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© Lauren Maccabee
5 septembre 2022

đŸŽ€ Second album, les fans, Bryan Ferry… Entrevue avec Sports Team

par Juliette Soudarin

Le 23 septembre prochain, les trublion·nes du rock britannique festif de Sports Team sortent leur second album GULP ! En 2020, ils avaient dĂ©jĂ  secouĂ© la scĂšne d’outre-Manche avec Deep Down Happy. Un premier opus tintĂ© de sonoritĂ©s garage amĂ©ricaines, qui leur avait valu d’ĂȘtre nommĂ© au prestigieux Mercury Price. Rencontre avec Alex Rice, chanteur de cette formation un peu Ă  part dans le paysage musical UK.

 

Petits Ă©lĂ©ments de contexte pour nos lecteur·trices qui ne vous connaĂźtraient pas, comment vous ĂȘtes-vous rencontrĂ©s ?

On s’est tous rencontrĂ©s Ă  l’universitĂ© de Cambridge. Quand les autres Ă©tudiant·es sortaient en boĂźte ou dans les bars, on Ă©tait toujours terrĂ©s, on s’asseyait pour Ă©couter des disques. TrĂšs vite, on a rĂ©alisĂ© qu’on Ă©tait le genre de gamins Ă  avoir une guitare accrochĂ©e au mur. Tout le monde en connaĂźt. On a commencĂ© Ă  jouer dans des bars pour le plaisir. On disait que c’Ă©tait une fĂȘte afin que ça ne soit pas trĂšs cher et que les gens puissent venir. Puis on a dĂ©mĂ©nagĂ© Ă  Londres, on avait des emplois normaux. On s’est lancĂ©s trĂšs lentement. Et puis, on a rencontrĂ© un manager/avocat dans un endroit appelĂ© The Old Blue Last. De lĂ , on a commencĂ© Ă  composer plus de chansons. En fait c’est comme si on Ă©tait tombĂ© dedans, sans jamais en avoir pris la dĂ©cision. Soudainement, on Ă©tait un groupe Ă  plein temps. Je pense qu’on a rĂ©alisĂ© que ça devenait sĂ©rieux quand on faisait des concerts de plus en plus gros. Parce que tu peux participer Ă  une Ă©mission de radio, avoir un article dans la presse, ce n’est jamais aussi tangible que quand tu vois des gens devant toi.

Votre premier album Deep Down Happy est sorti en juin 2020. Je ne sais pas comment c’Ă©tait au Royaume-Uni mais pour nous, en France, il n’y avait pas vraiment de concerts ou de festivals. Comment l’avez-vous dĂ©fendu ?

Comme c’Ă©tait notre premier album et que nous Ă©tions un nouveau groupe, nous n’avions pas d’autre choix que de le sortir. C’Ă©tait prĂȘt. Et on ne s’attendait pas vraiment Ă  ce qu’il ait autant d’Ă©cho. Je sais qu’il n’a pas une grande notoriĂ©tĂ© en France, mais au Royaume-Uni, Deep Down Happy a changĂ© nos vies du jour au lendemain. On a Ă©tĂ© numĂ©ro 2 dans les charts, on a Ă©tĂ© nommĂ©s au Mercury Price. On a alors vraiment dĂ©testĂ© le fait de ne pas pouvoir donner de concert. C’Ă©tait le pire moment. On ne faisait que repousser les dates. On a fini de jouer les dates prĂ©vues pendant le COVID qu’en dĂ©cembre dernier. C’Ă©tait trĂšs bizarre, mais comme nous vivions tous ensemble c’Ă©tait surement un peu plus facile pour nous que pour les autres. On avait cette maison qui correspondait aux clichĂ©s rock’n’roll sombres qu’on peut imaginer. On fĂȘtait la sortie de Deep Down Happy en buvant une biĂšre, sur un banc dans un parc. C’est tout ce qu’on pouvait faire Ă  l’Ă©poque. Sortir ce second opus Gulp !, c’est comme si c’Ă©tait notre premiĂšre fois. C’est la premiĂšre fois qu’on a pu faire des concerts chez des disquaires, rencontrer des gens, en parler lors des festivals.

Comment avez-vous vécu ces derniÚres années en tant que groupe ?

