Osez comme Steve Lacy : on écoute Apollo XXI, son premier album solo.

Les enfants prodi­ges sont aus­si fasci­nants qu’a­gaçants : la facil­ité décon­cer­tante avec laque­lle ils créent, pleine de can­deur et de génie, suf­fit à ren­dre admi­ratif ou jaloux. Steve Lacy, vingt-et-une bou­gies à peine souf­flées, en est un par­fait spéci­men. Nom­iné aux Gram­mys avec son groupe The Inter­net en 2016, pro­duc­teur sur Damn de Kendrick Lamar l’an­née suiv­ante, il livre en par­al­lèle sa pre­mière démo promet­teuse, à base de gui­tares ensoleil­lées et de mélodies enreg­istrées à l’I­Phone. Ajoutez à cela des col­lab­o­ra­tions avec Kali Uchis, Vam­pire Week­end, Solange ou encore une appari­tion sur le Flower Boy de Tyler, the Cre­ator. Voilà où en est le garçon à la sor­tie de son pre­mier album, Apol­lo XXI, disponible depuis vendredi.

Si le jeune pro­duc­teur fait déjà par­tie des grands, c’est parce qu’il ose. Il ose d’abord dire “non” aux maisons de disque, restant en totale indépen­dance. Il ose mari­er les codes : une funk home-made à la Louis Cole dans “Guide”, des slows pour gui­tares plain­tives avec “Lay Me Down” et “Love 2 Fast”, une trap se mou­vant en gospel mod­erne pour l’outro. Il ose les recherch­es sonores et les expéri­men­ta­tions, à tra­vers des morceaux com­pos­ites et exten­si­bles (on pensera aux 9 min­utes de “Like Me”), des bat­ter­ies lo-fi (“N Sideou plus nerveuses (le kick marte­lant de “Hate CD”). Il ose la joie, voire une folie maîtrisée dans le déton­nant Play­ground et ses effets de delay hyp­no­tiques, qui glis­sent sur un beat débor­dant de soleil. Il ose par­ler, pren­dre posi­tion, notam­ment à pro­pos de son iden­tité sex­uelle, sans que cela ne prenne le pas sur la musi­cal­ité de ses pro­duc­tions et ses qual­ités vocales.

Apol­lo XXI est défini­tive­ment un disque osé : il respire l’au­dace, la jeunesse, l’in­tu­ition et le tal­ent. En douze titres, le natif de Comp­ton con­jugue les influ­ences et les références pour devenir lui-même un mod­èle d’in­spi­ra­tion. On dirait même presque que c’est l’ob­jec­tif de l’al­bum ; une façon belle et sub­tile de dire aux gamins voulant faire comme lui : “Faites des beats sur votre Iphone ou sur n’im­porte quel logi­ciel de son pour­ri. On s’en moque du matos. Sen­tez le truc et ce sera génial.” 

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