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Bantu Spaceship / Urumi / Canblaster © Nico M / Mozpics
11 décembre 2023

Les Trans 2023 : à l’Ouest, rien que du nouveau | LIVE REPORT

par Corentin Fraisse

Tou-toute première fois : il m’aura fallu attendre 2023 pour découvrir les Trans Musicales. Autant dire que l’institution rennaise, qui fêtait là sa 45ème édition, m’a accueilli à bras ouverts. Un live report fait de bonnes surprises, de grippe saisonnière et de galettes-saucisses. 

« À Rennes, rien ne prend sauf le feu ». Le dicton serait apparu après l’incendie qui, fin décembre 1720, a ravagé plus d’un tiers de la ville en moins d’une semaine. Laissant un tiers de la population à la rue (toujours fin décembre 1720 à Rennes, donc face à la mort). La formule fait forcément référence aux -TRÈS- nombreux incendies connus par la capitale bretonne au fil des siècles : 51 entre le XIIe et le XVIIIe siècle, 46 au XIXe siècle et 97 au XXème. Rien que ça. Le dicton se répand plus tard, mais sans doute employé au second voire troisième degré, tant le dynamisme et la créativité des Rennais sont manifestes.

Revenons vite au Rennes de 2023, où les Trans (Musicales) se sont implantées il y a 44 ans. Finalement, certaines choses prennent à Rennes, et prennent même très bien. C’était la première édition de l’emblématique festival défricheur pour celui qui écrit ces lignes. Et j’ai bien choisi mon année : 52.000 festivaliers et festivalières du 6 au 10 décembre, dans de nombreuses salles rennaises la journée/début de soirée… Puis lors des nuits au Parc Expo, qui a connu une fréquentation record. Les navettes s’en souviennent.

 

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On aura passé pas mal de temps au Liberté, coeur battant des Trans au centre-ville, comme les 15.000 personnes qui s’y sont rendues durant le week-end. Pour onze concerts gratuits sur trois jours : on y a vu le rock pop-cold wave de Championne, le rock qui tâche tendance garage de Dynamite Shakers ou le passage pas toujours cohérent mais ô combien énergique de Our Lights, qui a fait danser/sauter l’assistance à 16h30. Perf admirable. On y a aussi vu le quintet Mokhtar, avec ses compos à base funk et ses touches orientales, basse simple au grain acide agrémenté d’un duo saxo-basson bougrement efficace. Mais aussi HUUSH, avec ses trois gars échappés du groupe rennais Eighty pour un electro-rock sans chichi. Le groupe sait tenir un public, c’est une évidence. Les titres sont majoritairement en anglais, mais les deux chansons qui emportent la salle sont en Français, pour deux hymnes fédérateurs : « Traquenard » et surtout « Boire et danser ». Peut-être faudrait-il se concentrer là-dessus ?

Dynamite Shakers trans

© Elodie Le Gall

 

On prend une galette-saucisse traditionnelle, une bolée de cidre (ça part en classiques) puis on se rend au Parc Expo pour les nuits. Direction la navette en bus, pratique le jeudi soir, beauuuuucoup plus bondée -car prise d’assaut- le vendredi et le samedi. Sur place, on a eu quelques très belles surprises musicales, un poil de déception et une très grosse confirmation. Débriefons ensemble.

Dans les hangars du parc des expositions, on a déjà pu assister au nouveau live de Jacques, intitulé ‘Vidéochose’. L’avis avait l’air positif et partagé par quasiment tout le monde lors du débrief post-concert. De notre côté on n’a pas vraiment été transporté : Jacques reprend sa musique faite avec des objets et prolonge le concept en y ajoutant de la vidéo. Il a notamment créé un générateur de phrases : « j’ai mis 60 sujets, 60 verbes, 60 compléments ». Alors ça donne des phrases comme ‘La planète évite l’évidence’ ; ‘La fierté contrôle le système’ ; ‘Internet récolte la vérité’. Bon. Côté musique, à part quelques ‘accidents’ sonores bien volontaires (craquements, aboiements de chien, même le ‘bip’ que vos enceintes amplifient quand vous allez recevoir un SMS), rien d’exceptionnel. Basses métalliques, mélodies assez sucrées, parfois en 8-bit. Si tu veux faire un live expérimental, vas-y à fond. Là on garde le séant entre deux chaises.

jacques trans 2023

© Nico M

 

