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Idles (Photo : Zelie Noreda)
27 août 2018

Rock en Seine 2018 : nostalgie d’une fin d’été

par Corentin Fraisse

Un doux parfum de nostalgie régnait sur le Domaine de Saint-Cloud pour le dernier grand festival parisien de l’été. 90 000 festivaliers (selon les autorités) avaient décidé de jouer les prolongations en cette seizième édition de Rock en Seine, chaussant lunettes de soleil, porte-gobelets et chemises ouvertes pour la dernière fois de la saison. Prêts à s’agglutiner devant les six scènes du festival pour jeter leurs ultimes forces dans la bataille, juste avant la rentrée.

Il faut dire que bon nombre d’artistes ont su donner à leurs gloires passées un revival flamboyant. Talib Kweli et Yasiin Bey (aka Mos Def) fêtent avec classe le vingtième anniversaire de Black Star en invitant l’Hypnotic Brass Ensemble sur la scène Cascade, ajoutant à leur rap East Coast la soul, la rondeur d’une basse et la douceur des cuivres. Le souvenir de Chester Bennington plane au-dessus du concert de Mike Shinoda -de Linkin Park-, qui offre un hip-hop électrique tout droit sorti des 90’s et une reprise de « In The End » forcément pleine d’émotion. Et neuf ans après la séparation d’Oasis ici à Rock en Seine (à la suite d’une énième bagarre), Liam Gallagher enterre la hache de guerre en consacrant une large partie de son concert aux hymnes du duo magique formé avec Noel, jusqu’à lui dédicacer -comme un symbole- « Champagne Supernova »… Les fans frustrés de 2009 ont eu droit à une session de rattrapage.

Black Star (Photo : Olivier Hoffschir)

Une Charlotte Gainsbourg toute en jean et en fragilité termine sur un « Lemon Incest » gavé de basses électriques et de synthés acides, et c’est toute émue qu’elle s’étale en remerciements avant d’achever son dernier concert de l’année. Et elle n’est pas la seule tête d’affiche du week-end dans ce cas : Justice, Macklemore ou notamment PNL retournent la Grande Scène avant de tirer leur révérence à 2018. On a d’ailleurs la sensation d’avoir subitement vieilli de cinquante ans quand les deux frères de Corbeil-Essonnes débarquent, après un retard syndical d’une vingtaine de minutes, alors qu’une armée de smartphones et 20 000 voix s’élèvent pour reprendre les refrains marmonnés et vocodés de « Da », « Le monde ou rien » et « Naha »… Il a fallu noyer ce chagrin dans 260 grammes de bonbons -payés 10€- avant de retrouver la pop bubblegum de Yelle sur la scène du Bosquet : une combi rose-paillettes, des chansons faussement naïves teintées d’électro acidulée et une énergie dévastatrice pour que, dans une foule intensément variée, se remettent à remuer les chevelures péroxydées.

(Photo : Zelie Noreda)

Difficile de retenir du live de Thirty Seconds To Mars autre chose que les riffs vénéneux de Waxx, guitariste et Youtubeur parisien invité pour l’occasion par Jared Leto. On gravera plutôt dans nos mémoires l’élégance de Tamino et sa troublante ressemblance avec un certain Jeff Buckley, la soul langoureuse de Haute qui n’aurait rien à envier à Jorja Smith, mais aussi la folie de Die Antwoord avec leur barils enflammés, leurs danses macabres survoltées, leurs efforts pour impliquer le public et lui faire scander « Oui-Oui mon ami, oui-oui« . D’ailleurs, on peut d’emblée arrêter de qualifier de « Rap-en-Seine » cette seizième édition. Malgré des lives remarqués de Black Star, Post Malone, Macklemore, Josman ou PLK, le rap n’a pas encore tout à fait supplanté le rock dans les coeurs des festivaliers. En témoignent la force bourrine d’Idles, le rock rétro et boogie-woogie des 8 membres de Fat White Family, la voix surpuissante et le regard perçant d’Ellie Roswell (sous un make-up charbonneux) pendant le concert énervé de Wolf Alice, l’énergie impétueuse et communicative de Mashrou’Leila ou encore la puissance grasse de King Gizzard & The Lizard Wizard, leurs cris stridents et leurs riffs sataniques à la limite de la dissonance, soutenus par deux batteries en miroir -pour toujours plus de lourdeur- qui ont provoqué quelques jolis pogos.

King Gizzard & The Lizard Wizard (Photo : Olivier Hoffschir)

Avant le concert de clôture par Justice, une réplique de la Coupe du Monde circule dans les rangs, un clapping est lancé et la Marseillaise résonne aussi fort qu’un soir de 15 juillet… Alors on est forcément nostalgique de cet été insouciant qui file doucement entre nos doigts, avant la dernière violence cathartique fournie par Gaspard et Xavier pour leur dernier show de l’année, porté par une installation gargantuesque : lumières stroboscopiques, transitions qui font monter la pression et quelques 36 amplis sur scène. Une dernière overdose de cheddar dans un « grilled cheese à la française », un thé à la menthe pour faire glisser, une ultime attaque de guêpe, avant de quitter Rock en Seine. Il n’est pas encore minuit mais c’est épuisé qu’il faut rentrer dans ses pénates : les vacances, c’est (déjà?) fini.

Pire moment : la prestation de Nick Murphy, qu’on prend d’abord pour un flegme habité… Mais l’ex-Chet Faker ne partage finalement rien avec son public, trop pris par ses envolées lyriques inadaptées à un live de festival, avant un au-revoir éclair « On a joué trop longtemps, bye » qui laisse l’assistance dans l’incompréhension.

Meilleur moment : Le sourire gêné de Patrick Heterington, qui ne s’attendait pas à recevoir un tel accueil. Funk chaloupé, harmonies à quatre voix, basses acides et cols roulés… Inépuisable, Parcels déploie une énergie folle pour gagner les coeurs et les corps des festivaliers, avec un concert ultra-efficace tout en humilité… N’golo Kanté style.

Parcels (Photo : Olivier Hoffschir)

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