Tour-Maubourg / © Thomas Brandy

Tsugi Podcast 608 : Tour-Maubourg, fleuron de la house française

Pour ce pod­cast 608, nous avons le plaisir d’ac­cueil­lir le jeune Tour-Maubourg, fleu­ron de la house française et égérie du label parisien Pont Neuf Records. Il nous offre un mix sub­til et sophis­tiqué, à la croisée des chemins du jazz et de la house.

Cela fait main­tenant plusieurs années que Pierre alias Tour-Maubourg s’est arrogé une place de choix dans l’échiquier de la house française, et parisi­enne en par­ti­c­uli­er. Pro­duc­teur ultra-prolifique (on se sou­vient de qua­tre EPs sor­tis sur la seule année 2018) et mélo­mane con­fir­mé, Tour-Maubourg ren­voie une approche de la musique curieuse et pointue. Nav­iguant entre la house, le jazz, le bro­ken beats ou la deep-house, ce jeune éclaireur musi­cal attache une impor­tance toute par­ti­c­ulière à l’ex­péri­men­ta­tion et au décloi­son­nement lorsqu’il s’ag­it de vision artis­tique. En guise de con­sécra­tion (pre­mière d’une longue série?), son pre­mier album Par­adis Arti­fi­ciels sort le 4 décem­bre sur Pont-Neuf Records. Il nous livre donc ici un mix élé­gant et tra­vail­lé. À déguster frais, sans modération.

 

Par­le nous de ce mix : qui sont les artistes présents ? Que représentent-ils pour toi ?

On retrou­ve pas mal de choses que j’aime, de Rhythm and Sound à Jan Jelinek en pas­sant par Boo Williams ou Patrice Scott. Le tronc com­mun de tous ces artistes/morceaux est la recherche d’une cer­taine élé­gance dans le son. Quelque chose de beau, d’efficace. Au-delà de ça, ce sont tous des artistes dont j’admire le travail.

Le tronc com­mun de tous ces artistes/morceaux util­isés ici est la recherche d’une cer­taine élé­gance dans le son.”

Quelles émo­tions tentes-tu de trans­met­tre ici ?

Comme on est en plein con­fine­ment, j’ai essayé de com­mencer par quelque chose de doux, min­i­mal­iste, presque ambi­ent, pour emmen­er par la suite l’auditeur vers quelque chose de plus “musi­cal” en fin de set. On ter­mine sur le pre­mier sin­gle de mon album, “Ode to Love”. Je dirais en tout cas que le set est infusé de jazz.

Tour-Maubourg

Tour-Maubourg / © Thomas Brandy

Par­le nous de ton pre­mier album…

Il sort le 4 décem­bre 2020 sur Pont Neuf Records. Je pense n’avoir jamais autant tra­vail­lé un disque. For­cé­ment c’est un pre­mier album donc ça implique beau­coup de tra­vail, mais j’ai été très sur­pris par ma capac­ité à revenir sur les morceaux, les peaufin­er, les détester, les retra­vailler et en re-tomber amoureux. C’est un proces­sus qui est long (deux ans), très angois­sant aus­si car c’est la pre­mière fois que je me livre autant, et qu’en deux ans on a le temps de douter, mais ça a été extrême­ment enrichissant.
Pour ce qui est de la musique c’est un album hybride, entre jazz et élec­tron­ique. C’est un peu un melting-pot de ce que j’ai tou­jours pu écouter, depuis que je suis petit, avec les sons que j’ai décou­vert en plongeant dans la musique élec­tron­ique. On y trou­ve du break­beat, du down­tem­po, de la house, et même un peu d’acid.

