déjà de voir ce que ça donne en live ce 16 juil­let aux Nuits de Fourvière… Et de savoir si cette tech­nolo­gie assez révo­lu­tion­naire pour­ra se démoc­ra­tis­er, pour touch­er le plus grand nom­bre. Check­ez la pro­gram­ma­tion du fes­ti­val, et allez écouter+voir Odalie (on risque de vous repar­ler d’elle cette année), Sub­ma­rine FM et Romane Santarel­li, qui vient de sor­tir l’al­bum élu album du mois dans le dernier numéro de Tsu­gi.

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