Crédit photo : Andreas Hornoff

Le producteur deep house Stimming s’est associé au pianiste néo‐classique Lambert pour un album electronica à couper le souffle !

C’est la grande mode : un pro­duc­teur élec­tron­ique s’associe avec un musi­cien clas­sique, voire tout un orchestre sym­phonique, pour sor­tir un album hybride. Jeff Mills pro­pose ça depuis des années pour des lives. Mais rien que l’année dernière, Carl Craig, en col­lab­o­ra­tion avec le pianiste Francesco Tris­tano, a fait repren­dre ses plus grands titres par un orchestre (le pro­jet s’appelle “Ver­sus” et vaut claire­ment le détour en live) et le label élec­tron­ique !K7 a créé sa pro­pre branche néo‐classique !7K pour accueil­lir le pianiste Luca d’Alberto. Même Tale Of Us s’y est mis, au print­emps dernier, avec End­less, un pre­mier album entre clas­sique et ambi­ent sor­ti sur Deutsche Gram­mophon — un poil plus dis­pens­able celui‐là. Nou­veaux venus dans le grand bain électronique‐néo‐classique ? L’Allemand Stim­ming, habitué de l’écurie Diy­nam­ic (il nous a d’ailleurs offert un pod­cast exclusif à l’occasion du Diy­nam­ic Fes­ti­val l’année dernière) et plutôt porté sur la deep house ou la min­i­male, accom­pa­g­né de son com­pa­tri­ote pianiste néo‐classique Lam­bert. “J’ai com­posé la plu­part des morceaux l’année dernière pen­dant ma tournée asi­a­tique, dans une cham­bre d’hôtel de 8m2 à Osa­ka, sur un petit bureau avec mon Elek­tron Rytm et mon Elek­tron Octa­track”, racon­te Stim­ming. “L’idée était de com­bin­er cer­tains grooves de mon dernier album Liquorice aux incroy­ables mélodies que Lam­bert m’envoyait. En com­posant, je me retrou­vais à rêver de savoir faire du piano à un si haut niveau, en me dis­ant que si je pou­vais, j’aurais voulu com­pos­er la musique que Lam­bert com­pose aujourd’hui.” Le résul­tat s’appelle Exo­dus, un album sor­ti hier sur Kryp­tox, un tout nou­veau label néo‐classique/kraut/jazz (oui, tout ça) fondé par Math­ias Mod­i­ca, alias Munk, déjà der­rière les maisons Gom­ma ou Toy Ton­ics. Une réus­site.

Ce court disque (sept titres, dont une intro et une out­ro) s’éloigne avec beau­coup de classe du cliché “on prend un piano, et on met des beats der­rière”, trop large­ment con­vo­qué ces derniers temps. La preuve avec “Morsches Holz” et son côté Avishai Cohen Trio, lorgnant donc vers le jazz et par­fois la dis­so­nance, aux tex­tures organiques hyper tra­vail­lées. Ou alors “Edel­weiss”, catchy et rap­pelant des sonorités asi­a­tiques dans ses cordes — la par­tie élec­tron­ique a été com­posée au Japon après tout. Avec un fil con­duc­teur tout au long de l’album, par­ti­c­ulière­ment prenant au casque : un genre de bruit blanc, un souf­fle, comme un tis­su qui en frôlerait un autre dans le silence d’une salle de ciné­ma — sen­suel et organique, tou­jours. Si l’ambiance se fait un peu plus mielleuse sur “Grande”, on leur par­donne… Car Stim­ming et Lam­bert ont réus­si là où beau­coup d’autres se sont cassé le nez : Exo­dus se pose à l’équilibre par­fait entre clas­sique et élec­tron­ique, comme une bal­ler­ine sur ses pointes, féerique mais pré­cise.

 

Si vous êtes plutôt Spo­ti­fy : 

Aucune date française n’a pour l’instant été annon­cée, mais Stim­ming x Lam­bert enta­ment dès ce soir une petite tournée européenne — ils passeront par exem­ple au Sug­ar Club à Dublin le 14 mars, ou à la Kan­tine am Berghain (la scène adja­cente au célèbre Berghain, plutôt axée sur les lives et les per­for­mances) le 21.

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