crédit : Dan Medhurst

Inter[re]view : le nouvel album de Romare ne ressemble pas à celui d’un mec rangé

Change­ment de ter­rain pour Romare. Après de longues années passées en tournée, l’Anglais a décidé de se pos­er en famille dans la cam­pagne lon­doni­enne. Son dernier album Home ne ressem­ble pour­tant pas à celui d’un mec rangé, mais plutôt à un pro­duc­teur en pleine tran­si­tion qui tente d’ex­plor­er de nou­velles pistes.

Romare

crédit : Dan Med­hurst

Archie Fairhurst (Romare) a passé une bonne par­tie de sa jeune exis­tence à voy­ager, tout d’abord avec ses par­ents et d’inces­sants démé­nage­ments, puis lors de ses tournées à tra­vers le monde. Il a effec­tué plus de 150 con­certs au cours des deux dernières années seule­ment. Il était donc temps pour lui de se pos­er : « Beau­coup de voy­ages ont influ­encé le son de cet album, mais Home cor­re­spond surtout au fait de s’in­staller et de fonder une famille ». Home, la mai­son, dif­fi­cile de faire plus démon­stratif. Spir­ituelle­ment plus posé ? « Je peux me con­cen­tr­er davan­tage à la cam­pagne. Comme me réveiller avec une mélodie dans la tête le matin et ensuite la sif­fler au stu­dio sans dis­trac­tion ».

les sonorités de l’al­bum vien­nent d’un mélange entre tournées et retour à la mai­son dans la paix et la tran­quil­lité. Ces deux mon­des ont inspiré l’al­bum.”

Mais ces “aven­tures” domes­tiques, ne doivent pas faire oubli­er que Romare est un aven­turi­er. Il y a eu tout d’abord les rythmes et ambiances africaines sur son EP Med­i­ta­tions on Afro­cen­trism (2012), puis l’Amérique mul­ti­cul­turelle, son blues et son jazz sur Pro­jec­tions (album réal­isé en 2015 en hom­mage à une expo­si­tion de l’artiste Romare Baer­den, d’où il tire son nom). Un an plus tard avec Love Songs Part Two, il se met à la musique irlandaise, à l’en­reg­istrement live, aux syn­thé­tiseurs mono­phoniques, à la flûte à bec de sa grand-mère ain­si qu’à la man­do­line de son père. Arrive donc Home, qua­tre ans plus tard. Comme s’il lui avait fal­lu ce laps de temps pour réfléchir à un pro­jet tran­si­toire, entre vie d’a­vant et vie d’après : « les sonorités de l’al­bum vien­nent d’un mélange entre tournées et retour à la mai­son dans la paix et la tran­quil­lité. Ces deux mon­des ont inspiré l’al­bum ». Sons élec­tron­iques déton­nants sur un dance­floor blindé de club­bers, mêlés au sif­flet éter­nel d’un oiseau, entouré de bruisse­ments de feuilles dans une forêt silen­cieuse : à pri­ori, une étrange com­bi­nai­son, mais surtout la démon­stra­tion que la musique de Romare est instinc­tive, mais pas encore assez pour son auteur : « j’aimerais devenir plus naturel dans mes pro­duc­tions et un peu moins prévis­i­ble. J’aime le côté trip­pant de la musique en ce moment, l’in­cer­ti­tude et la folie qu’elle pos­sède par­fois ». Une imprévis­i­bil­ité con­fir­mée à l’é­coute des neuf tracks, où instru­ments chinés durant ses voy­ages, field record­ing et machines pous­siéreuses s’en­tremê­lent (peut-être trop) pour livr­er un album d’ex­plo­rateur aguer­ri.

 “j’ai enreg­istré le tabla sur « Gone », tout comme l’ac­cordéon de ma mère et la gui­tare 12 cordes de mon père sur « Home »”.

Romare

Crédit : Dan Med­hurst

Cet atti­rail de machines rem­plit le stu­dio de Romare. Le Syn­thé­tiseur Casio CZ-1000 et ses notes envoû­tantes font qu’on imag­in­erait presque « Dreams » com­posé au stu­dio parisien Motor­bass. Puis il y a le mod­u­laire MFB 522 sur « Sun­shine », un syn­thé analogique Roland TB-03 pour les lignes de basse de « High », une boîte à rythme Drum­Brute pour le kick de « The Riv­er », et une pédale de cho­rus sur « le vieux casio de mon frère » dans « Heav­en ». Ce sont les nou­veaux instru­ments sor­tis de son plac­ard mag­ique pour la com­po­si­tion de Home. « J’ai aus­si enreg­istré mon kit de bat­terie entière­ment con­fig­uré sur « Deliv­er­ance » et échan­til­lon­né une cas­sette dans un mag­a­sin d’oc­ca­sion sur “You See” ». Romare agré­mente égale­ment ses pro­duc­tions analogiques et mod­u­laires d’in­stru­ments à vents, à cordes et de per­cus­sions : « j’ai enreg­istré le tabla sur « Gone », tout comme l’ac­cordéon de ma mère et la gui­tare 12 cordes de mon père sur “Home”». Un morceau qui a pris forme après avoir été joué dans une ver­sion live à Print­works à Lon­dres fin 2018 : « À l’o­rig­ine, la chan­son a com­mencé comme un sif­flet ou un bour­don­nement, puis dif­férentes lignes d’har­monie et lignes de basse ont été ajoutées ». Ce dernier titre éponyme clô­ture l’al­bum sur une bal­lade cam­pag­narde, après huit tracks retraçant son édu­ca­tion musi­cale con­stru­ite lors de ses voy­ages et représen­tée par cette mul­ti­tude d’in­stru­ments. Home est con­stru­it selon une nar­ra­tion pré­cise, appuyée par la longueur de cer­tains titres tels « Heav­en » (10.04) ou « The Riv­er » (7.52) : « Il y a aus­si un sens du voy­age que vous pou­vez explor­er avec des com­po­si­tions plus longues », ajoute-t-il.

Si l’on imag­ine que cela fait beau­coup d’in­stru­ments sur un album, Romare sem­ble vouloir aller plus loin pour ses prochaines sor­ties : « j’ai dû enlever beau­coup de matériel lorsque j’ai ter­miné cet album, ce qui m’a fait réalis­er que je ne voulais plus laiss­er autant de temps entre les sor­ties. J’aimerais aus­si avoir quelques instru­ments sup­plé­men­taires et com­mencer à utilis­er davan­tage de field record­ing pour mes futurs titres ». La cam­pagne est en tout cas un endroit idéal.

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