Skip to main content
© Mélissa De Araujo
9 mai 2024

Anetha, architextures électroniques | INTERVIEW

par Tsugi

De son premier EP en 2015 à son premier album aujourd’hui, Anetha a construit avec succès une carrière électronique singulière où elle arrive, sur des tempos élevés, à conjuguer indépendance, féminisme, famille et écologie. Mais comment fait-elle ?

Une dangereuse cumularde. La trentaine resplendissante, Anna Moreau, alias Anetha, a patiemment tissé une activité tous azimuts qui l’a vue triompher aux platines, puis aux machines, lancer avec succès son label (Mama Told Ya), son agence de booking et management (Mama Loves Ya). Et comme si cela ne suffisait pas, elle a réussi dans le même temps la prouesse (ou presque) de devenir mère. Hélas, une rareté dans un métier, où la question de la maternité (qui ne devrait pas en être une) demeure un tabou. Une jeune femme très occupée, que l’on retrouve en ligne début février depuis le Chili, où elle a triomphé la veille dans une soirée LGBTQIA+ rassemblant plus de 5000 personnes. Car Anetha n’est pas seulement une prophétesse électronique dans notre pays, où elle a écumé en long et en large les Possession, Nuits sonores, Positive Education ou Peacock Society. La Bordelaise peut se targuer d’une aura planétaire, allant du Berghain à l’Amnesia ou au Fuse, en passant par Detroit et le Movement Festival et donc l’Amérique du Sud, où elle effectue une tournée chaque année. Le rythme n’est sans doute pas près de ralentir avec la sortie d’un premier album très personnel, à l’image de son titre, Mothearth. Même si on veut bien parier que les intégristes techno vont frémir de rage à l’écoute de ces dix titres énergiques et chatoyants, qui n’hésitent pas à lancer parfois des œillades à la fameuse hyperpop. Qu’importent les rageux, ne boudons pas notre plaisir face à un album qui sait galoper avec fraîcheur, doté d’un humour aiguisé rarement entendu dans un milieu plus coinços. « Don’t tell me what I need to do/What I am doing wrong/Let me be », scande-t-elle en conclusion du disque. La démonstration d’une femme libre qui n’a pas attendu d’être libérée.

Mothearth est-il un manifeste techno féministe?

C’est parfait comme définition. C’est exactement ce que j’ai voulu faire. À part peut-être ‘techno’. C’est un peu réducteur, je n’aime pas qu’on me mette trop dans des cases. J’aime bien explorer différents genres, même si ça reste de la musique électronique. Bien sûr, mon style prédominant, c’est la techno, et la trance. Et après, oui, le message est purement féministe, avec quand même un volet nature et écologie.


C’est important pour toi de faire passer ces messages dans ta musique?

Jusqu’à récemment, quand je créais, je ne me posais pas forcément ce genre de questions. Je trouvais parfois la signification après avoir produit, parce que c’était intuitif. C’est pour ça que jusqu’à présent, j’avais un peu peur du format album. Je ne pensais même pas en être capable. Il y a beaucoup de projets dans ma vie, et je suis maman. Au final, après une suite d’événements, j’ai eu envie de m’exprimer, d’utiliser ma voix, qu’il y ait un message plus fort, et c’est ce qui a dirigé cet album.

 

Également sur tsugi.fr : Anetha, combats féministe, écologique et électronique : le Tsugi 168 est dispo

 

Y a-t-il eu une sorte de déclic?

Des événements sur la toxicité masculine au quotidien m’ont énervée, alors que j’avoue que ça me passait un peu au-dessus auparavant. Pourtant, et je l’ai souvent dit dans des entretiens au début de ma carrière, j’ai longtemps eu l’impression que l’on ne m’interviewait pas pour ma musique, mais uniquement parce que j’étais une femme. Je crois que j’ai eu un déclic quand j’ai eu ma fille il y a deux ans et demi. J’ai eu davantage envie de me battre. Je me sentais plus mature, plus forte pour utiliser ma voix, et plus crédible, aussi. Je me rappelle aussi d’anecdotes minimes, mais qui ont été comme des déclencheurs. Un jour, je joue en Suisse, un chauffeur me ramène à l’aéroport à sept heures du matin, je n’ai quasiment pas dormi. Il commence à me parler, je comprends qu’il fait de la musique et qu’il aimerait signer sur mon label. Je suis fatiguée, je n’ai pas trop envie de bavarder, mais je lui propose de m’envoyer ses tracks. Et là, le mec, d’un coup, me dit: « Ton set, hier, n’était pas incroyable, il y avait des fautes de mixage. » Je tombe des nues. Mais est-ce que je lui avais demandé son avis ? Après, il était étonné que ça m’ait froissée. Comment est-ce que ça pourrait en être autrement ? Je me suis rendu compte que ce genre de remarques venait tout le temps d’hommes qui se sentaient tout permis. Pareil, un soir à Ibiza, après mon set, je danse dix minutes en regardant un DJ masculin, et le mec à côté de moi me dit: « Prends-en de la graine. » C’est violent. Je ne me permettrais pas de dire des choses pareilles. Et si j’étais un homme, cela n’arriverait pas. Je suis une femme donc il s’était dit que j’allais la fermer.

