©Christophe Abramowitz

Pourquoi l’Hyper Weekend Festival entre déjà dans l’histoire de Radio France

Ven­dre­di et pour trois jours, la Mai­son de la Radio et de la Musique accueille son pre­mier fes­ti­val, l’Hyper Week­end, avec une édi­tion cen­trée sur les créa­tions orig­i­nales. Le directeur musique de Radio France et fon­da­teur du fes­ti­val Didi­er Var­rod revient sur la nais­sance et les ambi­tions de l’évènement. 

Une pro­gram­ma­tion con­forme à la diver­sité musi­cale que l’on peut enten­dre sur les ondes des dif­férentes sta­tions de la mai­son. Chan­son, hip-hop, élec­tron­ique, clas­sique, tous les gen­res ou presque seront représen­tés. Son fon­da­teur, Didi­er Var­rod, directeur de la musique des antennes de Radio France, nous détaille un évène­ment qui va agiter un 16e arrondisse­ment de Paris d’ordinaire bien endormi.

Avec l’Hyper Week­end, le cœur de réac­teur, c’est l’artistique. […] Réin­ven­ter le mod­èle en créant une man­i­fes­ta­tion de prox­im­ité, avec moins de pub­lic, mais plus de créa­tions inédites.”

Didier Varod

Didi­er Var­rod, directeur musique de Radio France et fon­da­teur de l’Hy­per Week­end Fes­ti­val ©Jules Faure

Com­ment est née l’idée de ce festival ?

Lorsque j’ai pris mes fonc­tions en 2019, c’est le pre­mier pro­jet que j’ai défendu auprès de Sibyle Veil, la prési­dente de Radio France. Je trou­vais que l’offre musi­cale des chaînes de la mai­son était telle­ment impor­tante et surtout com­plé­men­taire, que c’était dom­mage qu’il n’y ait pas un moment dans l’année où elle soit mise en lumière et un peu résumée.

Les esprits cha­grins vont dire : encore un fes­ti­val de plus…

Juste­ment, en 2019, avant le COVID donc, nous étions dans cette prob­lé­ma­tique de surenchère fes­ti­val­ière. Au point que l’on évo­quait même une “fes­ti­val­i­sa­tion” de la cul­ture. C’était donc intéres­sant de réin­ven­ter le mod­èle en créant une man­i­fes­ta­tion de prox­im­ité, avec moins de pub­lic, mais plus de créa­tions inédites. Puisque la plu­part des fes­ti­vals, dans une sorte de surenchère, pro­gram­ment les mêmes artistes tout au long de l’année. Nous avions donc un rôle à jouer sur la prox­im­ité et la créa­tion. Et puis, même si j’adore les fes­ti­vals, ce sont sou­vent des grandes mess­es con­cer­nant surtout les 16/20 ans qui vivent une expéri­ence autant, voire davan­tage sociale que cul­turelle. C’est ce qui m’intéresse avec l’Hyper Week­end : le cœur de réac­teur, c’est l’artistique.

 

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Pourquoi une local­i­sa­tion à la Mai­son de la Radio et de la Musique et pas dans des salles plus classiques ?

J’éprouve une attrac­tion toute per­son­nelle pour ce bâti­ment et j’étais attaché à le reval­oris­er, parce qu’il s’y passe beau­coup de choses. Mais c’est un lieu très con­traint, en per­pétuels travaux depuis quinze ans, et tou­jours très com­pliqué à faire bouger. C’est aus­si un endroit fasci­nant pour les artistes qui racon­tent sou­vent com­ment, quand ils arrivent Pont de Grenelle ou au RER Ranelagh, ils ont le cœur qui bat fort la pre­mière fois qu’il voit la Mai­son de la Radio. Ce qui m’amusait dans ce pro­jet, c’était aus­si de pouss­er les murs et d’occuper des espaces à l’origine pas dédiés aux con­certs. Bon… en rai­son de la crise de la san­i­taire, cette promesse ini­tiale ne sera hélas que par­tielle­ment tenue.

