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Tour-Maubourg / © Thomas Brandy
25 novembre 2020

Tsugi Podcast 608 : Tour-Maubourg, fleuron de la house française

par Théo Poddevin

Pour ce podcast 608, nous avons le plaisir d’accueillir le jeune Tour-Maubourg, fleuron de la house française et égérie du label parisien Pont Neuf Records. Il nous offre un mix subtil et sophistiqué, à la croisée des chemins du jazz et de la house.

Cela fait maintenant plusieurs années que Pierre alias Tour-Maubourg s’est arrogé une place de choix dans l’échiquier de la house française, et parisienne en particulier. Producteur ultra-prolifique (on se souvient de quatre EPs sortis sur la seule année 2018) et mélomane confirmé, Tour-Maubourg renvoie une approche de la musique curieuse et pointue. Naviguant entre la house, le jazz, le broken beats ou la deep-house, ce jeune éclaireur musical attache une importance toute particulière à l’expérimentation et au décloisonnement lorsqu’il s’agit de vision artistique. En guise de consécration (première d’une longue série?), son premier album Paradis Artificiels sort le 4 décembre sur Pont-Neuf Records. Il nous livre donc ici un mix élégant et travaillé. À déguster frais, sans modération.

 

Parle nous de ce mix : qui sont les artistes présents ? Que représentent-ils pour toi ?

On retrouve pas mal de choses que j’aime, de Rhythm and Sound à Jan Jelinek en passant par Boo Williams ou Patrice Scott. Le tronc commun de tous ces artistes/morceaux est la recherche d’une certaine élégance dans le son. Quelque chose de beau, d’efficace. Au-delà de ça, ce sont tous des artistes dont j’admire le travail.

« Le tronc commun de tous ces artistes/morceaux utilisés ici est la recherche d’une certaine élégance dans le son. »

Quelles émotions tentes-tu de transmettre ici ?

Comme on est en plein confinement, j’ai essayé de commencer par quelque chose de doux, minimaliste, presque ambient, pour emmener par la suite l’auditeur vers quelque chose de plus “musical” en fin de set. On termine sur le premier single de mon album, « Ode to Love ». Je dirais en tout cas que le set est infusé de jazz.

Tour-Maubourg

Tour-Maubourg / © Thomas Brandy

Parle nous de ton premier album…

Il sort le 4 décembre 2020 sur Pont Neuf Records. Je pense n’avoir jamais autant travaillé un disque. Forcément c’est un premier album donc ça implique beaucoup de travail, mais j’ai été très surpris par ma capacité à revenir sur les morceaux, les peaufiner, les détester, les retravailler et en re-tomber amoureux. C’est un processus qui est long (deux ans), très angoissant aussi car c’est la première fois que je me livre autant, et qu’en deux ans on a le temps de douter, mais ça a été extrêmement enrichissant.
Pour ce qui est de la musique c’est un album hybride, entre jazz et électronique. C’est un peu un melting-pot de ce que j’ai toujours pu écouter, depuis que je suis petit, avec les sons que j’ai découvert en plongeant dans la musique électronique. On y trouve du breakbeat, du downtempo, de la house, et même un peu d’acid.

Tour-Maubourg

Artwork de Paradis Artificiels

Pour le côté visuel, l’inspiration principale étaient les pochettes du label Blue Note des années 50, 60 et 70. À la fois pour le clin d’œil au jazz qui est omniprésent dans ma musique, mais aussi de par leur intemporalité. C’était ma première préoccupation pour cette pochette. De pouvoir la regarder dans 10 ans et continuer d’en être fier. Je ne sais pas si on a réussi mais en tout cas, c’était notre motivation au départ. On a fait appel à un photographe/réalisateur indépendant, Thomas Brandy. Il a également réalisé un clip en Super 8 pour le premier single, toujours dans cette idée d’intemporalité. Pour la pochette, on a travaillé avec CM-DP. On y retrouve un petit côté St Germain, bien sûr un clin d’œil à cet artiste qui me fascine par sa musique, son élégance dans la production, mais aussi sa discrétion, sa simplicité. Tout le monde se fout de qui il est. On l’écoute pour sa musique, un point c’est tout, et c’est ça qui est magnifique.

 

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Quel est ton regard sur la scène électronique aujourd’hui ? Où te situes-tu (si tu te situes quelque part) ?

C’est assez compliqué comme question. D’un côté je trouve qu’on a la chance d’avoir en France une effervescence rare, avec énormément de labels qui naissent et se développent, énormément de talents qui émergent grâce à leur production et l’engouement grandissant pour la MAO. On a donc une grande quantité de sorties, souvent très bien produites, bien mixées, très efficaces, mais finalement peut-être un peu formatées. Ce que j’espère de tout cœur c’est que les personnes qui écouteront l’album le trouvent, au-delà de toute autre appréciation, singulier, élégant ou intéressant. Je préfère me dire que ma musique éveille une certaine curiosité plutôt qu’être une “machine à banger”.

« Je préfère me dire que ma musique éveille une certaine curiosité plutôt qu’être une “machine à banger”. »

En tant qu’artiste, comment te sens-tu par rapport au contexte actuel ?

Que dire ce qui n’a pas été déjà dit ? Dans un premier temps, on a bien rigolé, on s’est reposé et on s’est dit « cool on a le temps de prendre le temps, les dates seront repoussées à 2021 au plus tard, tout ira bien. Profitons-en pour créer ! ». Maintenant ça devient juste long. On n’a plus aucune visibilité sur notre avenir. On espère juste que les gens au pouvoir travailleront main dans la main avec les acteurs du milieu pour relancer les tournées et tous les corps de métier qui participent à faire vivre la musique et notre culture. Ce qui est certain c’est que c’est le moment de repenser notre métier, et surtout la rémunération des artistes qui, sans les dates, ont du mal à joindre les deux bouts, même s’ils rencontrent un certain succès auprès du public.

Pour ce qui est du positif, je trouve que cette période permet à certains acteurs du secteur de montrer leur implication dans la vie artistique et culturelle du pays ou de leur ville. Je pense notamment à l’équipe qui gère le Sacré à Paris, qui organise tous les soirs des DJ sets et interviews depuis quelques mois maintenant. Contre vents et marées, malgré une situation qui devrait les pousser à baisser les bras, ils sont là, ils soutiennent la scène locale, leur offrent quotidiennement un espace pour s’exprimer. Ils tiennent bon et j’ai énormément de respect pour eux. J’espère vraiment que ça paiera quand les clubs rouvriront. Ils le méritent !

Tracklist :

  1. Vagues imaginaires – l’île sous l’eau – space birthday
  2. Jan Jelinek – Tendency
  3. Rhythm & Sound – See Mi Version
  4. Rhauder & Paul St Hilaire -No News (Rhauders Dub)
  5. John Swing – G jazz
  6. Boo Williams – Eternal mind
  7. Patrice scott – The detroit upright
  8. Heaven and earth – Prescription every night
  9. Sublee- Welcome A
  10. Tour-Maubourg – Ode to love
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