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Lisa More et Roni - La Cour © David Boschet
3 juillet 2024

Astropolis 2024, Keroual sur le front | LIVE REPORT

par Tsugi

Pour la deuxième année consécutive, le plus ancien festival électronique français s’est déroulé dans un contexte tendu. Avec cette fois-ci des élections législatives surréalistes présentes dans l’esprit de chacun-e. Cela ne nous a pas empêché de profiter de l’événement, à la programmation impeccable et à l’ambiance familiale. Sans oublier un état d’esprit résolument engagé, héritage de la grande répression des années ‘rave’ et jamais renié depuis.

Par Nicolas Bresson 

 

keroual astropolis

© David Boschet

À l’image des arbres centenaires du Manoir de Keroual qui ont su résister à la terrible tempête Ciarán déferlant sur la Bretagne à l’automne dernier, le festival brestois Astropolis doit lui aussi régulièrement faire face à l’adversité. Après une édition 2022 post-Covid qui avait vu revenir les festivaliers en masse, celle de 2023 était marquée par un recul de la fréquentation, dû sans doute aux émeutes se déroulant un peu partout sur le territoire. Avec même un risque d’annulation qui avait plané jusqu’au dernier moment. Le décès tragique d’un jeune homme en marge de l’événement gratuit ‘Beau Rivage’ n’ayant rien arrangé.

La disparition quelques mois plus tôt du co-fondateur d’Astropolis, Matthieu Guerre-Berthelot, avait également porté un coup au moral des troupes. Cette année, c’est une dissolution surprise de l’Assemblée Nationale et des élections législatives à très hauts risques -c’est peu de le dire- qui semblent en avoir refroidi plus d’un. Le nombre de festivaliers n’est pas reparti à la hausse avec environ 9500 personnes présentes à Keroual pour l’événement principal, chiffre sensiblement identique à l’an passé.

 

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Malgré cette sensation étrange de basculement imminent dans une autre France que celle que nous aimons, en cas de victoire du RN -on en saura plus dimanche 7- la fête fut réussie ! Tant sur le plan artistique que logistique, Astropolis étant, on l’a déjà écrit à plusieurs reprises, le dernier événement français directement issu de la culture rave. Et cela se ressent, à la fois dans le soin apporté à la programmation, la proximité avec les artistes, le sens de l’accueil des organisateurs et de tous les bénévoles présents sur les différents sites. Retour sur les moments clés de ce week-end brestois, entre angoisse et euphorie.

 

Journal de bord

Vendredi, 19h00 : On se pose dans la brasserie du Vauban pour assister au Nova Club de David Blot en direct. Premier morceau diffusé à l’antenne, un choix de Gildas Rioualen le directeur du festival, ‘Final Frontier’ d’Underground Resistance. Tout un symbole.

Vendredi, 23h59 : La campagne officielle a pris fin. Les médias ne peuvent plus parler de politique jusqu’aux résultats dimanche soir. Les gens que l’on croise ne souhaitent pas, non plus, vouloir s’épancher sur le sujet. Ils sont venus pour s’amuser, oublier la morosité ambiante, le temps d’une nuit, d’un week-end. On ne va pas leur jeter la pierre.

Samedi, 0h00 : C’est parti pour le premier set, au sous-sol du Vauban : celui de L’Etalon Disco, DJ nantaise, ambiance house new-yorkaise très 90s. Il fallait bien cela pour nous réchauffer le cœur.

Samedi, 2h00 : C’est au tour de Gerd Janson de prendre les platines, entre house solaire, disco, déviations acidifiées. C’est fluide, parfaitement exécuté, comme toujours avec le fondateur du label Running Back. Il nous avait confié être arrivé fatigué -comme beaucoup de DJs globe-trotters… Mais il a visiblement su trouver les ressources pour assurer une prestation impeccable !

Samedi, 4h00 : On brave le froid de la nuit brestoise pour rejoindre La Suite, bien connu club situé sur le port où se déroule la deuxième soirée du vendredi. La Britannique Imogen déroule une techno percutante et mentale, parfaite pour mettre son cerveau sur pause.

