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5 septembre 2022

Laissez Harry Styles tranquille, il ne fait pas de queerbaiting !

par Bérénice Hourçourigaray

Avec ses récentes déclarations dans Rolling Stone, Harry Styles est accusé par la communauté queer de participer au capitalisme de l’arc-en-ciel, qui prend une de ses formes les plus vicieuses dans le queerbaiting. Pourquoi blâmer ces pratiques visant à flouter la frontière entre les genres, plutôt que les encourager ? Retour sur un débat qui devrait être enterré depuis bien longtemps.

I am so fucking queer, even if you look at me”. Tenues moulantes, hauts échancrés, ongles vernis, plus de bagues que de doigts. Vous pensiez que c’était la description d’une chanteuse ? Nenni. On parle d’Harry Styles en personne. Bien loin du gamin dont tout le monde tombait amoureux au sein des One Direction, Harry Styles a évolué et a troqué sa mèche grasse contre un style coloré qui ne se gêne pas pour aller chercher des pièces dans le dressing des femmes. On parle d’un homme qui s’affiche, jambes croisées, en mini-jupe au style disco et en polo en perles sur la couverture française de Rolling Stone. Et cette nouvelle identité vestimentaire fait parler. Parfois plus que sa musique. Mais ce ne sont pas -que- les réfractaires, les saintes-nitouches qui s’insurgent. C’est souvent une partie de la communauté queer qui crie au queerbaiting.

Le queerbaiting, quésako ? 

Le queerbaiting se traduit littéralement par « appât à queer ». Une technique utilisée par des maisons de production clairement mal intentionnées pour attirer un certain auditoire : la communauté LGBTQIA+. Ainsi, les artistes « appâts » reprennent des éléments de la culture queer, souvent des gros clichés, sans pour autant être membres de la communauté. Et le problème c’est que ce public souffre tellement de manque de représentations, qu’il a tendance à se montrer très loyal et vocal à la moindre image de la sorte. Vous voulez un exemple concret ? Prenez « I Kissed a Girl« , hit de Katy Perry. Il est problématique. Katy embrasse une femme pour le fun et nous fait bien comprendre qu’elle fait ça pour le plaisir de son homme. Au top. Katy Perry véhicule donc des clichés sur une sexualité qu’elle ne connaît pas, puisqu’à l’époque elle ne se définissait pas comme hétérosexuelle. Donc la question est là : Harry Styles fait-il partie de la communauté ?

« Il aime quoi Harry Styles ? »

Le chanteur vit son identité de genre en adéquation avec le sexe qui lui est assigné à la naissance. Mais c’est sa sexualité qui a toujours été sous le feu des projecteurs. Car lorsque la célébrité sonne à votre porte, les gens traquent la moindre information croustillante. Un bon nombre de ses relations avec des femmes furent affichées dans des magazines people. Mais pour autant, Harry ne souhaite pas se prononcer sur sa sexualité. « Parfois, les gens disent “tu as été seulement été publiquement avec des femmes”, mais je ne crois pas que j’ai été publiquement avec qui que ce soit. Si quelqu’un prend une photo de toi avec quelqu’un, ça ne veut pas dire que tu décides d’avoir une relation publique ou quoi que ce soit », a affirmé l’ex-membre de One Direction, dans une entrevue récente avec le magazine Rolling Stone. Avant de marteler que non, il ne mettra pas d’étiquette sur sa sexualité. Et encore heureux ! Personne ne devrait avoir à révéler son orientation sexuelle sans le vouloir, même les célébrités. La question « Il aime quoi Harry Styles ? » est totalement déplacée et indiscrète. Beaucoup crient à la couardise. Le tribunal de Twitter s’est saisi de l’affaire et n’a pas été tendre avec Harry Styles.

Mais si on essayait d’y croire ? En s’extrayant d’une sexualité définie, il devient l’expression d’une génération qui en a marre des catégories venant segmenter des réalités aussi mouvantes que l’amour et l’orientation sexuelle. Si on essayait d’apporter un peu de nuances? Et qu’on avouait qu’il n’y avait en réalité pas une personne qui détenait assez d’autorité pour décider, ce qui est du queerbaiting et ce qui ne l’est pas. La communauté queer est, de fait, toujours la mieux placée pour le savoir. Quand on est hétéro, se parer d’une fausse homosexualité dans un but lucratif, c’est de l’exploitation. Mais lorsqu’on s’échappe de toute définition et qu’on laisse planer le doute, ça énerve. Alors comme le dirait la journaliste Madison Kircher, spécialiste des questions de genre au New York Times :  » Parler de queerbaiting dans ce cas-là nuit à notre capacité de dénoncer cette pratique lorsqu’elle est vraiment nuisible. »

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