 

Il y a quand même de plus en plus de femmes dans la musique électronique. Penses-tu aussi être un modèle?

Beaucoup de femmes me l’ont dit et je suis très heureuse de l’entendre. Mais pendant longtemps, je me sentais un peu timide par rapport à ça. Je n’en avais pas trop conscience. Et puis certaines femmes DJs m’ont raconté que le fait que je monte sur scène tout en étant une maman représentait beaucoup pour elles. Même des DJs plus installées qui voulaient devenir mamans, un sujet tabou dans le métier, m’ont demandé des conseils. Il y a une évolution parce que les femmes se dirigent plus vers ce genre de métiers qu’il y a vingt ans, mais dans l’ensemble, il y a aussi des réactions qui choquent beaucoup. Par exemple, hier j’ai posté une vidéo sur Instagram de cette soirée LGBTQIA+ au Chili où j’ai joué. C’était magnifique, j’ai pleuré en sortant de scène. Eh bien j’ai quand même reçu des messages de haine pour ça. Des personnes affirmant que c’était satanique! Mais c’est fou quand même. Pourtant, ce sont des gens qui me suivent. Ça veut dire qu’une partie des fans est homophobe? C’est inquiétant. Mais quand on voit le nombre de gens qui votent aujourd’hui pour le Rassemblement national, il n’y a hélas aucune raison pour qu’il n’y en ait pas également une proportion parmi le public d’un club ou d’une rave.


En sortant cet album, tu te fais avant tout plaisir?

Un album, commercialement, ça ne marche plus très bien. Dans la pop, ce n’est plus forcément le format le plus vendeur. C’est pour ça que l’on sort des singles. Un album c’est beaucoup d’informations en même temps pour le public qui n’a plus le temps de digérer les morceaux. Donc c’est vrai, je pense que c’est davantage un accomplissement personnel. Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas sentie aussi en accord avec moi-même en créant. Ça m’a fait un bien fou, alors que le côté tournée d’une vie de DJ, c’est merveilleux, mais parfois, on est fatigué, on ne voit pas sa famille, ses amis. Utiliser un support plus large que d’habitude, ça a été une belle découverte. Ça m’a redonné une sorte de souffle. Après, si des gens se retrouvent dans le message, c’est super. Quand tu réalises un album, on va quand même plus te considérer comme une ‘vraie’ productrice. C’est une référence.

Anetha

© Mélissa De Araujo


Comment expliques-tu le titre en forme de jeu de mots, Mothearth?

Tout le monde aura compris que c’est la contraction entre Mother et Earth. Ce n’était pas évident de trouver un titre. D’autant plus qu’il y a quand même beaucoup de messages dans cet album. Donc je voulais exprimer la féminité, bien sûr, le côté mère. Puis j’avais envie un peu de faire un câlin à la nature en étant positive, parce que tout ce qui se rapporte à elle en ce moment est très négatif. En quelque sorte, ce titre évoque le fait d’avoir, à l’avenir, confiance en la féminité et en sa connexion avec la nature.


Il y a aussi pas mal d’humour dans ton album…

Oui ‘Sorry For Being So Sexy‘ est un titre ironique. Pourtant des personnes ont réagi en écrivant sur les réseaux: « Oh, elle est tellement imbue de sa personne pour dire ce genre de choses. » Alors que c’est du second degré pur et dur. Mais ça me fait rire, parce que justement, c’était le but que les gens trouvent cette phrase bizarre et qu’ils comprennent ensuite que je parle avec une certaine ironie de la condition de la femme d’aujourd’hui. On lui dit qu’il faut qu’elle soit intelligente, belle et aussi sexy, mais attention pas trop non plus, il ne faut pas que ça sorte du cadre.


