© Andrea Montano

💿 UTO sort ‘Touch the Lock’, premier album organique et joliment dĂ©structurĂ©

AprĂšs 6 ans d’ac­tiv­itĂ©, le duo UTO sort enfin son pre­mier album, Touch the Lock. Un album organique oĂč se mĂȘlent urgence et lĂ©gĂšretĂ©. Une immer­sion intĂ©rieure en pleine nature.

Le chĂąteau d’Augerville dans le Loiret a vu pass­er entre ses murs beau­coup d’his­toires. Des fĂȘtes organ­isĂ©es au XIXe siÚ­cle par le poli­tique Pierre-Antoine Berry­er oĂč se cĂŽtoy­aient Chateaubriand, Alexan­dre Dumas fils, Franz Liszt, Rossi­ni, Alfred de Mus­set ou encore EugĂšne Delacroix Ă  la LibĂ©ra­tion oĂč le le doc­teur alle­mand Kopp avait trans­for­mĂ© Augerville en lab­o­ra­toire de cocaĂŻne. C’est non-loin de ce lieu chargĂ© d’anec­dotes et de rĂ©c­its, cloĂźtrĂ© dans une cabane-studio au milieu des bois, que le duo UTO s’est instal­lĂ© pour Ă©crire son pre­mier album Touch the Lock.

Depuis 2016, Emile et Neysa dĂ©velop­pent une pop indi­etron­i­ca Ă  mi-chemin entre les gen­res, des sonoritĂ©s sym­phoniques, organiques, par­fois rock. À la fois envoutantes et dĂ©routantes, un peu Ă  l’im­age de ce chĂąteau du Loiret. C’est avec les titres “That Itch” et ” The Beast” que les amoureux se font con­naĂźtre du pub­lic. Deux titres antag­o­niques. Le pre­mier est lourd, le sec­ond est lĂ©ger, col­orĂ©, on court en pleine nature. Six ans aprĂšs Touch the Lock est l’aboutisse­ment des pĂ©ripĂ©ties musi­cales de UTO.

 

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Le pre­mier mot qui nous vient Ă  l’e­sprit Ă  l’é­coute de ce pre­mier album, c’est “nature”. Peut-ĂȘtre est-ce en rai­son du lieu oĂč a Ă©tĂ© com­posĂ© Touch the Lock. Au milieu des arbres et des champs, on ne peut qu’é­couter la faune, la flo­re et puis son “moi” intĂ©rieur. Touch the Lock ne racon­te pas une his­toire en par­ti­c­uli­er. Il con­te des sen­ti­ments et des ressen­tis. La pesan­teur sur “Heavy Met­al” et “Délaisse”, la sus­pen­sion et la déconnexion sur “Lock Myself” et” Behind Win­dows” et l’errance qui en découle sur “Row Pad­dle”, ” Steps in the dark”,  “Sou­vent Par­fois”. Emile et Neysa ouvrent une boĂźte Ă  ques­tions et Ă©mo­tions, mais laisse le tout en sus­pens, sans rĂ©ponse. L’une d’elles est d’ailleurs le deuil. La moitiĂ© du duo, Neysa, a per­du deux proches pen­dant l’en­reg­istrement de l’al­bum, ce qui a tein­tĂ© une par­tie l’al­bum. Notam­ment le titre “This New Phase” qui par­le de la peine que représente la dis­pari­tion d’un visage.

Ain­si s’en­chainent sur ces 12 titres des morceaux urgents et graves, et des mĂ©lodies plus aĂ©ri­ennes. Touch the Lock s’ou­vre sur “DĂ©laisse”. Un titre organique, qui donne l’im­pres­sion de nous mĂ©ta­mor­phoser en l’eau, de nous dĂ©vers­er goĂ»te par goĂ»te dans une riv­iĂšre. Il est ensuite suivi par “Row Pad­dle”, dont la ryth­mique et et les claviers lourds et rapi­des, la voix de Neysa basse et frĂ©mis­sante, nous trans­portent dans une course pour­suite en pleine forĂȘt. En deux morceaux le dĂ©cors de l’al­bum est posĂ©. Mais le titre pour nous qui mar­que Touch the Lock n’est autre que le sin­gle “Heavy MĂ©tal”. Une intro susurrĂ©e, puis des gui­tares heavy. Soudaine­ment, le monde est beau­coup plus lourd sur nos Ă©paules. Mais cela c’est avant que les claviers psy­chĂ©dĂ©liques venues tout droit des annĂ©es 60â€Č ne pren­nent le relais. On se remet alors Ă  danser. LĂ©ger.

“Nous avons dû ouvrir de nom­breuses portes en nous-mêmes pour faire ce disque. Nous ne sommes jamais restés fidèles à une méthode ou à un style. Nous avons dû con­tin­uer à déverrouiller des par­ties de nous-mêmes pour l’élaborer. C’est devenu une sorte de lib­erté de ne jamais se lim­iter à choisir une seule direc­tion. Neysa a fait des morceaux toute seule pour la première fois, par exem­ple. Elle a sen­ti qu’elle était prête à ouvrir cette ser­rure”, explique Émile.

Trois artistes ont accom­pa­g­nĂ© le proces­sus de crĂ©a­tion de ce pre­mier album. Kim Gor­don et son titre “Sketch Artist”, Tirzah et Adri­anne Lenker. On com­prend alors d’oĂč vient la pesan­teur, l’ex­pĂ©ri­men­ta­tion et la douceur de Touch the Lock. Sur “Behind   Win­dows” on retrou­ve la dĂ©li­catesse d’Adri­enne Lenker, sur “Heavy Met­al”, “Row Pad­dle” ou encore “Steps in the Dark” un peu de “Sketch Artist”, et des bizarreries, tex­tures sonores de Tirzah.

Touch the Lock n’est pas un album qu’on Ă©coute Ă  la volĂ©e, c’est un album dans lequel on s’im­merge longue­ment pour en capter toute les sub­til­itĂ©s et se laiss­er emporter dans un voy­age intĂ©rieur en pleine nature.

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