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PNL, lors du clip de "Au DD" sur la Tour Eiffel / ©Anthony Ghnassia
16 février 2020

Toute-puissance du rap : comment en est-on arrivé là ?

par Marthe Chalard-Malgorn

Jul, PNL, Ninho, Damso, Nekfeu, Booba, Niska, Orelsan sont autant de noms d’artistes incontournables participants au raz-de-marée du hip-hop (et de ses ramifications dont le rap et le rnb) français actuel dans l’industrie musicale. C’est LE genre qui domine les plateformes de streaming et les ventes, influençant au passage presque toutes les scènes : de la pop au rock en passant par l’indie ou l’électro. En 2017, le magazine américain Forbes titrait que le hip-hop surpassait pour la première fois le rock alors dominant les charts américains depuis des années. L’année suivante, l’écart se creuse encore et touche la France où 65% de la musique streamée est du hip-hop, écouté par près d’un jeune sur deux (IRMA/IFOP/Le Mouv). Ce phénomène a attiré l’œil du Monde qui a récemment sorti une mini-série composée de quatre volets, intitulée Rap Business : comment le rap est-il devenu numéro un ?

Présentée par Marc Bettinelli, ces épisodes d’environ dix minutes regorgent d’informations poussées sur l’histoire et les mécanismes du rap, sur la façon dont il est passé d’un statut marginal à un genre hyper médiatisé. Pour ce faire, Le Monde a interviewé des spécialistes du genre (gérants de labels, chercheurs, écrivains, sociologues) et étudié une quantité d’archives permettant de diffuser un contenu simple, complet et ludique à même de donner des clés de compréhension du phénomène rap. Les quatre épisodes sont disponibles sur Youtube et posent les questions suivantes : pourquoi les rappeurs font rêver les autres artistes ? Comment le rap a pris d’assaut le streaming musical ? La France est-elle vraiment la deuxième terre du rap ? Et si oui, pourquoi ? Pourquoi l’année 1991 a changé l’histoire du rap ?

Né au milieu des années 80 au sein des banlieues noires de New York, le rap est un genre sous-représenté dans les radios et les labels, dominés en grande partie par le rock et la pop majoritairement blancs. Le mois de mai 1991 marque le moment de la révolution pour la planète rap car l’informatisation des statistiques du magazine Billboard remet les pendules à l’heure et place la bande de Dr. Dre au top des ventes. Et derrière les États-Unis, la France est souvent qualifiée comme le deuxième pays le plus fervent de beats et de flow. Rap Business interroge la portée de ce genre dans l’Hexagone, genre installé grâce à trois albums majeurs sortis en 1998 : L’école du Micro d’Argent d’IAM, Supreme NTM et Panique Celtique de Manau (et oui). Les chiffres parlent d’eux-mêmes, entre 1997 et 2008, le pourcentage de gens qui déclarent écouter du rap passe de 5% à 14% , près d’un jeune sur deux est adepte de ce style.

Pourtant, au début des années 2000, l’industrie du rap chute et perd 2/3 de sa valeur, les maisons de disques désinvestissent, le public jeune n’a pas les moyens d’acheter les CD à 15 euros et plébiscitent davantage le rap américain. Ce qui va sauver le genre et le consacrer, c’est le streaming. Les plateformes tels que le Français Deezer ou le Suédois Spotify répondent aux attentes des jeunes mélomanes qui y passent en moyenne huit heures par semaine. Le résultat, en 2018, ces plateformes représentent 50% du marché de la musique enregistrée et le rap devient le genre que les 16-34 ans écoutent le plus. Depuis que le streaming est officiellement pris en compte dans les statistiques des charts (2016), le rap représente 43% du top des plus gros succès. C’est un chiffre faramineux qui illustre à quel point ce genre est populaire.

Le Monde n’est pas le premier média à se pencher sur les tenants et les aboutissants du rap. En 2015, un documentaire intitulé Stretch and Bobbito : Radio that changed lives traitait de l’importance de la radio dans la promotion des artistes de rap et dans la reconnaissance du mouvement. Un an plus tard, Netflix diffusait l’excellente série-documentaire Hip-Hop Evolution, retraçant l’émergence et la consécration du genre depuis ses débuts. En 2018, Netflix toujours, ajoutait The Defiant One à sa programmation, à propos de la collaboration entre Jimmy Iovine et Dr Dre, de N.W.A. à Beats by Dre. Puis, en 2019, la chaîne franco-allemande Arte lançait une mini-série sur l’évolution du rap en France sobrement nommée La vraie histoire du hip-hop.

Rap Business s’inscrit donc dans ce mouvement général d’analyse du phénomène hip-hop, genre, mouvement et culture aussi complexe que riche, qui séduit comme il peut révulser les plus puristes. Chez Tsugi, on vous parlait récemment du Marseillais Jul, phénomène du rap français sur le point de devenir le plus gros vendeur de l’histoire du rap français, détrônant ainsi MC Solaar et ses trois millions de disques vendus sur l’ensemble de sa carrière. De quoi faire pâlir tous les Boomers autour de nous.

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