Pas vraiment bien. Je pense qu’on a fait partie des plus chanceux. On a eu la chance d’avoir le soutien d’une grande maison de disque. Il y a la crise du coĂ»t de la vie aussi, ce qui est vraiment triste. On remarque que le public vieillit un peu. Les kids ne peuvent plus se payer des billets. La pandĂ©mie a encore des rĂ©percussions sur la façon dont la musique fonctionne. Mais tu peux aussi ajouter le Brexit Ă  la soupe. Ça a soudainement rendu les tournĂ©es en Europe beaucoup, beaucoup plus difficiles. C’est une vĂ©ritable tempĂȘte pour les groupes britanniques. Mais on est encouragĂ© par le fait que la musique semble toujours dĂ©sirĂ©e, on n’a pas l’impression que la demande ait disparu. Il y a une sorte de grande poussĂ©e vers l’individu en ce moment et je pense que les gens ont malgrĂ© tout toujours ce besoin de transcendance. Quelque chose qui nous sort de notre vie quotidienne, nous donne ce sentiment de communautĂ©. Et je pense que la musique live joue ce rĂŽle. Nos concerts ont toujours voulu ĂȘtre une sorte de moment cathartique pour les gens pendant une heure et demie.

Et j’ai lu que ça a Ă©tĂ© compliquĂ© pour vous, de trouver votre place dans le renouveau de cette scĂšne rock britannique. Pensez-vous l’avoir trouvĂ©e aujourd’hui ?

Oui, c’est vrai. Je pense que le climat dans lequel nous sortons notre disque est vraiment diffĂ©rent de ce qu’il Ă©tait quand nous avons sorti le premier. Beaucoup de gens faisaient cette musique post-punk inspirĂ©e de l’automne. Mais pour moi, quand je rencontrais ces gens, j’avais l’impression qu’ils Ă©taient des poseurs, qu’ils jouaient la comĂ©die. DĂšs que tu les rencontres en dehors de la scĂšne, ils sont souriants, et prennent une biĂšre avec tout le monde. Je me demandais : « pourquoi faites-vous cette sorte de personnage boudeur quand vous ĂȘtes sur scĂšne ? ».  Maintenant quand tu regardes des groupes au Royaume-Uni, comme Wet Leg – qui a fait notre premiĂšre partie Ă  Brixton en dĂ©cembre – , le groupe Irlandais The Dinner Party ou Courting, on a l’impression de faire partie du bon mouvement. Je pense qu’une grande partie de ce que nous essayons de faire, c’est de parler de sujets vraiment sombres mais de façon Ă  ce qu’Ă  la sortie du concert on se sent mieux dans sa peau. On est entourĂ© de groupes qui font quelque chose qui semble joyeux, grand et grandiose, ils ont l’air heureux d’ĂȘtre sur scĂšne et d’ĂȘtre dans un groupe ensemble. Et je pense que ça a manquĂ© Ă  la musique pendant un certain temps.

Comment avez-vous abordé ce second album ? Aviez-vous peur de décevoir les gens ? Est-ce que vous aviez beaucoup de pression ?

C’Ă©tait amusant. Mais on avait l’impression d’avoir plus de pression pour celui-ci. Lors de la sortie du premier album, comme on Ă©tait un groupe inconnu, le label, et nous-mĂȘmes Ă©tions plus en mode : « espĂ©rons le meilleur, mais voyons ce qui se passe ». DĂšs que tu as un profil, que tu es Ă©tabli, tu as soudainement rencontrĂ© 20 personnes de plus qui travaillent sur l’album. Je pense qu’il a fallu essayer de garder une vision claire au milieu de tous ces gens rĂ©actifs. Pour nous, ça a toujours Ă©tĂ© la musique live. On a gardĂ© cet objectif sur ce disque, mais je pense qu’il est musicalement plus intĂ©ressant. À prĂ©sent on joue sur des scĂšnes principales, et on ne peut plus jouer du punk rock dĂ©braillĂ©. Ça sonne mal et c’est juste trĂšs vide. Sur Gulp! on a par exemple un morceau avec des trompettes, on utilise Ă©galement plus les claviers, comme un groupe multi-instrumentiste. On essaie juste de faire que notre son sonne de maniĂšre plus complĂšte quand on est sur ces grandes scĂšnes.

Quelles Ă©taient donc vos influences pour cet album ? Apparemment, vous avez une obsession pour Brian Ferry.