Que ressens-tu quand tu chantes?

C’était la première fois que j’utilisais vraiment ma voix. C’est elle sur tous les morceaux. Au final, j’ai pris pas mal de plaisir. Il y avait du sens. J’avais vraiment une image claire de ce que je voulais dire dans les textes. C’était assez naturel, comme si j’avais un feu en moi qui voulait sortir. Cela ne m’était jamais arrivé.


Envisages-tu une déclinaison live où tu chanterais?

Je ne suis pas sûre. C’était très personnel de chanter. J’étais toute seule en studio. Sur scène, je ne suis pas certaine d’être encore capable de m’ouvrir autant au monde. DJ, c’est différent, c’est une carapace que l’on enfile.


On pense par moments à Kittin quand tu chantes…

Ce n’est pas forcément voulu, mais je crois que c’est ma plus grosse inspiration. À l’époque du lycée, le premier concert que je suis allée voir avec des amis au 4 Sans à Bordeaux, c’était Miss Kittin. Ça nous a marqués. Mais c’est très marrant que tu dises ça, parce que justement deux de ces amis qui ont entendu mon disque m’ont envoyé un message à deux jours d’intervalle: « Ah, c’est incroyable, je retrouve du Miss Kittin dans cet album, mais en plus contemporain. »


Comment définirais-tu la musique de ton album à quelqu’un qui ne te connaît pas?

C’est une musique qui se veut un peu moins club. Je voulais donner une autre vision de mon travail avec beaucoup de styles différents : trance, acid, techno, drum’n’bass, tribal. ‘Mothearth‘, le titre qui donne son nom à l’album est même hyperpop. Donc ça tend vers un truc un peu plus coloré, frais, parfois mélancolique. On pourrait le qualifier de ‘post-club’.

anetha

© Mélissa De Araujo


Comment as-tu travaillé?

J’ai tout fait toute seule, principalement dans un écolodge donnant sur un lac perdu des Landes. J’avais même peur, parce qu’il n’y avait personne autour de moi. (rires) Mais ça m’a donné beaucoup d’espace et de liberté. Et ce n’était même pas un studio. J’avais juste mon ordinateur.


Être mère t’a influencée?

Oui bien sûr. Déjà, ce qui était marrant, c’était de voir sa réaction à chaque fois que je finissais un morceau. Il y en a qu’elle n’aime pas, comme ‘Sorry For Being So Sexy’. Mais elle danse en écoutant ‘Let’s Talk About Femininity‘. Elle m’a dit: « J’adore ce morceau, c’est maman. » Ça donne de la force. Je crois aussi que, dans le futur, ça lui laissera un beau souvenir, un bel héritage. Et c’est une fille. Donc le message est pour elle.


Il y a quand même très peu de mères parmi les DJs ou les productrices techno…

C’est vrai. Il y a maintenant Amelie Lens qui m’avait demandé pas mal de conseils avant d’être mère. Je crois qu’au début de la scène, comme ce n’était pas facile pour elles de s’imposer, les femmes se sont beaucoup concentrées sur leurs carrières, ce qui est beau aussi. Mais une vétérane de la scène m’a quand même avoué qu’elle regrettait d’avoir raté ce moment. Pour être mère dans ce métier, il faut être bien entourée. J’ai cette chance. Ma famille m’a toujours soutenue, le papa fait partie de mon équipe, il aide beaucoup, et ça me permet d’être plus libre. Mais c’est une énorme logistique. Ma fille va me rejoindre ici avec son père et mes parents. On va en profiter pour passer des vacances tous ensemble. On a l’habitude de faire cela quand je suis en tournée en Amérique du Sud. Ça me permet de partager au maximum avec elle. Sinon, c’est un peu triste. Je remercie d’une certaine manière le coronavirus. Sans cette pause forcée alors que ma carrière était en pleine expansion, je ne me serai pas autorisée à avoir un enfant si tôt. J’étais vraiment concentrée sur moi‑même, un peu égoïste. Je ne me sentais pas du tout capable d’être mère. Et puis, le Covid est arrivé, j’avais plus de temps pour moi… J’ai eu pas mal de chance de pouvoir profiter de ma fille au début. J’ai annulé peut-être seulement une ou deux dates. J’ai quand même dû me faire violence pour retourner sur scène. J’avais envie d’être avec elle, dans ma bulle. Quelque chose avait changé en moi. Puis, ça a pris un peu de temps, tout est rentré dans l’ordre.


