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Crédit : Luc Valigny
5 avril 2019

« Traum und Existenz », le premier album de Kompromat (Vitalic x Rebeka Warrior)

par Benoît Carretier

Le terrain était glissant. Un duo français, formé par Julia Lanoë, alias Rebeka Warrior (Sexy Sushi, Mansfield.TYA), et Pascal Arbez-Nicolas (Vitalic, Dima), un nom russe, Kompromat, un chant en allemand, un album présenté comme un “hommage” à la techno berlinoise des débuts, une imagerie minimaliste à base de chemises blanches, cravates noires et têtes passées au goudron et aux plumes. Tout concourrait à l’édification d’un concept fumeux. C’était sans compter tout le talent des deux protagonistes qui se complètent parfaitement et s’éloignent de l’intention musicale annoncée. Pas de techno “à la berlinoise”, mais une électronique noire et ravageuse qui emprunte autant à l’electronic body music belge qu’à la techno réimaginée à quatre mains par Vitalic et Rebeka – les meilleurs exemples restant “Die tausende Herbste” (“Les 1 000 automnes”), qui débute comme Nitzer Ebb et s’achève dans l’ambiance festive de la première Love Parade de 1989, ou “Herztod” (“Arrêt cardiaque”), dont la cavalcade effrénée accompagne des hurlements façon Nina Hagen. L’approche vocale de Rebeka Warrior est peut-être l’atout majeur de cet album qui réussit à faire aimer la musicalité de l’allemand. Ne parlant pas la langue de Goethe, elle se la réapproprie avec malice, la chantant, la hurlant, la scansant, ramenant parfois le français pour offrir un contrepoint comme sur “Le Goût des cendres” ou le splendide “De mon âme à ton âme”, déclaration d’amour qui offre sur un tempo apaisé un duo entre le parlé-chanté allemand de Rebeka et le chant délicat en français de l’actrice Adèle Haenel. Le terrain était peut-être glissant, mais le résultat est magistral.

Kompromat est à retrouver en couverture du numéro 121 de Tsugi, en kiosque ou sur notre boutique en ligne le samedi 6 avril.

Si vous êtes plutôt Spotify : 

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