Quand on a Ă©crit Gulp! on a Ă©coutĂ© plein de Brian Barry, parce qu’il y a quelque chose chez lui qui nous faisait penser, du moins pour moi, Ă  un monde Ă  part. La façon dont il s’habille et fait cette musique incroyablement glam, ça paraĂźt naturel. Quand tu penses Ă  la « performance », tu ne veux pas voir quelque chose qui a l’air accessible. Tu veux voir quelque chose qui te donne l’impression d’ĂȘtre en dehors de ta vie de tous les jours et ensuite tu te confrontes Ă  celle-ci. Le single « The Drop » (sorti dĂ©but aoĂ»t, NDLR) est trĂšs inspirĂ© par Bryan Ferry. Le sujet est sombre : « Katie est morte en attendant le bon moment pour prendre sa retraite » (paroles ouvrant le morceau, NDLR). Les gens grandissent et ils ne savent jamais vraiment quelle est la bonne chose Ă  faire… et ils attendent et attendent. Avant qu’on ne le sache, tout est parti, on ne profite pas du voyage. C’est une chanson sur ce sentiment. Mais il y a aussi ces sursauts de trompettes qui sont trĂšs lumineux.

 

Y-a-t-il eu d’autres influences ?

En termes de sons de guitare, il y a beaucoup de punk nĂ©o-zĂ©landais et australien qui ressort comme Amyl and the Sniffers. Ce qu’ils font en ce moment est gĂ©nial. Notamment en ce qui concerne la façon dont leurs sons de guitare fonctionnent. Je pense qu’il y a aussi un peu plus de scĂšne pub rock, avec des groupes britanniques comme Eddie & The Hot Rods ou The Dudes.

Tu dis que votre son a un peu changé. Est-ce que par conséquent, quand vous jouez une chanson de votre premier album, cela vous ressemble toujours ?

Le premier album puise dans des expĂ©riences trĂšs spĂ©cifiques de notre enfance. Avec ce second album, on ne pouvait plus prĂ©tendre qu’on avait un quotidien normal. Quand on l’a Ă©crit, on a donc essayĂ© d’exploiter des expĂ©riences humaines plus larges et l’anxiĂ©tĂ©, qu’il s’agisse de grandir ou de vivre ensemble. Ou encore comment se sentir accompli dans ce monde, ou comment faire face Ă  une contrariĂ©tĂ©, quand tu es profondĂ©ment enfoncĂ© dans le sol, que tu creuses et que tu ne fais qu’empirer les choses. On en parle dans le morceau « Dig ». Je pense qu’en tant que groupe, on a toujours eu pour projet de trouver une façon de vivre dans un monde assez difficile. ThĂ©matiquement, cet album est donc assez diffĂ©rent. Mais on aime toujours jouer les morceaux du premier. Je pense que dĂšs qu’on s’en lassera, on arrĂȘtera de le jouer, mais ce n’est pas encore le cas. Pour ĂȘtre honnĂȘte, Ă  cause de la pandĂ©mie, ça ne fait que six mois qu’on le joue beaucoup. C’est dingue de voir la rĂ©action des kids. Les gens postent tout le temps « Here’s the thing », dĂšs qu’il y a un contexte appropriĂ©. Par exemple lorsque que l’équipe fĂ©minine britannique de football a gagnĂ© l’Euro. Le refrain « lies, lies, lies » est beaucoup utilisĂ© pour tout qui se passe en politique.

Comment avez-vous travaillĂ© sur cet album ? L’avez-vous Ă©crit en tournĂ©e ou ĂȘtes-vous directement allĂ©s en studio ?

