Image d'illustration / ©Raphael Schaller

Une fête techno dans un camp de réfugiés suscite l’indignation générale

par Tsugi

Après des délo­cal­i­sa­tions suc­ces­sives, la soirée du col­lec­tif tech­no parisien La Toi­lette s’est finale­ment tenue dans un camp de réfugiés à Vit­ry, ce qui a provo­qué une lev­ée de boucliers de l’ensem­ble de la scène élec­tron­ique sur les réseaux sociaux.

Les faits se sont déroulés dans la nuit du 4 au 5 sep­tem­bre, à Vit­ry, quand les par­tic­i­pants à l’événe­ment de La Toi­lette sont arrivés sur les lieux de la fête. Stu­peur générale, ils réalisent rapi­de­ment qu’il s’ag­it d’un camp de réfugiés et les pre­miers mes­sages com­men­cent à appa­raître sur les réseaux sociaux.

 

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Et les décon­v­enues ne s’ar­rê­tent pas là. Sur place, rien ne va. Sur les réseaux, un par­tic­i­pant racon­te que l’ou­ver­ture des portes a trois heures de retard, l’odeur d’ex­cré­ment qui empeste les lieux, un tuyau d’ar­rosage pour seul point d’eau, une enceinte sur deux qui fonc­tionne, des cock­tails sans alcool à 9€ au bar pour une entrée à 26€… Avant que la police ne vienne rapi­de­ment inter­rompre la soirée.

C’est avec ce genre de pra­tique que l’on dégrade l’image de la fête.” Frédéric Hocquard

Depuis, sur Inter­net, c’est l’indig­na­tion des com­mu­nautés de la fête, queer et élec­tron­ique. Même Frédéric Hoc­quard, adjoint à la Maire de Paris en charge du tourisme et de la vie noc­turne, a pris la parole sur Face­book pour dénon­cer ces agisse­ments : “L’organisation ce week-end de La Toi­lette, fête élec­tro se récla­mant de la cul­ture queer, au milieu d’un camp de migrants au mépris de ces derniers est un vrai scan­dale ! C’est avec ce genre de pra­tique que l’on dégrade l’image de la fête.”

Hier, lun­di 6 sep­tem­bre, le col­lec­tif représen­té par Clé­ment et Vic­tor, a pris la parole sur Face­book pour expli­quer sa ver­sion des faits. Selon lui, ce lieu n’é­tait pas celui où la soirée était ini­tiale­ment prévue mais après plusieurs délo­cal­i­sa­tions et une ren­con­tre avec les gérants sur place, ils déci­dent de s’y installer : “Nous avons été mis en con­tact avec le gérant ain­si que trois délégués de ce lieu abri­tant des migrants, écrivent-ils. Ils nous ont expliqué que depuis la crise san­i­taire leur sit­u­a­tion était de plus en plus dif­fi­cile, qu’ils ne pou­vaient plus tra­vailler et que la propo­si­tion de con­trepar­tie finan­cière sug­gérée par le gérant les aiderait énor­mé­ment. Nous leur avons expliqué qu’il s’agissait d’une soirée tech­no queer et ils nous ont assuré que les habi­tants seraient prévenus et que ça ne les dérangeait pas. Au con­traire ils nous ont dit qu’ils aimaient la fête, que cer­tains des habi­tants seraient ravis de venir danser avec nous et que ça leur fai­sait sincère­ment plaisir de nous accueil­lir. Cette ren­con­tre nous à vrai­ment touchés, l’idée que l’énergie générée par cette fête pour­rait les soutenir et amélior­er leur sit­u­a­tion nous a con­va­in­cu de choisir ce lieu. Par ailleurs nous avons été aidés pour le mon­tage par cer­tains habi­tants que nous avons rémunérés.”

Pour beau­coup, cette soirée est le déra­page de trop qui met en exer­gue les dérives et l’in­ex­péri­ence de cer­tains acteurs de la fête en France, bafouant ses valeurs ini­tiales pro­tec­tri­ces, inclu­sives et libératrices.

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