À cause de faits d’agressions sexuelles arrivés en novembre dernier au sein de l’IBOAT, le club bordelais subit une fermeture administrative de deux mois. Le lieu dénonce une décision « qui confond responsabilité individuelle et punition collective ». Un référé a été introduit devant le Conseil d’État dans le but d’annuler cette décision. La demande a été rejetée par le tribunal. Décryptage.

Les faits se sont déroulés dans la nuit du 15 au 16 novembre dernier. Ce jour-là, le Stade Atlantique de Bordeaux accueille la rencontre internationale de rugby France-Fidji, qui se solde par un résultat, 34-21, en faveur des Bleus. Malgré la défaite, les joueurs fidjiens, accompagnés de supporters, partent en quête d’une troisième mi-temps. Vers 4h30, ils se rendent à l’IBOAT, l’un des lieux phares de la nuit bordelaise.

Depuis quinze ans, le club affiche une programmation éclectique, surtout axée sur les musiques électroniques. Ce soir-là, elle accueille Héctor Oaks, DJ et producteur espagnol de techno, Eris Wav ou encore Axel Gris. 

Agressions sexuelles et propos sexistes 

À 4h50, une cliente rapporte à l’établissement qu’elle est victime d’agressions sexuelles et de propos sexistes de la part de deux membres du groupe de rugbymen. L’un d’entre eux, évoluant en troisième ligne à l’US Montauban, lui aurait mis une claque sur les fesses afin de relever sa jupe. Par la suite, l’un de ses camarades, également joueur de rugby au club de Mont-de-Marsan, lui adresse des propos sexistes. 

Selon le journal Sud Ouest, après l’intervention de la police, vers 5h30, le joueur a d’abord été conduit en état d’ivresse aggravée dans une clinique. Ensuite, il a été placé en garde à vue au commissariat central de Bordeaux pour “agression sexuelle par une personne en état d’ivresse manifeste”. Son camarade a été convoqué en qualité de témoin assisté pour s’expliquer sur ses propos. Ces derniers pourraient faire objets de poursuites pour outrage sexiste. La victime présumée a déposé plainte contre les deux joueurs, toujours selon le journal. 

Fermeture administrative de l’IBOAT pendant deux mois

Le 15 janvier, la préfecture de la Gironde prend la décision de fermer administrativement l’IBOAT pour deux mois. Une mesure confirmée par le juge administratif huit jours plus tard. Dans sa décision, celui-ci s’appuie sur le rapport de la police relatant que « deux agents de sécurité et le directeur de l’IBOAT [sont intervenus] à la demande de la victime et [ont indiqué] que les Fidjiens étaient 25 et eux n’étaient que deux. Dans un souci d’éviter un débordement, ils refusaient d’intervenir » .  

Au contraire, l’IBOAT se défend de ces accusations, expliquant dans un communiqué publié sur Instagram que leur équipe est “intervenue sans délai”, que “l’auteur présumé a été identifié, exclu du lieu et remis aux forces de l’ordre”. La fermeture temporaire prononcée s’appuie également sur des faits de vente d’alcool à personne en ébriété, « une atteinte à l’ordre public en relation avec la fréquentation de l’établissement « l’IBOAT » de nature à justifier sa fermeture ». En 2023, l’établissement avait déjà été concerné par une fermeture administrative de quinze jours, après le décès d’une personne ayant consommé de l’alcool de manière excessive. 

Une décision qui « détruit » plus qu’elle ne « répare »

Le lieu de fête bordelais dénonce une mesure “qui confond responsabilité individuelle et punition collective”, et qui “détruit” plus qu’elle ne “répare”. Cette fermeture administrative pourrait mettre un coup d’arrêt définitif au IBOAT qui vit une situation complexe. En octobre dernier, la boîte lançait une cagnotte pour financer sa mise en cale, à hauteur de 35 000 euros. Un an avant, le club avait déjà été menacé de liquidation judiciaire avant de voir son plan de sauvegarde validé par le tribunal de commerce, évitant ainsi le naufrage. 

Selon le Figaro, un référé a été introduit devant le Conseil d’État, dans le but de faire annuler cette fermeture provisoire. Le tribunal a rejeté la demande.