Pendant un concert des iNOUïs l'année dernière. Crédit : Christophe Crenel

Rencontre avec le gouvernement : des “annonces encourageantes” pour la filière musicale

Suite à la ren­con­tre entre le Pre­mier min­istre, la Min­istre de la Cul­ture et les représen­tants du spec­ta­cle vivant jeu­di et ven­dre­di derniers, les détails du plan de relance en faveur de la musique ont été communiqués. 

Alors que le Pre­mier min­istre Jean Cas­tex annonçait mer­cre­di dernier un bud­get de deux mil­liards d’eu­ros dédié à la Cul­ture, les indépen­dants réagis­saient dans l’im­mé­di­at, dénonçant une somme trop mod­este pour sec­ourir un secteur aus­si essen­tiel que celui de la Cul­ture, forte­ment impacté par la crise san­i­taire. Une ren­con­tre était organ­isée jeu­di et ven­dre­di pour définir les ter­mes exacts de ce plan de relance.

 

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Il a ain­si été annon­cé que 210 mil­lions d’eu­ros seront dédiés à la musique, et con­fiés au CNM (Cen­tre Nation­al de la Musique). À cela s’a­joute un fond pour l’aide à l’emploi de 5 mil­lions d’eu­ros, et un mécan­isme de com­pen­sa­tion de 100 mil­lions d’eu­ros, visant à soutenir les exploitants de salle de spec­ta­cle dont les prof­its souf­frent des jauges de spec­ta­teurs lim­itées. Les crédits d’im­pôt musi­caux sont pro­longés jusque fin 2024, un dis­posi­tif de sou­tien des­tiné à favoris­er l’in­vestisse­ment dans la jeune créa­tion. Dans un com­mu­niqué, le SMA (Syn­di­cat des Musiques Actuelles) salue « un sig­nal fort pour la recon­nais­sance du secteur avec des annonces encour­ageantes, à suiv­re dans leur mise en œuvre effec­tive ».

La fil­ière musi­cale fait cepen­dant tou­jours face à des incer­ti­tudes, notam­ment pour les con­certs, qui ne devraient pas revoir le jour de sitôt. « Compte tenu de la sit­u­a­tion san­i­taire, nous n’avons à ce jour hélas tou­jours aucune per­spec­tive quant à une pos­si­ble reprise des “con­certs debout”. Mal­gré notre volon­té de con­tin­uer à pro­pos­er des con­certs, il y a fort à crain­dre néan­moins que cer­taines esthé­tiques en souf­frent : incom­pat­i­bles avec des con­fig­u­ra­tions assis­es. », a fait savoir le SMA. La let­tre ouverte « Con­certs debout touchés en plein cœur » , signée par plus de 25 000 per­son­nes et adressée au gou­verne­ment le 23 juil­let, était restée sans réponse et, si les événe­ments assis espèrent repren­dre défini­tive­ment leur activ­ité d’i­ci octo­bre, le flou per­siste pour les événe­ments debout.

Le com­mu­niqué du SMA est à retrou­ver ici, et le détail des mesures gou­verne­men­tales, ici.

 

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Des négociations ciblées pour la musique électronique

Le Rex Club, vide

Par­mi les représen­tants reçus au Min­istère de la Cul­ture, fig­u­rait le comité de fil­ière des musiques élec­tron­iques, ani­mé par Technopol et for­mé par plus de 200 entités et artistes regroupés sous le nom de « Sphère Élec­tron­ique ». Le comité a pro­posé une série de mesures ciblées pour les musiques élec­tron­iques, décidé à défendre les « nom­breuses spé­ci­ficités qui en font un écosys­tème unique », comme l’indique le com­mu­niqué rédigé à l’is­sue de la rencontre.

Ces spé­ci­ficités, ce sont par exem­ple les clubs élec­tron­iques, qui con­stituent un élé­ment essen­tiel dans la pra­tique et la dif­fu­sion des musiques élec­tron­iques, et qui se dif­féren­cient des boîtes de nuit clas­siques : « Les clubs élec­tros sont des étab­lisse­ments qui pro­duisent des plateaux artis­tiques, qui déti­en­nent une licence d’entrepreneur de spec­ta­cle, qui paient la taxe parafis­cale CNV / CNM et qui ont une TVA à 5,5% sur leur bil­let­terie du fait de la licence. »  La musique élec­tron­ique souf­fre donc par­ti­c­ulière­ment de la fer­me­ture de ces étab­lisse­ments. C’est pourquoi la mise en œuvre de « zones tem­po­raires de la fête » a été pro­posée, rap­pelant que, si l’été a per­mis les évène­ments en plein air, des alter­na­tives devaient être trou­vées pour l’automne et l’hiver.

 

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À l’issue de ces dis­cus­sions, la Sphère Élec­tron­ique espère obtenir une place plus impor­tante dans le plan de relance, avec des fonds spé­ciale­ment dédiés et la pos­si­bil­ité pour ses artistes de béné­fici­er de l’enveloppe de sept mil­lions d’euros déblo­quée, ce qui n’est pas le cas pour le moment. Un réseau nation­al rassem­blant tous les acteurs de la sphère (lieux, pro­duc­teurs, fes­ti­vals…) devrait aus­si être créé.

En résumé, c’est encore beau­coup de con­di­tion­nel et peu de con­cret. Toutes ces propo­si­tions et leurs appli­ca­tions restent à négoci­er, néan­moins les musiques élec­tron­iques seront représen­tées lors des États Généraux des Fes­ti­vals début octo­bre, organ­isés par Rose­lyne Bach­e­lot pour apporter une aide d’ur­gence au secteur, et repenser ses modal­ités. Pour la Sphère Élec­tron­ique, cette oppor­tu­nité représente « une avancée his­torique pour notre cul­ture, nous allons enfin avoir notre place dans les débats car la musique élec­tron­ique représente une part très impor­tante du spec­ta­cle vivant en France. ».

C’est donc un bilan glob­ale­ment posi­tif pour les dis­cus­sions au Min­istère de la Cul­ture, qui mon­tre que l’É­tat sem­ble avoir pris mesure du sin­istre que subit le milieu de la cul­ture. Reste à voir si les promess­es seront tenues.

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