Fais-tu partie de celles et ceux qui pensent que la carrière d’un artiste se bâtit aujourd’hui en grande partie sur Instagram?

Oui, ce serait mentir de dire le contraire. Même si c’est quand même différent pour moi: ma carrière a décollé après mon passage à Boiler Room en 2018. Mais le public attend en effet de toi que tu partages ta vie sur les réseaux. C’est vrai que c’est un peu lourd. Mais c’est ce que font la plupart des artistes qui marchent très bien aujourd’hui. À part I Hate Models, qui a une manière de communiquer plus discrète. Ce qui fonctionne aussi. C’est un peu le Mylène Farmer techno. (rires) Moi, on m’a souvent reproché de ne rien partager de personnel, pourtant je suis très présente sur les réseaux, mais c’est mon personnage, pas ma vie privée. J’ai l’impression que c’est une espèce d’engrenage infernal où les gens veulent toujours plus. Ça m’effraie et je m’en suis toujours protégée. Je n’ai pas envie de poster tout le temps, ce n’est pas naturel, il faut avoir des idées. Il faut penser à être marrante alors que je ne suis pas du tout extravertie. Sauf pour ce qui est « fashion« , c’est assez facile pour moi. J’ai toujours aimé ça.


As-tu l’impression de faire partie d’une scène?

(Elle réfléchit) Ma plus grosse peur, c’est d’être comme tout le monde et je n’aime pas qu’on me mette dans des cases, appartenir à des mouvements. J’aime bien naviguer dans différents milieux. Jouer dans une soirée LGBTQIA+ au Chili, dans une fête plus techno en Allemagne ou me produire pour l’after party Lanvin, c’est enrichissant.


Te sens-tu proche de certains artistes?

Oui, il y en a plein. Déjà tous ceux de l’agence Mama Loves Ya: ABSL, Mac Declos. Après, il y a les plus gros artistes, Kobosil, Amelie Lens. Des gens qui m’ont soutenue depuis le début comme ceux de Positive Education. On a le même âge, la même expérience, on partage les mêmes opinions sur la scène et ça fait du bien.


Le milieu de la nuit a la réputation de consommer en quantité produits stupéfiants et alcool, y compris chez les DJs. Qu’en penses-tu?

Je ne prends pas de drogue donc c’est vrai que parfois j’ai l’impression d’être dans un monde parallèle. Le décès récent de Silent Servant n’est pas quelque chose d’anodin. Ça m’a même un peu traumatisée, cette histoire. Je me suis dit qu’on n’était pas plus safe en tant que DJ. Pourtant, c’est un métier qui s’est tellement professionnalisé au fil des années. C’est comme si on était des sportifs de haut niveau. Il faut tenir le rythme. Si tu bois ou si tu prends des produits, tu ne tiens pas sur le long terme. Les mentalités ont changé. Aujourd’hui on se couche plus tôt, on fait du sport. Mais parfois je ressens une certaine dichotomie entre un public qui est dans des états pas possibles et moi qui vient de me réveiller pour aller jouer. Je mets donc un peu plus de temps à me mettre dans l’ambiance. (rires)


Tu as créé ton label, ton agence de booking et de management, on sent vraiment chez toi une forte volonté d’indépendance. Ça te vient d’où?

Depuis que je suis petite, je n’ai jamais voulu qu’on m’aide ni ressembler aux autres. C’est une force qui vient de l’intérieur. Tu as envie de réussir, mais pas de dépendre des autres. Dans les grosses agences de booking, les artistes sont tout le temps comparés, c’est la course à celui qui prendra le plus d’argent. Je n’avais pas du tout envie d’entrer dans ce système. C’est pour ça que j’ai fondé Mama Loves Ya. J’avais aussi envie d’une démarche plus écologique, d’avoir ma famille autour de moi. On s’est créé notre propre bulle. Une manière de maîtriser le business et d’être entourée de gens bienveillants qui me connaissent vraiment.

Anetha

© Mélissa De Araujo


Tu possèdes un diplôme d’architecture, pour quelles raisons as-tu complètement changé de trajectoire?

Au début, ce n’était pas très conscient. Je sortais de six ans d’études assez lourdes, sans voir fait de pause, plus une année en agence où, après des études très artistiques, j’ai été confrontée à un monde très administratif, moins cool. Du coup, je ne me retrouvais plus dans la création. J’étais un peu triste. Mais j’avais toujours la musique à côté. Je me suis mise à produire, à mixer de plus en plus et au final, je n’ai jamais lâché. Mais je ne me suis pas dit: « Maintenant je vais être DJ. » C’était plus le temps de respirer et de revenir peut-être à l’architecture un peu plus tard. Le fait de posséder ce bagage me rassurait, ça m’autorisait à aller voir du côté de la musique.


