© David Boschet

Report : Panoramas, un quart de siècle de techno et de fête à Morlaix

Pour ses 25 ans, Panora­mas retrou­ve son pub­lic et son for­mat habituel et célèbre une nou­velle généra­tion tech­no affranchie… et qui tape fort pour ce qui restera sans doute une de les meilleures éditions.

© David Boschet

Same­di 16 avril, 16h. C’est une belle journée de print­emps sur Mor­laix. Boris Brech­ja, l’Alle­mand, star de la tech­no et chou­chou du pub­lic du fes­ti­val, est à peine arrivé que les équipes de Panora­mas ont une belle sur­prise pour lui. Le mur du com­plexe sportif Arthur-Aurégan est recou­vert d’un graf­fi­ti géant à son effigie. Juste en face, le lycée Tristan-Corbière, sur les bancs duquel sont passés les fon­da­teurs du fes­ti­val. Brech­ja a du mal à retenir son émo­tion devant la taille impres­sion­nante de l’œu­vre d’art inau­gurée, comme il se doit, par un dis­cours de Mon­sieur Le Maire. Tout un sym­bole pour Panora­mas qui, comme beau­coup de grands rassem­ble­ments tech­no, a par­fois eu du mal à faire accepter son pro­jet aux autorités ou à la population.

Remon­tons le film. À peine majeurs en 1997, une poignée de copains lan­cent Panora­mas, pour faire venir dans leur coin de Bre­tagne les artistes de la scène élec­tron­ique qu’ils adorent. Un quart de siè­cle plus tard, l’événe­ment accueille près de 25 000 spec­ta­teurs et la bande de copains a fondé Wart, un pro­duc­teur de spec­ta­cles qui s’oc­cupe des tournées d’artistes aus­si divers qu’at­tachants : Jeanne Added, Irène Drésel, Mans­field TYA, Arnaud Rebo­ti­ni, Mad­ben ou Salut C’est Cool qui ont ouvert cette année la soirée du samedi.

 

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Après une édi­tion annulée en 2020 et une très réduite en sep­tem­bre dernier, le fes­ti­val mor­laisien a retrou­vé toute sa superbe. Avec ses belles nuits au parc des expo­si­tions de Lan­golvas et ses (très) jeunes fes­ti­va­liers déam­bu­lant dans les rues, sou­vent déguisés ou maquil­lés. Les habi­tants de cette ville tran­quille du Fin­istère, avec son impres­sion­nant via­duc et son char­mant port de plai­sance, n’é­taient plus tout à fait habitués à ça !

Vladimir Cauchemar © David Boschet

À Lan­golvas les stars comme Nina Krav­iz, Ann Clue, Popof, Vladimir Cauchemar ont su fédér­er le pub­lic avec leur savoir-faire et leur générosité. Sans oubli­er NTO et Vital­ic dont les scéno­gra­phies étaient sans doute deux des plus belles du fes­ti­val. Mais la sin­gu­lar­ité de Panora­mas tient aus­si beau­coup au flair assez infail­li­ble de son directeur artis­tique, Joran Le Corre, qui sait repér­er les pro­jets qui vont par­ler à une jeunesse en manque de teuf après deux ans de pandémie. À Panos on vient tôt le soir pour voir les lives du rappeur Oboy ou d’Ascen­dant Vierge et on con­naît les paroles par cœur… On reste aus­si tard dans la nuit pour tout don­ner sur les sets puis­sants de la révéla­tion u.r. trax ou des rési­dents de Pos­ses­sion, Par­fait ou Trym pour qui la trance n’est plus une no-gone zone et dont le pitch des platines sem­blait inca­pable de descen­dre en-dessous de 140 BPM !

Entre deux soirées de retour de la bam­boche sans masque et sans passe vac­ci­nal, les campeurs du fes­ti­val ont pu con­tin­uer la fête tout l’après-midi de same­di grâce au set foutraque et joyeux du col­lec­tif La Darude qui s’est don­né pour mis­sion de réha­biliter la trance et l’eu­ro­dance. Ambiance garantie et bain de boue entre les tentes Quechua !

Il nous faut par­ler aus­si d’Acid Arab qui a joué dans un Club Sésame tout cosy, réamé­nagé pour les fes­ti­va­liers en quête d’une expéri­ence plus proche du club­bing que de la grand-messe tech­no. Déjà parce qu’on a n’a pas man­qué une miette de leur réjouis­sant set de 3h et aus­si parce qu’ils avaient carte blanche cette année. Et qu’ils en ont prof­ité pour inviter l’ex­cel­lent duo pales­tinien Zeno­bia ou la DJ Deena Abdel­wa­hed, qui a su séduire des curieux qui n’é­taient pas tou­jours venus pour elles. Men­tion spé­ciale enfin à la chan­son techno-punk impres­sion­nante du duo orléanais Gargän­tua dont le live, a gag­né en épais­seur et en inten­sité en quelques mois à peine, leur ouvrant la voie pour un suc­cès qu’on prédit éclatant.

Cette année, il y avait aus­si un fes­ti­va­lier pas comme les autres : dès le ven­dre­di soir, on pou­vait crois­er sur les dance­floors l’hu­moriste Aymer­ic Lom­pret, con­nu pour ses chroniques sur France Inter, le fes­ti­val l’ayant invité à jouer le dimanche-même au Théâtre du Pays de Mor­laix. Véri­fi­ca­tion faite : rire c’est plus effi­cace que l’aspirine con­tre la gueule de bois surtout que Lom­pret, après deux jours passés à s’im­prégn­er de l’at­mo­sphère de Panora­mas, a su avec mal­ice agré­menter son spec­ta­cle “Tant pis” de nom­breuses allu­sions au fes­ti­val. Dont une impayable imi­ta­tion de Joran le Corre !

Panos, c’est aus­si un tournoi de street golf, un ate­lier zéro déchets avec l’as­so­ci­a­tion en Vrac à l’Ouest, une sen­si­bil­i­sa­tion à la préser­va­tion de nos océans avec Sea Shep­herd, un brunch coréen au Café Le Tem­po, le Pano Rap Con­test qui a récom­pen­sé trois jeunes rappeurs bre­tons (Lowdy Williams, Gak et Flimzy Flav), et une folle soirée de clô­ture au SEW qui a ouvert ses portes en 2021 après des années de travaux. Le SEW, soit la nou­velle aven­ture de l’équipe de Wart et de Panora­mas : un pôle cul­turel qui allie ciné­ma, théâtre, danse et musiques actuelles dans une friche indus­trielle qui n’est autre que l’an­ci­enne Man­u­fac­ture de Tabacs de Mor­laix, un des plus gros employeurs his­toriques de la ville. Irène Drésel, Yuk­sek, Man­dana (rési­dente au FUSE), Lulu Van Trapp, Cheap House ont don­né bien du plaisir aux derniers sur­vivants du festival.

Mais un des plus moments de la soirée, et même du fes­ti­val, c’é­tait le con­cert de la nou­velle sen­sa­tion de la chan­son élec­tron­ique :  Zaho de Sagazan. Elle nous a impres­sion­nés tant par son tim­bre velouté, que par ses textes ou l’in­tel­li­gence de son pro­pos au micro de la Tsu­gi Radio dimanche. C’est sûr, on va enten­dre par­ler d’elle !

Une fois encore, Panora­mas a prou­vé la place à part qu’il occupe dans le paysage des fes­ti­vals en France et il sem­ble que Mor­laix soit prête à ren­dre à cette for­mi­da­ble équipe tout ce qu’elle lui donne depuis 25 ans.

 

 

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