Notre guitariste Rob commence toujours Ă  Ă©crire les chansons, il rĂ©alise l’ossature puis on travaille dessus. En gĂ©nĂ©ral, il y a beaucoup de jours de prĂ©-production dans une salle de rĂ©pĂ©tition, pour essayer de trouver des rythmes. C’est ce qui permet de dĂ©passer les limits qu’on se pose en tant que musicien. On obtient un son plus unique. Nous avons donc commencĂ© Ă  Ă©crire Gulp! presque immĂ©diatement aprĂšs la sortie de notre premier album. Des concerts ont commencĂ© Ă  ĂȘtre annulĂ©s assez rapidement Ă  cause du Covid. On a alors trouvĂ© un chalet dans une zone trĂšs rurale du Royaume-Uni et on a commencĂ© Ă  travailler pendant deux semaines. Et mĂȘme lĂ , nous avons Ă©tĂ© mis Ă  la porte parce que le conseil municipal a dĂ» fermer toutes les propriĂ©tĂ©s supplĂ©mentaires en raison de la pandĂ©mie. C’est donc  Ă  Bath que nous avons enregistrĂ© une grande partie de l’album, avec le mĂȘme producteur que pour le premier album. Comme on le connaĂźt bien, on pouvait lui envoyer des petits bouts et il pouvait nous faire des retours, du genre : « Je ne suis pas sĂ»r que ça marche, tu vas avoir besoin d’un rythme qui sonne comme ça ».  Ça a toujours Ă©tĂ© un processus trĂšs collaboratif. Ce n’est pas un processus d’Ă©criture assis, on ne sort pas des livres pour Ă©crire. On passe plutĂŽt des heures Ă  essayer de trouver la bonne sensation, le bon son ou le bon rythme de batterie. Et puis soudain, tout sonne comme une fĂȘte. On essaie de capturer cet Ă©tat d’esprit : l’excitation d’ĂȘtre avec des gens et de faire de la musique en groupe.

Contrairement à vos paroles, vos mélodies sont toujours joyeuses. Est-ce que vous allez écrire une chansons autant triste dans les paroles que dans la mélodie ?

Je pense que nous essayons de prendre cette direction autant que possible, mais c’est quelque chose qu’il faut apprendre Ă  faire. « Light Industry », qui clĂŽt l’album, est assez triste. Et une chanson comme « Cool it kids »  l’est aussi. On a fait appel Ă  Asha de Sorry, pour essayer d’adapter le morceau Ă  sa voix, qui a tellement d’incertitude en elle. Je pense qu’on aimerait un jour Ă©crire une belle chanson, comme « Imagine ». Mais c’est un tel mĂ©tier de faire de la musique qu’on n’en est pas encore lĂ .

Tu parles beaucoup de tes fans en les appelant kids, quelle est ta perception sur les fans jeunes ? Ils sont souvent dĂ©criĂ©s dans les mĂ©dias, notamment les jeunes filles. Sports Team a mĂȘme un groupe WhatsApp avec ses fans.

Pour nous c’est super important d’avoir des fans jeunes. Ils sont ouverts Ă  plein de genres musicaux. C’est marrant, parce qu’on on a vu beaucoup de nos fans grandir depuis les premiers concerts. Ils venaient quand ils avaient peut-ĂȘtre 16 ans et maintenant ils ont 21 ans et font des choses incroyables.  Je pense que nous les trouvons aussi inspirants qu’eux nous trouvent inspirants… enfin je l’espĂšre. Et puis selon moi, la relation avec les fans a Ă©voluĂ©. Ce n’est plus pareil qu’il y a dix ou vingt ans avec les groupies, et oĂč le groupe avait l’ascendant. C’était sordide. Les groupes ne vendent plus des millions de disques dans le monde. On compte maintenant sur les gens pour nous soutenir, nous guider et nous aider Ă  tenir le coup. C’est devenu une sorte de relation Ă  double sens. Donc ouais, avoir un groupe WhatsApp avec eux semble vraiment naturel. Dans quelques semaines, nous organisons un voyage en bus Ă  Margate, oĂč vit la moitiĂ© du groupe. Comme aucun de nous n’a grandi Ă  Londres, on a toujours voulu que les gens puissent venir Ă  nos concerts sans avoir Ă  dĂ©penser de l’argent dans le train pour s’y rendre. Alors on a mis en place des bus qui vont lĂ -bas et emmĂšnent les gens. C’est un concert gratuit. On essaye de faire beaucoup de choses comme ça.

Et avez-vous prévu de jouer en France bientÎt ?

Oui. Je crois que Paris est la derniĂšre date de notre tournĂ©e europĂ©enne. On est tellement excitĂ©s ! On a beaucoup d’amis Ă  Paris et on a passĂ© de chouettes soirĂ©es lĂ -bas dans les bars. Donc ouais, je suis impatient. DerniĂšre date, the big one.

Sports Team jouera le 21 novembre Ă  la Boule Noire Ă  Paris.

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