C’est quand même un défi d’organiser un fes­ti­val dans ce lieu…

Comme toutes les insti­tu­tions, ce n’est pas facile à bouger. Il y a eu un défi en interne où l’on me dis­ait : “On ne peut pas faire ça pour des raisons de son ou de sécu­rité”, avant même la pandémie. Donc il a fal­lu que j’embarque tout le monde dans cette aventure.

Oui, il y a un petit aspect poli­tique dans cette programmation.”

hyper weekend festival

L’au­di­to­ri­um de Radio France ©Christophe Abramowitz

Com­ment as-tu imag­iné cette programmation ?

Le défi était aus­si que l’on ne puisse pas rétor­quer, comme tu l’as dit tout à l’heure : “Encore un fes­ti­val de plus”. Nous avons con­servé neuf créa­tions, alors que l’on a dû réduire la voil­ure à cause des con­traintes liées au COVID. Et lancer des créa­tions en ter­mes de bud­get et d’énergie, c’est quand même autre chose que d’acheter juste une date de Gaël Faye ou Ben­jamin Bio­lay. L’idée était de tra­vailler sur les principes d’émergence, les pre­mières fois. Et puis, je déteste soulign­er au mar­queur ce que racon­te un disque ou une pro­gram­ma­tion, mais on voit qu’elle racon­te quelque chose sur le monde. Diva 22, une créa­tion autour des femmes dans le hip-hop, Mr Gis­card qui par­le de cul, Hubert Lenoir qui sec­oue toutes les ques­tions de genre tout comme Pierre de Maere et Kid­dy Smile évidem­ment. Ces artistes, dans leur musique et leur pro­pos, définis­sent leur rela­tion à la société.  Alors oui, il y a un petit aspect poli­tique dans cette programmation.

Tu prends le risque de cho­quer l’institution…

Didier Varod

© Jules Faure

Oui, mais j’aime bien ça. J’ai con­stru­it tout mon par­cours dans cette mai­son en essayant d’amener des petits grains de sable qui ne grip­pent pas la machine, mais qui au con­traire essaient de lui don­ner plus d’allant et de dynamisme. J’ai pro­duit et ani­mé Élec­tron Libre sur les musiques élec­tron­iques pen­dant neuf ans, c’était une manière de bouger un peu France Inter qui ne dif­fu­sait alors que de la chan­son, de la musique du monde et du rock anglo-saxon. Lorsque j’ai pris la direc­tion de la musique de France Inter, je l’ai aus­si sec­oué en dis­ant : “C’est bien que l’on passe Higelin, Lav­il­liers et toutes les valeurs emblé­ma­tiques de la mai­son, mais il serait temps de met­tre au même niveau une nou­velle généra­tion comme Wood­kid, Chris­tine & the Queens, La Femme, Nek­feu ou Orel­san.” J’aurais pu me planter, mais ces artistes ont éclaté et cela a accom­pa­g­né la muta­tion de France Inter.

J’ai con­stru­it tout mon par­cours dans cette mai­son en essayant d’amener des petits grains de sable qui ne grip­pent pas la machine, mais qui au con­traire essaient de lui don­ner plus d’allant et de dynamisme.”

Est-ce que tu as des coups de cœur par­ti­c­uliers sur cette pre­mière édition ?

J’en cit­erai au moins deux : Dominique A et Kid­dy Smile. Deux pro­jets antin­o­miques, mais qui résu­ment bien le fes­ti­val, mais aus­si mes goûts per­son­nels. Dominique A est un peu respon­s­able de cet Hyper Week­end parce qu’il m’a tou­jours racon­té sa fas­ci­na­tion pour ce bâti­ment. Cela se com­prend. Artis­tique­ment, il est né ici chez Bernard Lenoir en 1992 et il s’est qua­si­ment exclu­sive­ment dévelop­pé en radio sur nos antennes. Kid­dy Smile résume, lui, l’autre ver­sant de mon tra­vail sur l’électronique et l’histoire de la house. L’entendre chanter en mode chorale gospel, c’est comme une musique d’émancipation pour les gays et ça me plait.

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