PNL, lors du clip de "Au DD" sur la Tour Eiffel / ©Anthony Ghnassia

Toute-puissance du rap : comment en est-on arrivé là ?

Jul, PNL, Nin­ho, Damso, Nek­feu, Boo­ba, Niska, Orel­san sont autant de noms d’artistes incon­tourn­ables par­tic­i­pants au raz-de-marée du hip-hop (et de ses ram­i­fi­ca­tions dont le rap et le rnb) français actuel dans l’in­dus­trie musi­cale. C’est LE genre qui domine les plate­formes de stream­ing et les ventes, influ­ençant au pas­sage presque toutes les scènes : de la pop au rock en pas­sant par l’indie ou l’élec­tro. En 2017, le mag­a­zine améri­cain Forbes titrait que le hip-hop sur­pas­sait pour la pre­mière fois le rock alors dom­i­nant les charts améri­cains depuis des années. L’an­née suiv­ante, l’é­cart se creuse encore et touche la France où 65% de la musique streamée est du hip-hop, écouté par près d’un jeune sur deux (IRMA/IFOP/Le Mouv). Ce phénomène a attiré l’œil du Monde qui a récem­ment sor­ti une mini-série com­posée de qua­tre volets, inti­t­ulée Rap Busi­ness : com­ment le rap est-il devenu numéro un ?

Présen­tée par Marc Bet­tinel­li, ces épisodes d’en­v­i­ron dix min­utes regor­gent d’in­for­ma­tions poussées sur l’his­toire et les mécan­ismes du rap, sur la façon dont il est passé d’un statut mar­gin­al à un genre hyper médi­atisé. Pour ce faire, Le Monde a inter­viewé des spé­cial­istes du genre (gérants de labels, chercheurs, écrivains, soci­o­logues) et étudié une quan­tité d’archives per­me­t­tant de dif­fuser un con­tenu sim­ple, com­plet et ludique à même de don­ner des clés de com­préhen­sion du phénomène rap. Les qua­tre épisodes sont disponibles sur Youtube et posent les ques­tions suiv­antes : pourquoi les rappeurs font rêver les autres artistes ? Com­ment le rap a pris d’as­saut le stream­ing musi­cal ? La France est-elle vrai­ment la deux­ième terre du rap ? Et si oui, pourquoi ? Pourquoi l’an­née 1991 a changé l’his­toire du rap ?

Né au milieu des années 80 au sein des ban­lieues noires de New York, le rap est un genre sous-représenté dans les radios et les labels, dom­inés en grande par­tie par le rock et la pop majori­taire­ment blancs. Le mois de mai 1991 mar­que le moment de la révo­lu­tion pour la planète rap car l’in­for­ma­ti­sa­tion des sta­tis­tiques du mag­a­zine Bill­board remet les pen­d­ules à l’heure et place la bande de Dr. Dre au top des ventes. Et der­rière les États-Unis, la France est sou­vent qual­i­fiée comme le deux­ième pays le plus fer­vent de beats et de flow. Rap Busi­ness inter­roge la portée de ce genre dans l’Hexa­gone, genre instal­lé grâce à trois albums majeurs sor­tis en 1998 : L’é­cole du Micro d’Ar­gent d’I­AM, Supreme NTM et Panique Cel­tique de Man­au (et oui). Les chiffres par­lent d’eux-mêmes, entre 1997 et 2008, le pour­cent­age de gens qui déclar­ent écouter du rap passe de 5% à 14% , près d’un jeune sur deux est adepte de ce style.

Pour­tant, au début des années 2000, l’in­dus­trie du rap chute et perd 2/3 de sa valeur, les maisons de dis­ques dés­in­vestis­sent, le pub­lic jeune n’a pas les moyens d’a­cheter les CD à 15 euros et plébisci­tent davan­tage le rap améri­cain. Ce qui va sauver le genre et le con­sacr­er, c’est le stream­ing. Les plate­formes tels que le Français Deez­er ou le Sué­dois Spo­ti­fy répon­dent aux attentes des jeunes mélo­manes qui y passent en moyenne huit heures par semaine. Le résul­tat, en 2018, ces plate­formes représen­tent 50% du marché de la musique enreg­istrée et le rap devient le genre que les 16–34 ans écoutent le plus. Depuis que le stream­ing est offi­cielle­ment pris en compte dans les sta­tis­tiques des charts (2016), le rap représente 43% du top des plus gros suc­cès. C’est un chiffre faramineux qui illus­tre à quel point ce genre est pop­u­laire.

Le Monde n’est pas le pre­mier média à se pencher sur les ten­ants et les aboutis­sants du rap. En 2015, un doc­u­men­taire inti­t­ulé Stretch and Bob­bito : Radio that changed lives traitait de l’im­por­tance de la radio dans la pro­mo­tion des artistes de rap et dans la recon­nais­sance du mou­ve­ment. Un an plus tard, Net­flix dif­fu­sait l’ex­cel­lente série-documentaire Hip-Hop Evo­lu­tion, retraçant l’émer­gence et la con­sécra­tion du genre depuis ses débuts. En 2018, Net­flix tou­jours, ajoutait The Defi­ant One à sa pro­gram­ma­tion, à pro­pos de la col­lab­o­ra­tion entre Jim­my Iovine et Dr Dre, de N.W.A. à Beats by Dre. Puis, en 2019, la chaîne franco-allemande Arte lançait une mini-série sur l’évo­lu­tion du rap en France sobre­ment nom­mée La vraie his­toire du hip-hop.

Rap Busi­ness s’in­scrit donc dans ce mou­ve­ment général d’analyse du phénomène hip-hop, genre, mou­ve­ment et cul­ture aus­si com­plexe que riche, qui séduit comme il peut révulser les plus puristes. Chez Tsu­gi, on vous par­lait récem­ment du Mar­seil­lais Jul, phénomène du rap français sur le point de devenir le plus gros vendeur de l’his­toire du rap français, détrô­nant ain­si MC Solaar et ses trois mil­lions de dis­ques ven­dus sur l’ensem­ble de sa car­rière. De quoi faire pâlir tous les Boomers autour de nous.

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