Penses-tu un jour revenir à l’architecture?

De moins en moins. Mais, j’ai quand même rénové ma maison pendant presque un an à Bordeaux. À l’origine, elle avait été bâtie par un architecte des années 1970. Un gros projet qui m’a bien stressée, mais qui m’a fait beaucoup de bien aussi. L’architecture est donc toujours présente dans ma vie. Je suis tout le temps en train de sauvegarder des images sur Instagram à ce sujet. C’est une passion.


Te souviens-tu de ton premier set?

Oui, c’était à Bordeaux au Krakatoa. Une amie organisait des concerts de rock et moi, je faisais les interludes entre les groupes. Puis j’ai joué dans les soirées de mon école d’archi. Je me rappelle aussi d’une grosse fête à la base sous-marine et des passages dans des bars ou au 4 Sans avant que ça ferme.


Est-ce que la musique était présente chez toi quand tu étais enfant?

Beaucoup. Mes parents aimaient bien la musique underground. Ils n’aimaient pas écouter ce qui se passait à la radio. Ils adoraient The Cure, les Doors, Kraftwerk. Ils possédaient un club de tennis où ils organisaient tout le temps des soirées. J’étais témoin de ça. Forcément, ça marque. Ils me soutiennent beaucoup. Mon père réalise mes clips, ils viennent souvent me voir comme pour mon premier Berghain. Même à 60 ans, ce sont des ravers dans l’âme. (rires)


Tu collabores souvent avec des stylistes, ton goût pour la mode est-il aussi fort que celui pour la musique?

Un peu moins quand même. Mais un jour, j’aimerais vraiment pouvoir aller plus loin dans la création de vêtements. J’adore ça. C’est quelque chose qui me passionne parce que ça montre aussi qui tu es. Grâce à cela on peut se démarquer. J’aime bien interpeller les gens qui trouvent bizarre ma manière de m’habiller. C’est intéressant de voir leurs réactions.


Comment gères-tu tes fortes préoccupations environnementales alors que tu me parles depuis l’Amérique du Sud où tu es en tournée?

J’avoue que niveau bilan carbone, c’est décourageant. On consomme dix fois plus qu’une personne ‘normale’. Mais en même temps, il faut donner du sens à ce qu’on fait. Je me suis déjà posé la question sur le fait d’arrêter de tourner. Je pense que la musique, c’est aussi politique. C’est important de voyager, de transmettre nos messages à l’étranger. Mais j’essaie toujours quand je voyage de ne pas faire un simple un aller-retour et que mon impact soit positif. Par exemple, je ne tourne qu’une fois par an en Amérique du Sud alors que d’autres DJs viennent trois ou quatre fois. Autrement, je prends le train quand c’est possible. En termes de bilan carbone de Mama Loves Ya, nous avons été classés dans la catégorie A par Greenly. Il y a donc beaucoup de progrès quand même. Même si on a l’impression que ça n’avance pas vite, il ne faut pas se décourager. Dans notre milieu, il faut se battre pour la transition écologique. Souvent l’art et la culture permettent de faire bouger les choses.


As-tu l’impression que tes activités de productrice, de DJ et de chef d’entreprise vont toujours être les mêmes dans le futur?

Au début, j’ai essayé de me construire une image forte et que l’on reconnaisse mon son. Ensuite, j’ai créé mon label, puis mon agence, pour pouvoir proposer une plateforme d’expression, non seulement pour moi, mais aussi pour les jeunes artistes, et aider à donner un peu plus de sens à ce métier. Donc j’ai évolué dans ma manière d’être. J’avance moins en solitaire et en étant davantage dans le partage. C’est pour cela que l’agence englobe des préoccupations écologiques et que je travaille avec mes amis et ma famille. Dans le futur, j’aimerais consacrer plus de temps à la création. J’ai commencé à être off un week-end par mois. Je vais essayer de tourner différemment. Mais je ne planifie pas trop. Ce qui est agréable dans ce métier, c’est qu’on ne connaît jamais à l’avance les portes qu’il peut nous ouvrir. Il n’y a pas trop de limites.

 

Également sur tsugi.fr : Anetha crée Fané.e, son label expérimental qui suit les saisons
Visited 207 times, 1 visit(s) today