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© Mathieu Foucher
4 mai 2023

« Save the planet, you dumb shit » : à Bourges, le rock s’est refait une jeunesse

par Antoine Gailhanou

Des propositions punk plus qu’underground et en anglais : la soirée du 21 avril dans le 22 d’Auron du Printemps de Bourges sonnait presque comme une anomalie. Mais en misant sur l’émergence, le festival a mis en lumière des artistes étonnants – et à découvrir en live.

La soirée était intense. Alors que le public se rassemblait devant Jeanne Added et Flavien Berger d’un côté, ou bien Disiz et La Femme de l’autre, certains ont poussé la curiosité vers cette scène du 22 d’Auron où la plupart des sept noms étaient inconnus. C’est que tous et toutes incarnent une voie de renouveau pour un rock en pleine réinvention. Sans concession, et pourtant ravageur.

 

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Les débuts se faisaient avec les Bruxellois d’Ada Oda, et leur irrésistible mélange de post-punk et de pop italienne, suivis de la formation féminine Lambrini Girls et leur noise couplant revendications féministes et autodérision. Bref, l’état d’esprit était déjà bien installé au moment où les Québécois de Choses Sauvages ont pris pied sur la scène. Les six Montréalais ont déroulé leur étonnante proposition de punk-funk en français, jouant parfaitement du contraste entre leur chanteur, bête sauvage torse nu, et des musiciens lui offrant un socle tantôt disco, tantôt rock intense furieux… qui sait surtout laisser le temps à ses morceaux de se déployer pour transporter le public.

 

 

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Mais la meilleure surprise de la soirée reste indéniablement Joe & The Shitboys. Le projet est déjà improbable sur le papier : un punk hardcore à la décontraction toute californienne, pourtant venu des îles Féroé -avec ses 52 000 habitants- jusqu’à Bourges. Le tout avec des morceaux ne dépassant jamais la barre des deux minutes, et aux titres savoureux comme « Life Is Great, You Suck« , « Save The Planet (You Dumb Shit) » ou « Drugs R’4 Kids« . Sur scène, tout cela se combine pour donner à la fois un sourire jusqu’aux oreilles et l’envie de tout casser. Entre blagues potaches et revendications LGBT, le frontman au charisme débonnaire est parvenu à faire ce qu’il voulait de la salle. On a même vu un vrai pogo et des walls of death à Bourges ! Les membres de Lambrini Girls et Enola Gay venaient même se joindre à la fête le temps de quelques titres. Un pur régal.

 

Bourges

© Mathieu Foucher – Joe & The Shitboys

 

Peut-être est-ce cette légèreté qui a manqué à Deadletter, sextet londonien qui offre une sorte de condensé de la scène post-punk actuelle. Sans doute à cause d’une scène désormais quasi-saturée -et donc compétitive- le groupe se retrouve à sur-jouer les attitudes et l’intensité. On pourrait y voir une manière de compenser leur style un peu trop identifié ? Ce serait sévère : certes, les références habituelles du post-punk se font un peu trop ressentir, mais le tout est servi avec énergie et talent.

 

© Jean-Adrien Morandeau – Enola Gay

 

Un peu plus tard, les Irlandais d’Enola Gay peinent à remplir la salle, malgré leur sympathique proposition de fusion, évoquant un Rage Against The Machine plus industriel et sombre. C’est que le public se masse déjà sur la scène d’à côté pour voir le clou de la soirée : The Psychotic Monks. Les quatre parisiens faisaient figure de vétérans au milieu de ces jeunes formations. Et ils ont parfaitement assumé leur rôle de tête d’affiche. Jamais dans la facilité, le groupe ne relâche en aucun cas la tension. Chaque morceau ondule entre des moments de fureur et des moments de calme suspendus, portés par quelques interventions à la trompette.

 

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Dans leurs tenues où le genre est aboli, les musiciens semblent être transcendés par l’énergie propre de chaque titre, toute en précision. Si l’album est intense, le live est carrément un rouleau compresseur. Le tout s’est conclu sur une courte apostrophe à la Ministre de la culture Rima Abdul Malak, présente dans la salle. Ce qui rappelle que tant qu’il véhicule une rage d’être laissé pour compte, le rock, à Bourges comme ailleurs, ne perd rien de sa pertinence.

 

© Jean-Adrien Morandeau – The Psychotic Monks

 

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