Grosse et très bonne surprise avec King Kami : du baile funk et un peu de kicks qui tapent, ça fait du bien. Première en France plus que réussie pour la Brésilienne adoptée depuis treize ans par Lisbonne. Ambiance after sombre, alors qu’il n’est que minuit et demi. Même chose avec le Québécois Flore Laurentienne et son live néobaroque pour un moment hors du temps, orchestral, contemplatif (merci pour ça). Là où on ne s’attendait pas à grand chose, c’était pour Le Motel x Magugu : on a bien eu tort. Le producteur bruxellois connu pour ses travaux avec la scène rap, est ici venu avec le rappeur nigérian Magugu qui étale son ‘pidgin rap’. Un set afro/ragga gavé d’énergie dévastatrice, de basses dub, de bass music… Bref c’est la fête.

trans

Le Motel x Magugu © Nico M

 

Gros coup de chapeau à la batteuse/chanteuse Roni Kaspi et sa tignasse rose, qui ont enchanté le Hall 8. Les parties chantées nous touchent moins, mais les solo de batterie sont vraiment impressionnants. Ça emprunte autant à Snarky Puppy qu’à Hiatus Kayiote… Sept minutes de solo ? La meuf c’est Larnell Lewis ou quoi ? Performance également assez cool pour TINP : outre ce nom de scène croustillant, c’est du boum boum electro clash / techno. Même si elle joue et chante sur PBO… Bonne claque devant la Lituanienne Monikaze, avec un set moins electronica que prévu et bien plus techno. Basses qui bourdonnent, beats lourds, ça envoie très très fort. On aura aussi bien aimé les passages de Surushinghe, des japonais de Moja… Et on fut beaucoup plus déçu par l’espoir rock Uche Yara, ainsi que par le concert de Raul Refree à l’opéra de Rennes.

 

Un trio Bantu Spaceship / Canblaster / Urumi au sommet des Trans

Trois performances se sont démarquées, en tout cas dans notre weekend, avec un trio Bantu Spaceship – Canblaster – Urumi. Voyez plutôt. En effet le collectif afrofuturiste Bantu Spaceship a fait forte impression : une musique on-ne-peut-plus dansante, portée par des voix claires, les guitares de la ‘jit’ (musique populaire zimbabwéenne cousine de la rumba congolaise) le tout saupoudré de kicks électroniques et de sonorités new wave années 1980. Ça danse dans le hangar.

bantu spaceship

Bantu Spaceship © Renan Péron / Mozpics Renan Péron

 

Gros succès et confirmation pour Canblaster : l’ex-membre de Club Cheval amoureux des synthés modulaires a rempli le Hall 9. Et on comprend : son live turbine très fort. Les kicks sont agressifs, il passe par un peu de jungle/UK garage… On ne fait pas la fine bouche, ça fonctionne très bien sur nous. Il virevolte et semble très à l’aise au milieu de ses machines. Un live complet et intelligemment construit qui a fait forte impression.

canblaster

Canblaster © Nico M

 

Urumi nous a mis une petite tarte bienvenue : arrivée après Mind Against, gros nom rassembleur qui n’a rien livré de surprenant, la productrice parisienne est « venue pour en découdre » (selon ses propres mots). « Alors j’espère que vous êtes chauds, je vous le dis ». La fondatrice du collectif Girls Do It Better a attaqué fort son passage aux Trans, et n’a jamais faibli. Eurodance, house, hardstyle. Elle gueule comme dans une kermesse « allez on saute, on saute! » Elle remixe et sample des tracks qui font plaisir, notamment « Milkshake » de Kellis et envoie son techno-rap ultra efficace (merci encore pour ce remix de « Sadio » par Hamza et Offset). C’est la teuf dans tout ce qu’il y a de plus débile, et on adore ça. Résumé en quelques vidéos ici

Urumi Trans

Urumi © Nico M

 

Coup de chapeau aux Trans pour ses clôtures de soirées. Une chose est sûre, le festival sait conclure : Sextile jeudi, Swooh vendredi, Roni samedi. Solide.

Très heureux d’avoir vécu cette première expérience des Trans. Outre les lives, on aura aimé les conférences, l’effervescence de toute une ville comme Rennes autour d’un même événement festif, défricheur et définitivement rassembleur. De ce mélange de gens et de genres, qu’on se retrouve dans un hangar ou dans un opéra. Apparemment lorsqu’on vit son premier week-end aux Trans, on a de bonnes chances de tomber malade. Voulant m’impliquer corps et âme, je ne déroge pas à cette tendre tradition. Alors on aura raté quelques lives qui nous faisaient de l’oeil : notamment Kabeaushé, Sami Galbi, The Caracal Project, Chalk, Roni

« À Rennes, rien ne prend sauf le feu » : on va finalement répondre au premier degré au dicton. En affirmant que non : les Trans ont pris -et bien pris- il a 45 ans. Et le festival n’a vraiment pas l’air de faiblir, bien au contraire.

 

On vous laisse avec une mini-playlist de notre week-end aux Trans :

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