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© Yohann Cordelle
13 juin 2024

Olympe4000 & DJ Physical, laborantins de la nouvelle scène club | INTERVIEW

par Léa Crétal

Il s’inscrit (selon nous) parmi les meilleures sorties électroniques de l’année : le dénommé Hack Me I’m Famous, nouvel EP d’Olympe4000 et DJ Physical sorti le 12 juin. Fruit d’une collaboration insoupçonnée -qui s’avère plus que réussie- le projet mêle les univers des deux artistes « décomplexés », pour un résultat proche de l’osmose. On en a discuté avec eux. 

Abaissement du pont-levis : avec Hack Me I’m Famous, la DJ-productrice et boss du label Adrenaline Quality Olympe4000 et le DJ-producteur DJ Physical nous ouvrent les portes de leur fief hybride. Entre techno, trance, breakbeat et reggae (oui, oui). Qui l’eut crû ? En tout cas pas nous. Leur amitié et collaboration étant restée -très- discrète sur les réseaux sociaux, on a été surpris-es d’apprendre l’association de ces deux poids lourds de la nouvelle scène française. Mais immédiatement ravi-es à la découverte de l’EP. Car la fusion de leurs univers respectifs a donné naissance à un projet qui galope tout en planant ; ou qui plane tout en galopant… Peu importe.

À l’occasion de cette sortie, on a tenu à discuter avec Olympe et Physical. Ils nous ont parlé de santé mentale, de leur rapport aux réseaux sociaux et de leur amour commun pour le décloisonnement musical.

 

Comment est née l’idée de produire cet EP à deux ?

DJ Physical : J’ai contacté Olympe par mail il y a un an et demi, pour lui proposer une collaboration. Initialement, j’avais en tête de faire un single avec elle. Mais de fil en aiguille, ça a abouti sur un EP de cinq tracks.

Olympe4000 : Personnellement, je refuse rarement un café pour discuter de musique. On s’est directement bien entendus. On a commencé à travailler un track ensemble en studio. Au fur et et à mesure, on s’est lancé sur un autre morceau et finalement on s’est dit : « Autant faire un projet complet ! »

 

Qu’est-ce que vous aimez dans l’univers musical de l’autre ? 

DJ Physical : Ce qui me plaît c’est son côté nouvelle génération, très décomplexé.

Olympe4000 : Moi j’adore ses prods. C’est une machine de guerre de la production, il faut le dire. J’aime beaucoup ses hybridations, son mélange entre techno et breaks. Je pense que notre vision de la musique de club est assez similaire. Notamment en ce qui concerne notre volonté d’hybrider les styles.

 

 

Comment ça s’est passé au studio ? Aviez-vous des rôles définis dans le processus de production ?

Olympe4000 : Je lui ai d’abord envoyé des morceaux que j’avais faits, mais jamais finis. C’est là que travailler en collaboration peut devenir très intéressant, ça peut ouvrir/développer le processus créatif.

DJ Physical : On a commencé de manière interposée, chacun chez soi. On s’envoyait des morceaux ou des stems (pistes, ndlr) mais c’était compliqué pour dialoguer. Il y a une magie au studio qui ne peut pas se produire instantanément par messagerie. Donc finalement, on a fini par travailler depuis chez moi. On a tout fait l’un avec l’autre, côte à côte. Il y avait une vraie synergie.

olympe4000

© Yohann Cordelle

 

L’EP combine kicks rapides, rythmiques frénétiques et infra-basses avec des nappes planantes. On a comme la sensation d’avoir les deux pieds bien ancrés dans le sol, la tête dans les nuages. C’était l’effet recherché ?

DJ Physical : Ça s’est fait naturellement, dans cette volonté d’alliage des styles. Il y a parfois un côté très urbain, comme dans ‘Out Of The Race’, où c’est presque de la trap avec des 808. En même temps il y a de la jungle, des pads plus profonds et des sonorités trance.

Olympe4000 : C’est un effet qu’on a recherché sur le premier track en tout cas, mais ce n’était pas forcément volontaire pour le reste de l’EP. Pour amorcer le projet, on avait en tête de faire une introduction avec un long pad aérien, avec le vocal de l’interview de Lady Gaga. Mais ça s’est fait tout seul sur les autres morceaux.

 

« Avec le confinement, j’ai eu envie de partir sur des choses plus franches et d’augmenter les BPM » DJ Physical

 

À ce propos, vous utilisez un sample d’une citation de Lady Gaga : « No sleep! Bus, club, another club, another club, plane, next place ». C’est la vie que vous menez ?

Olympe4000 : Oui, clairement. Dans cette interview Lady Gaga parle du début de sa carrière, quand elle en était au stade d’artiste émergente. Là où on en est aujourd’hui, finalement. Pendant cette phase, tu dois faire tes preuves, être sur tous les fronts et savoir être un couteau suisse. C’est un passage obligatoire et c’est dur. Mais la plupart des artistes sont déjà passés par là. Je trouve ça inspirant de réaliser que mêmes les plus grands ne brillent pas d’un coup. C’est tout un processus, le travail d’une vie.