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Samedi, 16h00 : On part en ville s’acheter un Kouign Amann à ramener à Paris. Parce qu’on sent que la semaine suivante va être particulièrement pénible. Et cette pâtisserie typiquement bretonne pleine de beurre et de sucre a quand même quelque chose de réconfortant.

Samedi, 17h00 : On rejoint les événements gratuits du festival, qui se déroulent tout prêt de notre hôtel. Au ‘Combo Bongos Open Air’ organisé par un collectif nantais en mode house/black music on retrouve L’Etalon Disco, cette fois ci-derrière le bar pour filer un coup de main aux copains, tandis que résonne l’excellent ‘PYT ‘(Pretty Young Thing)’ de Michael Jackson. C’est ça aussi, Astropolis.

Samedi, 23h00 : Après un barbeuc’ chez des copains brestois, on débarque sur le site de Keroual. Sur la scène Mekanik, la DJ Lizzie – elle aussi nantaise – met les pieds dans le plat et balance ‘Porcherie’ de Bérurier Noir -groupe qui, on s’en souvient, avait joué à Astro en 2005. Le chapiteau entier s’époumone sur le refrain ‘la jeunesse emmerde le Front National’. On se dit que la soirée commence bien.

Samedi, 23h30 : Un autre nantais -décidément- Simo Cell nous envoie en l’air avec sa bass music/break/expérimentale mais demeurant super dansante. On valide à 1000%. Majorité absolue !

Samedi, 23h45 : On passe voir Big Red, mais ce dernier a déjà lâché le micro pour laisser son DJ s’exprimer seul. Une habitude, nous a-t-on dit, pour que chaque artiste puisse avoir droit à ‘son’ moment. Ou alors une performance par procuration ?

Dimanche, 00h00 : La canadienne Marie Davidson délivre un live électronique virant ensuite vers des beats plus 4/4 et se déchaîne au micro. Techno et punk à la fois.

Dimanche, 01h00 : DJ Seinfeld puis Mall Grab délivrent chacun leur vision d’une house colorée, festive et pleine de ‘good vibes’. Exactement ce qu’il nous fallait.

 

Sur tsugi.fr : En écoute : Manu Le Malin & Kmyle en collab’ sur ‘Little Big Man’ keroual

 

Dimanche, 02h30 : Il est temps de passer aux choses ‘sérieuses’ sur la scène Mekanik, la scène hardcore du festival, programmée par Manu le Malin. C’est d’ailleurs ce dernier qui ouvre le bal avec le Belge [KRTM] pour une performance ‘hybrid live’, qu’ils étaient encore en train de fignoler la veille dans une chambre du Vauban. Une performance un peu trop linéaire mais, comme ils sont encore en rodage, on reste indulgent pour en profite du début à la fin.

Dimanche, 4h00 : On entre dans ce moment où le temps s’accélère, où l’on ne sait plus où donner de la tête. On loupe le live de Blawan, on kiffe le DJ set de Rabbeat, un Lyonnais devenu protégé de Manu le Malin, qui propose lui aussi un hardcore lent et sombre.

Dimanche, 6h00 : On termine la nuit avec Laurent Garnier. On reconnait certains tracks de son dernier album. Lui n’ose plus jouer les Béru, à la suite d’une shitstorm sur les réseaux sociaux il y a quelques années. Dommage. Parce qu’on les emmerde toujours non ?

keroual astropolis

Laurent Garnier © David Boschet

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Dimanche, 19h00 : Un premier sondage belge sur des projections en sièges à l’Assemblée indique une très possible majorité absolue pour le RN. Dur retour à la réalité.

Dimanche, 20h00 : Les chiffres des médias français ne sont pas aussi affirmatifs. Rassurants ? Bof.

Lundi, 0h00 : On se console à l’after, de nouveau au Vauban. La franco-camerounaise Tatyana Jane excelle dans l’art de fusionner les genres, passant d’un morceau drum’n’bass à la de la techno en parfaite déconctraction. Puis Manu le Malin aka The Driver enchaine avec un mixe techno apocalyptique de circonstance. Ambiance fin du monde. Mais après l’hiver vient toujours le printemps ! Et puis, il n’est pas encore trop tard pour changer la donne.

 

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