Laissez Harry Styles tranquille, il ne fait pas de queerbaiting !

Avec ses récentes déc­la­ra­tions dans Rolling Stone, Har­ry Styles est accusé par la com­mu­nauté queer de par­ticiper au cap­i­tal­isme de l’arc-en-ciel, qui prend une de ses formes les plus vicieuses dans le queer­bait­ing. Pourquoi blâmer ces pra­tiques visant à flouter la fron­tière entre les gen­res, plutôt que les encour­ager ? Retour sur un débat qui devrait être enter­ré depuis bien longtemps.

I am so fuck­ing queer, even if you look at me”. Tenues moulantes, hauts échan­crés, ongles ver­nis, plus de bagues que de doigts. Vous pen­siez que c’était la descrip­tion d’une chanteuse ? Nen­ni. On par­le d’Harry Styles en per­son­ne. Bien loin du gamin dont tout le monde tombait amoureux au sein des One Direc­tion, Har­ry Styles a évolué et a tro­qué sa mèche grasse con­tre un style col­oré qui ne se gêne pas pour aller chercher des pièces dans le dress­ing des femmes. On par­le d’un homme qui s’affiche, jambes croisées, en mini-jupe au style dis­co et en polo en per­les sur la cou­ver­ture française de Rolling Stone. Et cette nou­velle iden­tité ves­ti­men­taire fait par­ler. Par­fois plus que sa musique. Mais ce ne sont pas ‑que- les réfrac­taires, les saintes-nitouches qui s’insurgent. C’est sou­vent une par­tie de la com­mu­nauté queer qui crie au queer­bait­ing.

Le queer­bait­ing, quésako ? 

Le queer­bait­ing se traduit lit­térale­ment par “appât à queer”. Une tech­nique util­isée par des maisons de pro­duc­tion claire­ment mal inten­tion­nées pour attir­er un cer­tain audi­toire : la com­mu­nauté LGBTQIA+. Ain­si, les artistes “appâts” repren­nent des élé­ments de la cul­ture queer, sou­vent des gros clichés, sans pour autant être mem­bres de la com­mu­nauté. Et le prob­lème c’est que ce pub­lic souf­fre telle­ment de manque de représen­ta­tions, qu’il a ten­dance à se mon­tr­er très loy­al et vocal à la moin­dre image de la sorte. Vous voulez un exem­ple con­cret ? Prenez “I Kissed a Girl”, hit de Katy Per­ry. Il est prob­lé­ma­tique. Katy embrasse une femme pour le fun et nous fait bien com­pren­dre qu’elle fait ça pour le plaisir de son homme. Au top. Katy Per­ry véhicule donc des clichés sur une sex­u­al­ité qu’elle ne con­naît pas, puisqu’à l’époque elle ne se définis­sait pas comme hétéro­sex­uelle. Donc la ques­tion est là : Har­ry Styles fait-il par­tie de la communauté ?

Il aime quoi Har­ry Styles ?”

Le chanteur vit son iden­tité de genre en adéqua­tion avec le sexe qui lui est assigné à la nais­sance. Mais c’est sa sex­u­al­ité qui a tou­jours été sous le feu des pro­jecteurs. Car lorsque la célébrité sonne à votre porte, les gens traque­nt la moin­dre infor­ma­tion croustil­lante. Un bon nom­bre de ses rela­tions avec des femmes furent affichées dans des mag­a­zines peo­ple. Mais pour autant, Har­ry ne souhaite pas se pronon­cer sur sa sex­u­al­ité. “Par­fois, les gens dis­ent “tu as été seule­ment été publique­ment avec des femmes”, mais je ne crois pas que j’ai été publique­ment avec qui que ce soit. Si quelqu’un prend une pho­to de toi avec quelqu’un, ça ne veut pas dire que tu décides d’avoir une rela­tion publique ou quoi que ce soit”, a affir­mé l’ex-membre de One Direc­tion, dans une entre­vue récente avec le mag­a­zine Rolling Stone. Avant de martel­er que non, il ne met­tra pas d’étiquette sur sa sex­u­al­ité. Et encore heureux ! Per­son­ne ne devrait avoir à révéler son ori­en­ta­tion sex­uelle sans le vouloir, même les célébrités. La ques­tion “Il aime quoi Har­ry Styles ?” est totale­ment déplacée et indis­crète. Beau­coup cri­ent à la couardise. Le tri­bunal de Twit­ter s’est saisi de l’affaire et n’a pas été ten­dre avec Har­ry Styles.

Mais si on essayait d’y croire ? En s’extrayant d’une sex­u­al­ité définie, il devient l’expression d’une généra­tion qui en a marre des caté­gories venant seg­menter des réal­ités aus­si mou­vantes que l’amour et l’orientation sex­uelle. Si on essayait d’apporter un peu de nuances? Et qu’on avouait qu’il n’y avait en réal­ité pas une per­son­ne qui déte­nait assez d’autorité pour décider, ce qui est du queer­bait­ing et ce qui ne l’est pas. La com­mu­nauté queer est, de fait, tou­jours la mieux placée pour le savoir. Quand on est hétéro, se par­er d’une fausse homo­sex­u­al­ité dans un but lucratif, c’est de l’ex­ploita­tion. Mais lorsqu’on s’échappe de toute déf­i­ni­tion et qu’on laisse plan­er le doute, ça énerve. Alors comme le dirait la jour­nal­iste Madi­son Kircher, spé­cial­iste des ques­tions de genre au New York Times : ” Par­ler de queer­bait­ing dans ce cas-là nuit à notre capac­ité de dénon­cer cette pra­tique lorsqu’elle est vrai­ment nuis­i­ble.”

(Vis­ité 1 432 fois)