Tour-Maubourg

Art­work de Par­adis Artificiels

Pour le côté visuel, l’in­spi­ra­tion prin­ci­pale étaient les pochettes du label Blue Note des années 50, 60 et 70. À la fois pour le clin d’œil au jazz qui est omniprésent dans ma musique, mais aus­si de par leur intem­po­ral­ité. C’était ma pre­mière préoc­cu­pa­tion pour cette pochette. De pou­voir la regarder dans 10 ans et con­tin­uer d’en être fier. Je ne sais pas si on a réus­si mais en tout cas, c’é­tait notre moti­va­tion au départ. On a fait appel à un photographe/réalisateur indépen­dant, Thomas Brandy. Il a égale­ment réal­isé un clip en Super 8 pour le pre­mier sin­gle, tou­jours dans cette idée d’intemporalité. Pour la pochette, on a tra­vail­lé avec CM-DP. On y retrou­ve un petit côté St Ger­main, bien sûr un clin d’œil à cet artiste qui me fascine par sa musique, son élé­gance dans la pro­duc­tion, mais aus­si sa dis­cré­tion, sa sim­plic­ité. Tout le monde se fout de qui il est. On l’é­coute pour sa musique, un point c’est tout, et c’est ça qui est magnifique.

 

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Quel est ton regard sur la scène élec­tron­ique aujour­d’hui ? Où te situes-tu (si tu te situes quelque part) ? 

C’est assez com­pliqué comme ques­tion. D’un côté je trou­ve qu’on a la chance d’avoir en France une effer­ves­cence rare, avec énor­mé­ment de labels qui nais­sent et se dévelop­pent, énor­mé­ment de tal­ents qui émer­gent grâce à leur pro­duc­tion et l’engouement gran­dis­sant pour la MAO. On a donc une grande quan­tité de sor­ties, sou­vent très bien pro­duites, bien mixées, très effi­caces, mais finale­ment peut-être un peu for­matées. Ce que j’espère de tout cœur c’est que les per­son­nes qui écouteront l’album le trou­vent, au-delà de toute autre appré­ci­a­tion, sin­guli­er, élé­gant ou intéres­sant. Je préfère me dire que ma musique éveille une cer­taine curiosité plutôt qu’être une “machine à banger”.

Je préfère me dire que ma musique éveille une cer­taine curiosité plutôt qu’être une “machine à banger”.”

En tant qu’artiste, com­ment te sens-tu par rap­port au con­texte actuel ? 

Que dire ce qui n’a pas été déjà dit ? Dans un pre­mier temps, on a bien rigolé, on s’est reposé et on s’est dit « cool on a le temps de pren­dre le temps, les dates seront repoussées à 2021 au plus tard, tout ira bien. Profitons-en pour créer ! ». Main­tenant ça devient juste long. On n’a plus aucune vis­i­bil­ité sur notre avenir. On espère juste que les gens au pou­voir tra­vailleront main dans la main avec les acteurs du milieu pour relancer les tournées et tous les corps de méti­er qui par­ticipent à faire vivre la musique et notre cul­ture. Ce qui est cer­tain c’est que c’est le moment de repenser notre méti­er, et surtout la rémunéra­tion des artistes qui, sans les dates, ont du mal à join­dre les deux bouts, même s’ils ren­con­trent un cer­tain suc­cès auprès du public.

Pour ce qui est du posi­tif, je trou­ve que cette péri­ode per­met à cer­tains acteurs du secteur de mon­tr­er leur impli­ca­tion dans la vie artis­tique et cul­turelle du pays ou de leur ville. Je pense notam­ment à l’équipe qui gère le Sacré à Paris, qui organ­ise tous les soirs des DJ sets et inter­views depuis quelques mois main­tenant. Con­tre vents et marées, mal­gré une sit­u­a­tion qui devrait les pouss­er à baiss­er les bras, ils sont là, ils sou­ti­en­nent la scène locale, leur offrent quo­ti­di­en­nement un espace pour s’exprimer. Ils tien­nent bon et j’ai énor­mé­ment de respect pour eux. J’espère vrai­ment que ça paiera quand les clubs rou­vriront. Ils le méritent !

Track­list :

  1. Vagues imag­i­naires — l’île sous l’eau — space birthday
  2. Jan Jelinek — Tendency
  3. Rhythm & Sound — See Mi Version
  4. Rhaud­er & Paul St Hilaire ‑No News (Rhaud­ers Dub)
  5. John Swing — G jazz
  6. Boo Williams — Eter­nal mind
  7. Patrice scott — The detroit upright
  8. Heav­en and earth — Pre­scrip­tion every night
  9. Sublee- Wel­come A
  10. Tour-Maubourg — Ode to love
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