Spawn : intelligence artificielle et artiste IDM

Un robot peut‐il écrire une sym­phonie ? Les artistes Hol­ly Hern­don et Jlin ont fait inter­venir sur leur dernier morceau un col­lab­o­ra­teur par­ti­c­uli­er : Spawn, pro­gramme d’intelligence arti­fi­cielle. Résul­tat : un titre expéri­men­tal, IDM un peu, effrayant bea­coup, le clip n’ayant claire­ment pas été conçu pour ras­sur­er. Pour­tant, l’écoute de “God­moth­er” n’est pas for­cé­ment déplaisante.

Spawn n’est pas née hier. Alors qu’elle mon­tait un orchestre à Berlin, Hol­ly Hern­don a décidé d’y inclure la musi­ci­enne arti­fi­cielle. Son pre­mier titre n’a été ni mod­i­fié ni com­plété et ne con­tient aucun sam­ples. Le pro­gramme a sim­ple­ment appris des oeu­vres de Jlin et les a repro­duites avec le style de Hern­don, assim­ilé aupar­a­vant. La musi­ci­enne améri­caine a indiqué que col­la­bor­er avec Spawn lui per­me­t­tait d’utiliser sa voix “au‐delà de ses lim­i­ta­tions physiques”. Par la sim­ple écoute, cette artiste d’un nou­veau genre est capa­ble de recon­naitre “les styles de com­po­si­tion d’artistes et leurs car­ac­tères vocaux”. Con­séquence logique : à terme, l’intelligence arti­fi­cielle devrait être capa­ble de repro­duire à l’identique le style de n’importe quel musi­cien et s’en servir pour créer un nou­veau morceau. C’est déjà le cas ailleurs, dans l’art visuel, où Vin­cent cette fois‐ci est capa­ble de trans­former n’importe quel cro­quis en chef d’oeuvre de Van Gogh ou Picas­so.

Tout ceci ne va donc pas de soi et soulève divers ques­tions. Hol­ly Hern­don a tenu à les adress­er dans un texte pub­lié via son compte Twit­ter (voir ci‐dessous). Dres­sant un par­al­lèle avec les polémiques anci­ennes sur le sam­pling, la com­positrice s’interroge sur le com­porte­ment à adopter vis‐à‐vis de cette nou­velle tech­nolo­gie. Deux scé­nar­ios sont envis­agés. Pre­mière pos­si­bil­ité : un univers musi­cal cen­tré sur les goûts des con­som­ma­teurs, rem­pli de repro­duc­tions arti­fi­cielles et où “l’auteur, la prove­nance, l’idée” perd toute son impor­tance. La sec­onde, plus opti­miste, mène à “un chemin sym­bi­o­tique, mag­nifique, de col­lab­o­ra­tion humaine/robotique”.

Cette pra­tique devrait pren­dre de l’ampleur dans les mois à venir. Dans un entre­tien réal­isé par Tsu­gi, Jean‐Michel Jarre avait annon­cé que son prochain album serait prob­a­ble­ment fait à l’aide de l’intelligence arti­fi­cielle. Selon lui, le véri­ta­ble point de rup­ture inter­vien­dra lorsque, pour la pre­mière fois, la tech­nolo­gie pour­ra créer de l’émotion, évo­lu­tion qui ris­querait de décourager voire faire dis­paraître la créa­tion. Seul l’avenir nous dira si nos artistes préférés pour­ront encore exis­ter demain.

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