DJ Physical : Pareil de mon côté. C’est ce à quoi ressemble mon rythme de plus en plus. Il faut être présent partout et ça peut être compliqué, parce qu’il faut aussi rester focus sur ce qu’on aime. On a tous et toutes forcément imaginé auparavant le moment où ça allait commencer à se passer de mieux en mieux, et on l’a « toujours voulu ». Mais une fois que ça arrive, tu vois l’envers de la broderie. Croire qu’à un moment donné il y a une ligne d’arrivée à laquelle tu arrives et après tout glisse, c’est un leurre.

 

olympe4000

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Vous avez tous les deux commencé par la house : DJ Physical en tant que producteur, Olympe en tant que DJ. Par quelx processus créatifs êtes-vous passé-es pour en arriver à la scène breaks/techno/bass/ghetto ?

DJ Physical : Le tournant, ça a été le confinement. À force de rester enfermé longtemps, il y a une frustration de ne pas sortir, ne pas avoir de vie sociale… Ça m’a donné l’envie de partir sur des choses plus franches et d’augmenter les BPM. M’énerver un peu plus, en quelque sorte.

Olympe4000 : Personnellement, j’ai commencé à mixer à l’âge de quinze ans. Je jouais de la house et principalement du hip-hop. À l’époque, je me considérais déjà davantage comme une selector que comme une DJ axée sur un seul genre. Aujourd’hui encore, je mélange énormément de choses.

Je fais aussi de la musique lente et expérimentale, qui ne correspond pas à ce que je peux jouer en club. Donc en plus d’Olympe 4000, j’ai créé un autre projet secret avec lequel je joue à des évènements de niche type performances de danse, expos… Je crois n’avoir jamais appartenu à un seul style.

 

Votre EP invite à questionner notre rapport à la technologie. À ce propos, en tant qu’artistes vous êtes aujourd’hui quasi-obligés d’investir le champ des réseaux sociaux. Comment le vivez-vous ?

Olympe4000 : Étant donné la place que prennent Instagram et les vidéos dans l’écosystème de la musique électronique, on est amené à se demander comment craquer l’algorithme. Ça peut finir par dénaturer le processus créatif et entraîner des rapports de comparaison-compétition entre artistes. Il y aussi un impact sur la santé mentale car tu es sur-sollicité-e.

DJ Physical : On nous demande d’avoir des vidéos pour les réseaux sociaux. Au moment de préparer nos sets, on va choisir sélectionner certains morceaux en fonction de leur potentiel vidéo/promotion. Ça te pousse à te poser des questions qui ne sont pas les bonnes. Je trouve qu’il y a une vraie liberté pour les DJs à jouer dans des clubs où les photos et vidéos ne sont pas autorisées. À Berlin par exemple, c’est cool de pouvoir jouer quatre heures sans penser en termes de stratégie réseaux, se mettre à 100% dans le set et se concentrer sur les 500 personnes qui se tiennent devant toi.

 

Également sur tsugi.fr : Artistes et réseaux sociaux : un job à plein temps ?

 

olympe4000

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Est-ce que ça ronge votre temps de processus créatif ?

Olympe4000 : Carrément. On doit toujours réfléchir à quelle image on veut véhiculer. Et en même temps, ça reste important de réfléchir à ça. Si tu es un personnage semi-public, c’est bien de véhiculer des choses qui te tiennent à coeur et qui te semblent importantes. Ça peut aussi être un terrain de jeu de définir toute ton identité et de penser avec des graphistes, vidéastes, stylistes…

Mais ça prend de la place et ça ramène à cette idée de « craquer l’algorithme ». Comme s’il y avait des modèles tous faits à suivre pour que les vidéos marchent. C’est terrible… parce que ça marche vraiment.

DJ Physical : C’est qui est assez paradoxal, c’est qu’on nous demande d’appliquer des modèles très normés sur les réseaux sociaux, tout en devant faire la différence. C’est parfois compliqué à gérer car pour être créatif, il te faut une liberté. Sauf qu’on nous impose beaucoup de choses. Ce n’est pas évident.

 

Quoi de prévu à la suite de la sortie de l’EP ? Peut-être des B2B ?

DJ Physical : On espère que des programmateur-ices ont prévu ça pour nous ! (rires) Pour l’instant, on n’a aucun B2B de prévu. Mais in fine, on voudrait pouvoir mettre tout ça en musique et en scène, oui. On défendra volontiers cet EP en B2B.

Olympe4000 : On compte quand même en faire un sur ma résidence radio chez Rinse ! Sinon, on a tourné un super clip sur lequel on travaille depuis six mois. La Machine du Moulin Rouge nous a mis à disposition ses locaux pour le tournage dedans. Le clip sera lié au thème de l’EP, sur la santé mentale et les réseaux sociaux. On va certainement organiser une soirée-projection à la Machine pour remercier les personnes qui nous soutiennent.

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